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d'éditeur, ou mieux un bailleur de fonds; Poggio semble même parfiiis avoir été à sa solde. Aussi, est-ce à Niccoli qu'il envoie toutes ses trouvailles ;* et Niccoli parait se croire en droit d'c xiger que rien ne soit détourné, et de manifester parfois sa défiance*.
Ce fut ])endant la tenue du concile de Constance que Poggio commença la série de ses découvertes. Son rôle, assez effacé d'abord, le fut complètement après la déposition de Jean XXIII. Sa bourse, n'étant plus alimentée par la caisse pontificale, s'était épuisée. Son collègue du secrétariat, Barlholomeo de Montepulciano, était dans le même cas*. Pour se procurer des ressources, ils se proposèrent dé rechercher dans les couvents des livres anciens dont ils prendraient copie.
Ils se rendirent d'abord à Saint-Gall. Ils y découvrirent, dirent-ils, au fond d'une vieille tour humide, YInstitution oratoire de Quintilien, quatre livres des Argonautiques de Valerius Flaccus, les Commentaires d'Asconius Pedianus sur huit discours de Cicéron, les œuvres de Nonius Morcellus, la Grammaire de Probus et d'autres livres encore •, dont la plupart furent envoyés à Niccoli*.
Plus tard Bartholomeo reprit, comme Poggio, ses fonctions à la cour pontificale et y occupa une situation élevée. Les deux amis restèrent unis toute leur vie ^ et paraissent avoir
* Eplst., I, 5, H ; II, 4, 7; III, 3, etc..
* H'pist., I, 4 : Nudius tertius cum Bartholomaeum de MontepoUiciano virum sununa necessitndine mihi conjunctum convenissem.
* flecanati, Poggii Vita, ch. VI : Ejus iter Constantiam et antiqai scriptores ibi leperti. Cf. l'iraboschi, op. cit,, t. VI, c. 4, § 4, 5 : Scoperte di codici fatte da Poggio. Mais les contemporains et Poggio lui-môme ont varié sur les époques et Ifjs lieux de ces découvertes.
* Epist., !, 5.
» Epi4t., n, 37.
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continué à être de participation dans la mise au jour de manuscrits, c Les semences de littérature, écrit Barbaro à Poggîo *, que tous deux, par vos soins et par vos deniers, vous apportez d'Allemagne en Italie, sont à bon droit indifféremment appelés Poggiana ou Montepolitiana. >
Ce Bartholomeo toutefois n'avait pas une bonne réputation parmi ses contemporains. Dans une lettre adressée à Poggio lui-même*, à propos d'un mausolée somptueux qui était élevé à ce personnage, Léonard Arétin en parle en termes fort durs. Il dit qu'il avait plus de vanité que de talent, qu'il était dépourvu de délicatesse, et qu'il avilit le soin de dissimuler sa fortune mal acquise afin que les papes ne lui fissent rendre gorge.
Lenfant et d'autres partisans de Poggio ont protesté contre le jugement de Léonard ; ils ont dit qu'il avait sans doute voulu parler du fils de Bartholomeo ou de quelque autre de même nom, ou bien qu'il y avait calomnie de sa part; selon eux, Poggio n'aurait point passé une grande partie de sa vie avec lui, n'en aurait pas fait son ami et pour ainsi dire son associé ', si Bartholomeo n'avait été un homme de haute moralité et de profonde érudition. Mais Poggio était-il aussi difficile dans le choix de ses relations qu'ils le supposent? Avait-il le droit de l'être?
Durant son séjour en Angleterre, sur les instances réitérées de Niccoli, il visita la plupart des couvents, mais vainement. « Je ne trouve rien, écrit-il ^, en fait de livres. Les monastères sont ici très riches; mais la plupart sont de fondation récente, et ont été édifiés par les rois il n'y a pas
& Recanati, Poggii Vita, p. viu.
* Léonard! Bruni Âretanl Epistoîae, recensente Laurentio Mehus. Florentiae, 1731, t. U, liv. VI, page 47.
* LenAint, Poggiana^ 1. 1. Avis sur la !!• partie, page xxvi. « EpUt., 1, 13.
