‹ De l'auscultation médiate: de l'exploration des organes de la circulationChapitre 6 sur 14 · DU'RHYTHME DES BATTEMENTS DU COEUR · texte numérisé non relu

DU'RHYTHME DES BATTEMENTS DU COEUR

J'entends par « rhytlune » Tordre des contrac tiens des diverses parties du cœur telles qu'elles se font entendre et sentir par le stéthoscope, leiir durée respective, leur succession, et, en généra leur rapport entre elles.

Je vais, en conséquence, décrire dans leur ordre successif les phénomènes que présentent à l'oreille les battements du cœur chez un homme sain et dont le cœur est dans les proportions les plus la vorables au libre exercice de toutes les fonctionB H serait impossible d'indiquer géométriquement ces proportions. Le poids du cœur et l'épaisseur de ses parois, considérés d'une manière absolue, sont des données infidèles. Mais je crois, d'après toutes les dissections que j'ai faites depuis 1801 juqu'à ce jour, pouvoir déterminer les propor tiens naturelles du cœur de la manière suivante, qui, quoique approximative, a cependant ime exactitude suiïlsaute.

Le cœur, y compris les oreillettes, doit avoir tid volume un peu inférieur, égal, ou de très peu supérieur au volume du poing du sujet. Les parois (lu ventricule gauche doivent avoir une épaisseur

un peu i)lus que double de celle des parois du ventricule droit: leur tissu, plus ferme et plus compact que celui des muscles, doit les empêcher de s'affaisser lorsqu'on ouvre le ventricula Le ventricule droit, un peu plus ample que le gauche, présentant des oolonnes charnues plus volumineuses malgré la moindre épaisseur de ses parois, doit s'affaisser après l'incision.

Dana un cœur ainsi proportionné, les contractions alternatives des ventricules et des oreillettes, examinées à l'aide du cylindre et en touchant en même temps le pouls, présentent les phénomènes suivants:

Au moment où l'artère vient frapper le doigt, l'oreille est légèrement soulevée par un mouvement du cœur isochrone à celui de l'artère, et accompagné d'un bruit un peu sourd quoique distinct. L'isochronisme ne permet pas de méconnaître que le phénomène est dû à la contraction des ventricules.

Immédiatement après et sans aucun intervalle, nn bruit plus éclatant et analogue à celui d'une' soupape qui se relève, d'un fouet, ou d'un chien qui lape, annonce la contraction des oreillettes. Je me sers de ces comparaisons triviales parce qu'elles me semblent exprimer, mieux qu'aucune description ne pourrait le faire, la nature du bruit dont il s'agit.

Aucun mouNement sensible à l'oreille n'accompagne ce bruit, aucun intervalle de repos ne le

sépare du bruit •plus sourd et accompagné de soulèvement indicateur de la contraction des ventricules, qu'il semble borner et interrompre brus quement.

La durée de ce bruit, que j'ai déjà désigné sous le nom de « claquement », et par conséquent celle de la contraction des oreillettes, est évidemment plus cour le que celle de la contraction des ventricules. Cette différence de durée, que Haller regardait comme douteuse, quoiqu'il penchât pour l'affirma tive (1), est tout à fait incontestable. Elle est, au reste, beaucoup plus facile à vérifier par Taus cultation que par l'inspection, pour les raisons que

j'ai jdéjà exposées (p. 15). Il est encoire une cir constance qui a pu contribuer à tenir l'illustrô physiologiste de Berne dans l'incertitude: c'est la fréquence assez grande d'une exception dont il sera parlé tout à l'heure. Et enfin les obseiTa tions de Haller, faites sur des animaux expirants sous le scalpel, ne lui permettaient pas d'affirmeï que ce qu'il voyait fût absolument l'état physiolo| gique.

