ÉTAT DES ESPRITS A LA RENAISSANCE
Nous avons eu déjà Toccasion de rappeler que dans la société chrétienne, dès la fin de l'empire romain, les écrivains païens n'eurent plus d'autorité. Durant le moyen âge, ce fut donc dans les auteurs chrétiens, tels que Paul Orose et quelques autres, qu'on apprenait Thistoire des peuples ayant vécu au dehors de la Judée; et, à part quelques esprits d'élite, on n'y attachait d'ailleurs aucune importance. Une seule chose intéressait Gaulois, Francs, Goths, Allemands, Lombards et les descendants eux-mêmes des Romains, c'était le récit des faits et gestes du peuple juif, antique et seul dépositaire, disait-on, de la vérité divine.
Si donc il est difficile, comme nous l'avons vu, de penser qu'on ait alors songé, dans les couvents, à recopier Tacite, comment supposer qu'un moine ait eu l'idée d'écrire sous son nom un travail considérable qui ne répondait à aucun besoin intellectuel, à aucun intérêt religieux?
Tout autre était l'état des esprits au commencement de la renaissance des lettres. On lisait avec passion les écrivains
anciens. On pensait que les œuvres des philosophes, basées sur la nature et la raison, valaient celles des Pères de l'Église. On reconnaissait que les Grecs et les Romains avaient fait de grandes choses. On admettait qu'ils avaient été inspirés dans leurs lois par la sagesse et l'expérience, et que leur législation était de beaucoup supérieure à celle des Juifs. C'était dans Tétude des rares ouvrages de Tépoque gréco-romaine qui avaient été sauvés de la destruction, que les esprits cultivés recherchaient les principes du droit, de la philosophie, de l'éloquence, et non plus dans les prol>héties dlsraël*.
On était en conséquence avide de connaître l'histoire de ces peuples qui avaient conquis et civilisé le monde ancien. On cherchait partout, on recueillait, classait,' déchiffrait, commentait les médailles, les monnaies, les inscriptions lapidaires.
Les œuvres de Tacite devaient nécessairement offrir gloire et fortune à celui qui aurait le bonheur de les retrouver et d'en pouvoir délivrer des copies. Quelle ne devait pas être la tentation, à défaut du document convoité, d'y substituer, s'il était possible, quelque habile falsification!