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plus de 400 ans ; s'il en est quelques-uns de plus anciens, ils sont également dépourvus de livres païens et ne contiennent que des ouvrages de docteurs modernes et surtout d'ecclésiastiques. » Et ailleurs * : « J'ai visité le plus ancien et le plus riche monastère de l'Ile. J'ai examiné avec soin la bibliothèque. Les vohunes sont nombreux; mais il n'y a rien qui nous puisse convenir. J'ai vu en divers lieux d'autres bibliothèques; elles sont toutes pleines de sots livres. :» Plus tard cependant il prétendit y avoir trouvé et envoyé à Niccoli les Bucoliques de Calpurnius et quelques chapitres de Pétrone*.
A son retour d'Angleterre il passa par l'Allemagne pour se rendre en Italie ; à Cologne il se fit, dit-il encore, communiquer pour en prendre copie quelques autres fragments de Pétrone •.
Attaché à la cour pontificale, Poggio ne pouvait pas courir à son gré l'Europe ou l'Orient pour en rapporter des manuscrits. Il était même très sévèrement tenu à son service^. Il était en conséquence obligé d'avoir recoui's à des agents et la chose devenait ainsi plus difficile*. On ne pouvait d'ailleurs pas en offrir chaque jour à la curiosité publique.
Pour y suppléer, Poggio tirait profit d'une sorte d'atelier de librairie qu'il avait établi à Rome. Très habile calligraphe il copiait avec soin les ouvrages des auteurs latins, surtout ceux qui venaient d'être tirés de l'oubli*. Il avait en outre
i£pw^, 1,16. Cf. ici., 11, 13.
' Epist,, II, 3.
* Epist., II, 3.
* Epist,, [V, 1.-
* Epist., II, 34 et passim.
* Il écrit à Francisco Accolti : « Jure quidem merito Âmmianum Marcellinum ego latinis literis restitui, ciim illam eraissem ex bibliothecis, ne dicarn ergaatulis Germanorum. Cardinalis de Columna hubot en m codicein quem portavi litei'is antiquis, sedita mendosum, ut nil corruptius esse possit. Nicoiaus Nicolus ilium manu sua Iraniscripsit in cartis papyri. la est in bibliotheca Cusmi Medicd.
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auprès de lui des scribes à sa solde qui travaillaient pour son compte et faisaient des copies sous sa surveillance; il vante leur habileté et se flatte de les avoir lui-même parfaitement dressés. Nous le voyons sans cesse demander du papier, du parchemin, de la ficelle pour la reliure. Quand ses amis tardent à lui en faire l'envoi, il se plaint d'être obligé de laisser ses employés sans ouvrage*.
La copie et la vente des manuscrits donnaient de beaux profits. Un exemplaire des lettres familières de Cicéron se payait 40 ducats d'or, environ 120 francs. La bibliothèque du cardinal Orsini, suivant l'inventaire fait à sa mort en 1438, contenait 254 volumes dont la valeur était estimée à 2,500 ducats d'or, soit en moyenne 10 ducats chacun ; mais il y en avait parmi eux de fort chers*. Niccoli fait payer à Bartholomeo de Bardis ' sept écus d'or un De Officiis et le même prix pour un recueil de quelques tragédies.
La possession d'un livre était donc un moyen facile de se procurer de l'argent. Mieux que personne Poggio le savait; aussi reproche-t-il à Valla d'avoir volé des manuscrits grecs au couvent des religieuses de Sainte-Claire et de les avoir vendus à Rome. A Filelfo il dit : « Tu as filouté Leonardo Giustiani ; tu lui avais promis des livres, tu en avais reçu de l'argent en avance, et tu as gardé l'argent et les hvres. Tu avais aussi offert d'en vendre à Guarino et à d'autres ; et ces
Potfis agere cum Carolo Aretino, ut vel transcribi fnciat tuo nomine, vcl codicem mittat; nam nisi a docto scribatur, non historia, sed somnium videretur. » Reccanati, Poggii Vita, page xn. — Cf. Leonardi firuni Aretani Epistolae, recensente Laurent Mehos, Florentiae, 1731, liv. IV, ép. 23. L'Arétin lui écrit: «Egi cum Cosmo nt liber iiie at te deferatur, quod ipse pollicitus est intra paucas dies esse factumm. Tu cum illum hahueris, providebis ut a scriptove tuo pure diligen^ ierque custodiatur. »
« Epitt., U, 2, 3, 5, 6, 15, 20, 22, 23, 26, 27, 28, 29, 34, 36, 39, 41, etc.