Immédiatement après la systole des oreillettes il y a un intervalle de repos très court, mais ce^ pendant bien marqué, après lequel on sent leâ ventricules se soulever de nouveau avec le bruit sourd et la progression graduelle qui leur sont propres; suit la contraction brusque et sonore des

(1) Elem, physiol.

oreillettes, et le cœur retombe encore pour un instant dans une immobilité absolue.

Ce repos après la contraction des oreillettes ne paraît pas avoir été connu de Haller, ou au inoins ne l'a-t-il pas regardé comme im état naturel, La seule diose qu'il dise à cet égard me paraît s'appliquer à une espèce d'intermittence dont j'aurai occasion de parler en décrivant les palpitations (1).

La durée respective des contractions des oreillettes et des ventricules me paraît être déterminée assez exactement de la manière suivante. Sur la durée totale du temps dans lequel se font les contractions successives des diverses parties du cœur, un tiers au plus et même uji quart est rempli par la systole des oreillettes; un quart, ou un peu moins, par un repos absolu, et la moitié ou à peu près par la systole des ventricules.

Ces observations peuvent paraître assez minutieuses à la lecture: j'ose croire cependant qu'elles seront trouvées exactes et faciles à vérifier par tout médecin qui voudra écouter pendant quelques minutes les battements du cœur chez un homme sain et d'une certaine vigueur.

La rareté du pouls est la circonstance la plus favorable pour en reconnaître l'exactitude.

(1) Post auricularum constrictionem celerrimè in calido et sano animale, aliqtcantô lentiùs in frigido et langtcente, et nonnunquam satis magno etiam in calidis tempusculo interposito, sequitur ventriculorum contractio* (Elem. phys,, sect. IV, $ XXI.)

Laêunec. — n. 3

Quand le poul» est lent et rare à la fois, la cou] traction des ventncules est plus longue que l'état naturel (1). Le bruit qui raccompagne est pli sourd, l'oreille est moins fortement soulevée: systole des oreillettes, au contraire, a toujours brièveté et son bruit ordinaires; eUe paraît mêiudj plus courte à raison du temps plus long employé | par la systole des ventricules. Le repos après la> contraction des oreillettes n'est pas sensiblement plus court. \

Quand le pouls est a rare et vif » à la fois, ce repos est plus long que dans Tétat ordinaire, et par conséquent plus sensible. Je Tai trouvé égal h la durée de la contraction d.es ventricules chez m apoplectique dont le pouls, très prompt, ne battait qu'environ cinquante-huit fois par minute. Chez \m aufre individu qui présentait des signes avant-coureurs de la même maladie, et dont le pouls, également prompt, ne battait que quarante fois par minute, j'ai ti'ouvé que ce repos occupait un temps égal à» celui dans lequel se faisaient les contractions s\iecessives des ventricules et des oreillettes.

Il suit de ces observations que le cœur, loin d'ê tre dans un état de mouvement continuel, comme ou le pense communément, présente des alterna tives de repos et d'action dont les sommes compa

(1) Je n'ai pas besoin de dire que cette comparaison de l'état ordinaire à un état dans lequel le pouls est plus rare a été faite sur le même sujet.

vées ne s'éloignent guère des proportions que présentent souâ le même rapport beaucoup d'autres muscles de l'économie animale, et particulièrement le diaphragme et les muscles intercostaux. En effet, en admettart, par un calcul approximatif très voisin de l'exac^titude; que, sur la dul'ée totale du temps rempli par la successiou cqpnplète des mouyements du cœur, xm quart est occupé par un repos absolu de toutes ses parties, une moitié par la contraction des ventricules et un quaft par celle des oreillettes, on trouvera que, sur vingt-quatre heures, les ventricules ont douze heures de repos et les oreillettes dix-huit. Chez les individus dont le pouls donne habituellement moins de cinquante pulsations par minute, le repos des ventricules est de plus de seize heures par journée. Les muscles du mouvement volontaire eux-mêmes n'en ont souvent pas davantage chez les honmies livrés à des travaux pénibles; et parîni ceux surtout qui servent à maintenir le tronc et la tête dans l'état de station, il en est certataement qui se reposent moins, d'autant plus que leur action n'est pas toujours complètement interrompue par le sommeil. )

