DIVISIONS
Dans le Second Médicis^ le récit des événements qui suivent la mort de Néron est considéré comme la simple continuation de ceux qui précèdent. En conséquence, on a donné aux divers chapitres les n"" 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21.
Dans le Premier Médicis qui forme le commencement de Touvrage, les chapitres portent les n®" de 1 à 5.
Les premières éditions imprimées de Tacite conservèrent donc les numéros des chapitres que donnaient les manuscrits. On eut ainsi une série consécutive qui prenait de i à v, et, après une lacune, continuait de xi à xxi. Rhenanus, de même, persista à voir dans l'œuvre historique de Tacite une suite de chapitres ordonnés sur un même plan et maintint leurs numéros d'ordre consacrés jusqu'alors.
Mais on lisait dans Y Apologétique de TertuUien^ : c Quelques-ims d'entre nous ont rêvé que notre Dieu était une tête d'âne; c'est Tacite qui est l'auteur de ce conte. Dans le v« livre de ses Histoires où il parle de la guerre des JuifSy il remonte à l'origine de cette nation, etc.. > En s'adressant ainsi à ses adversaires, en leur parlant d'un livre, en leur indiquant l'endroit précis où se trouvait le passage qu'il cite, il affirmait que de son temps le chapitre où Tacite traitait des Juifs portait le no v de ses Histoires. N'en fallait-il pas conclure que les divisions indiquées sur les manuscrits devaient être inexactes?
Cette observation ne pouvait manquer de frapper B. Rhenanus. Mais il déclare que c'est TertuUien qui a tort, qu'il s'est trompé ou que le manuscrit dont il se servait était fautif.
i TertulUen, Apologétique, 16.
82 DE l'authenticité des œuvres de tacite.
Tel était Tétat des choses quand Juste Lipse, dans rédition qu'il donna de Tacite en 1574, révolutionna tout ce qui avait été fait avant lui. Il divisa en deux parties l'ouvrage qu'on avait jusque-là considéré comme formant un tout. Il désigna sous le nom d'Annales les seize premiers livres et leur laissa leurs anciens numéros; sous celui d'Histoires il groupa les cinq derniers auxquels il donna des numéros de 1 à 5 au lieu de ceux de 17 à 21 qu'ils portaient dans les manuscrits et dans les éditions antérieurement imprimées.
Pour justifier cette division, Juste Lipse se fondait entre autres considérations sur ce que le préambule si caractéristique du xvii® livre, le premier aujourd'hui des Histoires*, montrait que l'on se trouvait en présence de deux ouvrages et non d'un seul. L auteur y dit en efl'et* : c Je commencerai mon livre au consulat de T. Vinius et de J. Galba, consul pour la seconde fois. Les huit cent vingt années qui se sont écoulées depuis la fondation de Rome jusqu'à cette époque ont été racontées par un grand nombre d'écrivains. . . SHl ni est donné de vivre, je réserve pour ma vieillesse un sujet plus riche et moins dangereux, Vhisloire du principat de Nerva et du généralat de Trajan, »
En présence de cette déclaration si formelle, on était nécessairement conduit à supposer que Tacite, plus tard, changea de résolution et qu'au lieu de faire, comme il l'avait promis, le récit des événements dont il avait été témoin, il préféra raconter le passé sur la foi d'autrui. En tel cas toutefois, son volume des Histoires ayant été déjà publié, il était peu vraisemblable qu'il eût modifié les numéros d'ordre des parties anciennes pour leur en attribuer d'autres à la suite de son nouveau travail.
* Histoires, 1, 1.
Si Tacite, d'ailleurs, avait voulu fondre ses deux ouvrages, il n'aurait pu, on en conviendra, se dispenser de donner au lecteur quelques explications, ou tout au moins de retoucher certains passages des livres déjà parus pour donner au tout l'unité et la liaison nécessaires. Or le lecteur, à son grand étonnement, constatait qu'il n'en avait rien été, que Fauteur n'avait pas même pris la peine de modifier ce qu'il avait dit de sa résolution de ne pas écrire l'histoire antérieure à la mort de Néron et des motifs qui l'avaient dictée. En arrivant au chapitre xvii, on ne trouvait pas la continuation naturelle du xvi®, on avait sous les yeux le chapitre évidemment initial d'une œuvre particulière.
La division faite par Juste Lipse était ainsi dictée par la logique. Aussi a-t-elle été adoptée par tous les éditeurs qui l'ont suivi.
C'est donc par un lien factice que dans le manuscrit archétype les cinq derniers chapitres forment la suite des autres. Nous n'avons pas les divisions exactes d'un ouvrage original.
On est ainsi amené à ^e demander si l'authenticité du texte lui-même nous présente plus de garantie.