•Tiraboschi, op, cit., t. VI, liv. I, c. 4, § 6, 17.
* EpUt», ll| 32, 33. N'ayant pas ici besoin de précision mathématique, on peut caosidérer comme d'une valeur approximativement égale à 12 francs, les ducats, lit florins, les seqaini ou pièces d'or, aur^i.
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volumes tu les avais volés aux Grecs. Comment un gueux tel que toi les aurait-il achetés*? »
Les gens de lettres et les copistes ne jouissaient pas d'ailleurs d'une honorable réputation ; on les tenait tous pour des fripons. On voit un notaire se féliciter, à la fin du xiv* siècle, d'avoir pu trouver un bon scribe en dehors du bagne*.
Les livres qui sortaient de chez Poggio étaient recherchés pour la beauté de l'exécution matérielle et pour la correction du texte'. Aussi ne les donnait-il pas pour rien. On peut voir que notre homme savait faire valoir sa marchandise et en tirer parti.
Il écrit à Leonello d'Esté que, de deux beaux volumes de lettres de saint Jérôme qu'il possède, le cardinal de Saint- Sixte lui avait offert plusieurs fois cent ducats, en convenant qu'à ce prix ce serait un cadeau qu'il recevrait. Il aurait cédé à ses instances, dit-il, si Niccoli, dans sa sévérité censoriale, ne l'en avait détourné en lui reprochant de paraître plus aimer l'argent que la littérature. Cependant ayant appris de son ami Aurispa^ que Leonello désirait avoir ces volumes pour les joindre à sa collection et que la question de prix ne saurait faire de difficulté, après avoir longtemps hésité, il s'est décidé à les lui laisser pour la somme déjà refusée de cent ducats d'or. Qu'il les prenne ou ne les prenne pas, c'est pour lui chose indifférente, car il a besoin de ses livres et ce n'est que pour lui être agréable qu'il consent à s'en défaire.
^ Ch. Nisard, op. cit.: Valla, page 241 ; Poggio, page 151.
* c Ho trovato un bello scrittore fuor délie stinche, » Cf. F.-T. Perrens, op. cit.t page 245.
* Epist., III, 29 : Pars enim libros non mihi soli, sed caeteris et etiam po»tcris. Id., III, 17 : Pliilippicas Ciceronis emendavi cum hoc antiquo codice qui ita pueriliter scriptus est, ita mendose ut in iis quae sciipsi, non conjectura opus fuerit sed dirinatione... sed sois me in talibus esse satis sngacem. Aussi dit-il un peu plus loin : Feram igitur mecum cum venero ad vos Philippiocu ntem. Cf. Epist,, n, 22; ÏH, 16, 27.
^ Il était alors attaché à la cour de Fcrraro.
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11 n'y a pas une seconde personne en Italie qui puisse se flatter d'avoir un recueil de lettres mieux choisies, plus nombreuses et si correctement transcrites*.
Le jeune et généreux seigneur d'Esté fit connaître à Poggio que la somme de cent ducats, pour la copie de ces lettres, a été jugée beaucoup trop élevée par les libraires de Ferrare; mais que cependant il la lui envoyait, le priant de recevoir comme un don le surplus de la valeur réelle. Cent ducats, c'est-à-dire environ 1,200 francs en or, pour deux volumes, ne semblait guère, en effet, être une faveur. Poggio répondit, avec un accent qui tout d'abord paraît celui de la fierté, que les libraires de Ferrare étaient des ignorants, qu'il n'avait demandé qu'un juste prix; puis, baissant de ton, il finit en déclarant, comme maître Rondibilis*, qu'il accepte l'argent qui lui est alloué, à titre de cadeau si l'on veut, puisqu'il vient d'un prince éminent'.
Les volumes qui avaient été copiés de sa propre main avaient une bien plus grande valeur. Pour un exemplaire de Tite-Live écrit par lui-même, Beccadelli lui compta au nom d'Alphonse d'Aragon une somme suffisante pour acquérir une villa à Florence *.
n ne trouvait pas, il est vrai, chaque jour des acheteurs capables de payer de tels prix, qui comprenaient sans doute
> Epiitolae (De Varietate FortunaeJ, 56 et 57. Cf. Vita di M. Poggio dal rev. G. ShephenJ, tradotta dair*avv. Tomaso Tonelli con note ed aggiunte, t. H, ch. 9.