D'un autre côté, les muscles soumis à l'empire de la volonté, comme ceux des membres, et qui sont par cela même exposés à recevoir d'elle une grande énergie de contraction, sont aussi ceux qui jouissent du repos le plus long. Chez un piéton qui aura marché douze heures sur vingt-quatre, les

muscles des jambes et des cuisses n'auront réellement agi que pendant six heures, puisque les mouvements des fléchisseurs et des extenseurs sont alternatifs: ceux du tronc, au contraire, auront été pendant tout le temps de la marche dans un état de contraction à peu près continuelle, mais beaucoup moins énergique et en quelque sorte automatique. D'où Ton peut conclure que, chez un homme sain, et qui, suivant les règles de l'hygiène, se. livi'e habituellement à un exercice proportionné à ses forces, la somme du mouvement est à peu près la même dans chaque ordre de muscles, et que le cœur ne fait pas exception à cet égard. On peut encore tirer des mêmes faits cette autre conclusion, conforme d'ailleurs à l'expérience, que lea professions qui, comme celle de laboureur, conduisent à exercer d'une manière à peu près égale les diverses parties du système musculaire, sont les plus favorables à la santé.

Cette distribution à peu près égale du mouvement dans le système musculaire, malgré une grande inégalité apparente, semble, au reste, être le résultat d'une loi générale dans la nature. Ainsi la durée moyenne du jour, la température moyenne, ne diffèrent pas sensiblement, malgré les apparences contraires, au Sénégal et à Pétersbourg, et une année dans le même climat ne présente pas sous ces rapports, non plus que sous celui de la quantité de pluie, de différence notable avec l'année qui la précède ou qui la suit. Le calcul qui

précède est exact, soit que l'on suppose que la dilatation du .cœur est passive, soit que l'on admette, comme je suis très porté à le faire avec Péchlin (1), qu'elle est active: car dans le dernier cas même il n'est pas supposable que les mêmes faisceaux musculaires produisent la contraction et la dilatation des cavités du cœur.

La rareté du pouls est une circonstance favorable pour reconnaître l'isochronisme de la contraction dés ventricules et de la pulsation artérielle.

Quand, au contraire, le pouls est plus fréquent que dans l'état naturel, c'est-à-dire, quand il bat plus de soixante-douze fois par minute, cet isochronisme est difficile à distinguer; le repos après la contraction des oreillettes ne se distingue plus, et la durée de la contraction des ventricules est moindre; ceUe de la èontraction des oreillettes reste la même, ou, si eUe est plus courte, cette différence est insensible.

Ces cliangements sont d'autant plus prononcés que la fréquence du pouls est plus grsuiùe. U s'y joÎQt ordinairement une d^inution de Timpulsion et ime augmentation du bruit produit par la contraction des ventricules.

Il résulte de ces observations et des précédentes

.(1) L'expérience sur laqueUe Péchlin fonde son opinion consiste à tenir dans la main le cœur d'un animal vigoureux, d'un requin, par exemple, au moment où il vient d'être séparé du corps : la dilatation des ventricules est assez énergique pour qu'on ne puisse l'empêcher en serrant fortement.

(p. 38), que, qulâind la contraction des ventricules devient plus lente que dans l'état ordinaire, l'excédant de sa durée n'est pas ordinairement pris sur le temps de la systole des oreillettes, ni même sur celui du repos, mais qu'il allonge la somme du temps rempli par les contractions du cœur: aussi le pouls est-il toujours plus rare dans ces cas.

Lliypërtropliie des ventricules, lorsqu'elle est médiocre, présente en quelque sorte une exagération du rhythme naturel du cœur. La contraction des ventricules, moins sonore, devient plus facile à distinguer de celle des oreillettes. Le repos après cette dernière est bien marqué, et contraste sensiblement avec le bruit qui le précède et le mouvement qui le suit.

Mais dans l'hypertrophie portée à un très haut degré, le rhythme du cœur est singulièrement altéré. La contraction des ventricules devient extrêmement longue: ce n'est d,'abord qu'un mouvement obscur et profond, mais qui augmente graduellement, soulève l'oreille, et produit enfin la sensation du choc. Cette contraction n'est accompagnée d'aucun bruit; ou, s'il en existe, il se réduit à une sorte de murmure analogue à celui de la respiration. La contraction des oreillettes est extrêmement brève et presque sans bruit; on l'entend à peine; quelquefois même elle est tout à fait insensible, et à peine la systole des ventricules a-t-elle cessé qu'Us recommencent à se soulever de

nouveau. L'intervalle de repos n'existe plus ou se confond avec le commencement presqu'lnsensîble (le la contraction des ventricules.

Dans les cas extrêmes, on n'entend réellement rien, si ce n'est l'espèce de murmure que nous venons d^ndiquer, et Ton sent seuleme'nt un soulëvement correspondant à chaque battement du pouls.

n me paraît évident que la brièveté plus ^ande de la contraction des oreillettes ou son absence apparente ne tient pas seulement, dans ce cas, à la diminution de leur force contractile, mais encore à ce que cette contraction commence alors avant que celle des ventricules ait tout à fait cessé. Cela devient surtout sensible dans certains moments où les oreillettes, se contractant avec plus de force et d'une manière en quelque sorte convulsive,* font entendre une systole très sonore, qui semble anticiper sur celle des ventricules et l'arrêter au milieu de son développement. Cette anticipation, qui a souvent lieu dans les palpitations, produit un effet très difficile à décrire, quoique facile à reconnaître quand on l'a entendu une fois: c'est une sorte de soubresaut analogue à celui que produirait un ressort placé au-dessous du cœur, et qui, se détendant, viendrait à le frapper subitement et à interrompre son mouvement. H semble, en un mot, que ce mouvement ne procède pas du

cœur lui-même, mais d'un organe contractile plus

vigoureux placé au-dessous de lui.

Cette contraction est quelquefois double, c'est-

à-dire, que Ton en entend deux successives sans aucun int<^rvalle; mais immédiatement après, le cœur reprend son rhythme précédent, et cet accident, pendant lequel il me paraît qu'il y a toujours une sorte de disposition à la défaillance, n'est jamais que momentané. Il est quelquefois difficile à^stinguer des pulsations complètes très brèves dont il sera parlé à l'article des palpitations.

Lorsque les parois du ventricule gauche sont naturellement minces, ou lorsqu'elles sont amincies, même à un degré médiocre, par l'effet d'une dilatation, le rhythme des battements du cœur devient tout à fait différent.

L'intervalle de repos après la contraction des oreillettes n'est plus sensible. La contraction des ventricules est plus sonore; elle surpasse moins ^ sensiblement en durée celle des oreillettes, et ne s'en distingue plus autant par la nature du bruit. De ces dispositions, il suit nécessairement que, chez les sujets ainsi constitués, le pouls doit être habituellement fréquent, et le synchronisme de la systole des ventricules et de la diastole artérielle plus difficile à reconnaître. Ces sujets sont par là même peu propres à fournir un premier objet d'observation à l'homme qui veut étudier le mécanisme de la circulation à l'aide du cylindre. Il vaut mieux ne s'en occuper qu'après avoir bien reconnu, sur des sujets plus heureusement constitués, le rhythme naturel et parfait du cœur que nous avons exposé ci-dessus (p. 34).