• Pantagrael, liv. III, ch. ^ : Rien jamais de gens de bien je ne refuse.
• An sujet de la copie des lettres de saint Jérôme faite par Poggio, cf. ^pw^,IV, 11. La critique qu*en iit Valla ne fut pas étrangère à la haine que lui voua Poggio. Cf. Opéra, Argentine. In Vallam invectiva, f. 57, 58 : Culpavi te reprehentem beatum Hieronimum quod latine loqui maluerit quam grammatice. caput asininum I
• Tiraboschi, op. c?i/., t. VI, liv. I, c. 4, § 8. — Cf. Beccadelli Epistolae, édit. Mehus, liv. V, 118.
Valla avait aussi fait une édition de Tite-Live qu'il déclarait supérieure à celle de Poggio. Cf. Poggii Opéra, Argentine, f. 51.
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aussi la rémunération d'intrigues ou de services politiques*. Mais Poggio, certainement, gagnait beaucoup d'argent dans son commerce de manuscrits^.
Il avait dans sa clientèle les Médicis, les Sforza*, la maison d'Esté, les seigneurs anglais^ et vraisemblablement avec eux les ducs de Bourgogne; des cardinaux, tels qu'Oi'sini, Colonna, de riches particuliers comme Bartholomeo de Bardis^, toutes les universités, qui créaient alors ou augmentaient leurs bibliothèques, lui offraient un débouché important. Ce n'était pas seulement à Rome qu'il faisait le placement de ses livres ; il en envoyait encore à Florence pour la vente au libraire qui tenait boutique pour Niccoli®.
Florence était alors le grand centre du commerce des manuscrits*^. Ville de négoce, on n'y prisait l'instruction que pour le profit qu'on en retirait. C'est là qu'on se procurait les ouvrages les plus correctement et les plus luxueusement calligraphiés ; chez les spacciatori de la place du Dôme se trouvaient des volumes grecs ou latins écrits par des scribes vulgaires, qu'achetaient les petites bourses ou que les marchands mettaient dans leurs ballots.
Il est possible que Poggio se soit trouvé parfois dans des embarras financiers ; ses goûts et ses mœurs peuvent l'expli-
^ Ainsi que la plupart des princes contemporains, Cosme fut, comme le dit fort bien M. Perrens, le protecteur des gens lettrés plutôt que celui des lettres.
' Cf. Epist., III, 39. Il refuse la place laissée vacante par la mort de Barth. de Montepulciano, satisfait de ce que lui rapportent les livres : « Ad hanc diem nil defuit mihi ad honestam vitam et liberalem. »
' Accolti, avec lequel il est en correspondance, jurisconsulte et littérateur en renom, était secrétaire de François Sforza.
* Epist., 111, 35.
^ Il était allié à Cosme de Medicis. Celui-ci avait épousé la fille de Giovanni de Bardis.
^ Epist, II, 25 : Quos omncs libros rcliqui vénales apud Potrum tuum chartalarium.
^ Epist,, VI, 20 : In hac curia quoquo ubi et Florentiae et librorum et cmpto* lum ac venditorum major est copia.
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quer. Mais quand il se glorifie de sa pauvreté et de celle de Niccoli, nous sommes en droit de ne le pas croire*. Ceux qui souffrent réellement d'un état de gêne et des privations qu'il impose, n'en parlent point si à leur aise pour en tirer vanité; et Poggio moins que tout autre était d'un tempérament à le faire. La preuve, c'est qu'il ne se plaignait jamais de sa position à la cour et qu'il conserva sa charge sous les papes q[ui succédèrent à Martin V; il put acheter des objets d'art antique, en faire venir même de Grèce et constituer une fort belle collection ; il posséda une magnifique villa au Yal d'Axno* et U laissa à ses enfants un riche patrimoine'.
* Pour détonrner Niccoli de son pi'ojet d*aller en Grèce, il lui dit qu'habitué à ▼ivre comme un riche prélat, il souffrirait beaucoup du voyage.
^ Epiit., Wy 15, 37. — Cf. Recanati, Poggii Vita : De ejus Museo et Âcademia.
* PoUtien, De Pact. Conj,, page 637, en parlant de Jacques, le plus jeune des fils de Poggio, dit : t Patrimonium quod ipsi amplum ex haereditate patema obTenerat totum paucis annis proAiderat. »