A.XIX phénomènes que nous venons d'exposer se joignent, comme nous l'avons dit, un choc moindre pendant la contraction des ventricules (p. 26), et une grande étendue des battements du C4Deiir (p. 20). Ces signes réunis indiquent constammeiit un cœur disposé à la rlilatatîon, c'est-à-dire, pour prendi*e un terme de comparaison Jaua aa ol>jet qui ne peut en avoir de fixe, un cœur dans lequel les parois du ventricule gauche ont, au plus, une épaisseur double de celles du ventricule droit.

Cet état du cœur est naturel ou congénital chez beaucoup d'hommes. Les sujets chez lesquels il existe peuvent vivre pendant un grand nombre d'années dans un état de santé assez parfait: seulement cette disposition coïncid^e ordinairement avec une constitution délicate, une stature grêle et des muscles peu volumineux. Leur poitrine est étroite et leur respiration habituellement un peu courte. Dans les fièvres et les maladies des organes de la respiration, elles éprouvent, toutes choses égales d'ailleurs, une dyspnée plus grande que les malades d'une constitution différente. Pour peu qu'une semblable disposition augmente, il en résulte nécessairement une dilatation du cœur.

Les changements que cette dernière maladie produit dans le rhythme du cœur consistent seulement en une augmentation de tous les caractères qui indiquent un cœur à parois minces. La contrac-

tion des ventricules devient aussi courte et aussi

bruyante que celle des oreillettes; et, par conséquent, le pouls devient très fréquent; Tisoclîronisme de la pulsation artérielle et de la contraction, des Tentricules devient impossible à sentir; quelquefois mêBae il semble que, par un renversement de Tordre naturel, le pouls vienne frapper les doigts au moment même où le bruit produit par la contraction des oreillettes se fait entendre. Ce phénomène n'est souvent qu'une illusion d'acoustique due à la fréquence des contractions du cœur. Mais cependant il est un certain nombre de sujets chez lesquels, dans l'état de santé même, l'isochronisme des battements des ventricules et du pouls n'eet pas parfait, la <liastole artérielle retardant toujours un peu. A ces signes tirés du rhytlmie des bat- (ements du caMU», il faut ajouter que ces battements ne produisent aucun choc sensible (p. 2tVj, qu'ils s'entendent dans tous ou presque tous les

points de la poitrine (p. 20), et quelquefois avec autant ou plus de force sous les clavicules et les aisselles qu'à la région même du cœur. Ce dernier caraclôie surtout -peut être regardé comme pathognomonique, si le sujet n'est pas phtisique et pectorUfoque dans les points dont il s'agit (voy. p. 20»; il eet, ainsi que tous les autres, d'autant plus prononcé que la dilatation est plus intense.

Tels sont les phénomènes que présente le rhythme régulier du cœur, tant dans l'état sain de cet organe, que lorsque les parois de ses ventricules sont épaissies ou amincies. Mais, dans beau-

coup de circonstances qui toutes ne constituent pas (les maladies ni même des indispositions sérieuses, ce rliythme est sujet h des anomalies variées: les médecins les réduisent ordinairement à trois espèces principales, les « palpitations, les irrégularités et les intermittences»: nous les rapporterons en conséquence à ces trois chefs, et nous les décrirons sous ces noms, après que nous aurons ex» posé les anomalies que présente le bruit du cœur. J'ai supposé, dans tout ce chapitre, le cœnr sain OTL affecté d'une manière semblable et égale dans ses cavités droite et gauche; mais lorsque V\m des côtés du cœur seulement est affecté, et particulièrement dans le cas de rétrécissement des orifices, le rhythme, le bruit et là force d'impulsion des <leux côtés peuvent différer assez pour qu'où puisse être tenté de croire à l'existence de deux coôTirs.

J'ai employé partout l'expression de « contraction des oreillettes »: par cette expression, je n'entends rien préjuger sur une question élevée dernièrement par mon ami M. le docteur Barry, médecin distingué des armées anglaises. Ce médecin a cherché à démontrer par des expériences directes, dont il a présenté les résultats à l'Académie royale des Sciences, que la pression atmosphérique est la cause principale de la circulation veineuse (1).'

(1) Voy. Recherches eœpérimentaîes sur les Causes du mouvement du sang dans les viscères, etc., par David Barry

Il remarque d,'abord que la dilatation des parois de la poitrine dans l'inspiration produit une tendance au vide dans toute la cavité thoracique; que les parois du péricarde et du cœur suivent ce mouvement; d^'où il résulte qu'en même temps que Taîr se précipite dans les bronches, le sang est attiré avec rapidité dans l'oreillette droite, et par la même raison, ainsi que par suite de la pression qu'éprouvent les vaisseaux pulmoiiaires, il se précipite en même temps dans l'oreillette gauche. Les expériences principales sur lesquelles se fonde M. Barry sont les suivantes: V* si Ton introduit dans la veine jugulaire interne d'un cheval un tube de verre coudé qui plonge de l'autre côté dans un vase plein d'une liqu.eur colorée, cette liqueur est attirée à chaque inspiration dans la veine, et bientôt il ne reste plus rien dans le vase; 2** la même expérience faite en adaptant le tube de verre à un siphon métallique que l'on introduit dans le

I)éricarde donne absolument le même résultat ; 3*^ si, après avoir incisé les téguments de l'abdomen d'un cheval et écarté la masse intestinale, on dégage la veine cave et on la tient quelque temps dans la main, on sent la veine se vider régulièrement et devenir flasque à chaque inspiration. Témoin de plusieurs des exi)ériences de M. Barry,

M.-D., chevalier de l'ordre de la Tour et de TEpée, ex-premier chirurgien de Tarmée portugaise. Paris, 1825, chez Crevot, libraire.

je suis convaincu de l'exactitude de son opinion, quant à l'influence de la pression atmosphérique sur la circulation veineuse, influence à» laquelle on n'avait fait Jusqu'ici aucune attention (1). La découverte de M. le docteur Barry est, à mon avis, le complément le plus remarquable qu'ait encore reçu celle de son illustre compatriote Harvey. Or, en admettant, comme je le fais, la proposition de M. Barry, il semble d'abord évident qu'on ne peut

(1) Lia manière dont HaUér a traité la question du mouTe* ment du sang dans les veines montre combien il est quelquefois difficile d'atteindre la vérité, lors même qu on est arrivé à la .oucher, pour ainsi dire, du doigt. Après avoir posé en Tfincipe que la principale cause du mouvement du sang ^eineux est l'action même du cœur, il entrevoit la tendance au vide dans les oreillettes (Elem. physioî.y lib. YI, sec. iv, g 4); mais cependant il regarde l'action musculaire {ibid,^ g 6) comme la cause qui contribue le plus au mouvement du sang dans les veines après l'impulsion primitive donnée par le cœur. Plus loin, il décrit avec soin les phénomènes de la dérivation opérée par l'ouverture d'une veine ou par l'abord du sang, rendu plus facile dans diverses parties du système veineux à raison de circonstances accidentelles ; et il oublie de rechercher la cause de ce phénomène, qui est évidemment la pression atmosphérique. Enfin, il arrive aussi près que possible du fait découvert par M. Barry. II a vu les veines se désemplir manifestement dans l'inspiration, se gonfler dans l'expiration. Mais ici ?1 cesse d'observer; il suppose que ce dernier phénomène a lieu par reflux {ibid., % 10), et il s'en tient à cette proposition, que la respiration peut être rangée parmi les causes qui d'un côté favorisent et de l'autre retardent le mouvement du sang veineux : quœ motum sanguinis venosi partim adjuvant^ partim morantur, neque adeo inter auxiliares causas rectè referuntur, neque inter eas quœ sanguinis venosi motum retardant (| 8).

se refuser à reigarder avec lui les oreillettes comme des réservoirs habituellement pleins où les ventri cules puisent à chaque diastole; et que dès lors ce que j'ai décrit sous le nom de « contraction des oreillettes » ne doit s'entendre que de leurs sinus ou appendices. S'il en était autrement, et si Toreillette se contractait en totalité, Tinspiration de vrait constamment déranger la régularité des battements du cœur, ce qui n'arrive pas. Je crois que la vérité se trouve ici dans un moyen terme. Il me paraît évident, comme à M. Bany, que les oreillettes sont des réservoirs qui contiennent habituellement beaucoup plus de sang que les ventricules n'en prennent à chaque diastole, et que le sînùs ou Tappendice se contracte avec beaucoup plus d'énergie que le corps de l'oreillette; mais ce dernier ne me paraît pas i>our cela entièrement j'assif, et l'inspection attentive d.u cœur mis à nu chez un animal me paraît même prouver que la totalité de l'oreillette se contracte avec les ventricules, quoique cette contraction soit beaucoup plus énergique et plus sensible dans le sinus. Si l'inspiration ne produit habituellement aucune altération dans le rhythme du cœur, c'est sans doute parce que, le tissu de l'oreillette étant éminemment élastique et extensible, peut être notablement distendu sans inconvénient au moment même où le mouvement de contraction vient à coïncider avec l'inspiration, î Si l'on rapproche des expériences de M. le docteur

Barry l'observation de Péchlin sur la dilatation active du cœur d'un requin ou de tout autre animal vigoureux, au moment où on vient de le séparer du corps, dilatation tellement énergique qu'elle fait ouvrir la main qui tente de la comprimer (1), le mécanisme de la circulation veineuse devient facile à comprendre. Le sang arrive en abondance dans les oreillettes à chaque inspiration, et les ventricnles puisent à chaque diastole dans ces réser- Totrs. La contraction de l'oreillette est ime réaction nécessitée par la dilatation du ventricule: elle empêche l'effet du vide de se faire sentir, parce qu'elle est isochrone à la diastole du ventricule. Beau-

(1) Je sais les objections que l'on peut faire contre Texpérience de Péchlin. On peut penser que le gonflement et le raccourcissement des fibres du cœur dans la contraction peut simuler une dilatation. M. Barry a remarqué (Mémoire cité) qu'aucun faisceau des fibres du cœur ne semble disposé pour la dilatation, ce qui ne me parait pas rigoureusement exact, même pour les parois des ventricules, et ce qui est évidemment inexact pour les piliers, puisqu'ils sont disposés de telle manière que leur contraction doit nécessairement abaisser les Talvules. Mais il n'est nullement nécessaire que la dilatation des ventricules soit active pour que le mécanisme de la circulation soit tel que nous le concevons. Il est certain que les ventricules, après la cessation de leur contraction, ont plus de capacité que pendant sa durée, ou sont plus dilatés. Or, cette dilatation active ou passive suffit pour produire la tendance au vide, un vide virtuel^ qui ne peut manquer d'appeler l'effet de la pression atmosphérique et d'attirer le sang de l'oreillette. On peut donc regarder au moins comme hasardée l'assertion de Harvey : « Neque verum est quod vulgo auditur, cor ullo moiu suo aut distensione sanguinem in ventriculis attra^ Mre. (De Motu cordiSy cap. ii.)

coup de faits plus ou moins connus s'expliquent aisément, ainsi que le remarque M. Barry, par ceux dont nous venons de parler, et entre autres l'abaissement du cœur dans Tinspiration et son élévation ou plutôt sa dilatation dans l'expiratioii; le reflux du sang dans les veines jugulaires par les efforts de la toux ou d'une expiration prolongée, et la mort subite déterminée par l'introduction de l'air dans la veine, accident qui a eu lieu deux ou trois fois depuis quelques années dans des opérations chiriiîgicales.

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