COMPARAISON DES TEXTES
Admettons toutefois que le bronze de Lyon reproduise exactement le discours prononcé par Claude au Sénat romain en faveur des Gaulois.
Si l'on veut en faire la comparaison avec celui qui se lit dans les Annales, on remarque que dans les tables il manque ce que Claude aurait dit de son aïeul Clausus, — la mention des sénateurs fournis par Albe, Camerinum, Tuscul um et diverses nations d'Italie, — celle de l'époque de l'admission des Transpadans au droit de cité, — les considérations sur la chute d'Athènes et de Lacédémone, — l'éloge de la poUtique de Romulus, — l'admission dans les premiers temps de la république des fils d'affranchis aux honneurs,
— le rappel de la guerre de Rome contre les Sénonais, etc. D'autre part la presque totalité de ce qui se trouve sur
les tables de Lyon ne se rencontre pas dans les Annales. Il n'y est pas question : de l'histoire des rois de Rome,
— de l'expulsion des Tarquins, — do rétablissement du consujat, — de la nécessité de la dictature, — du rôle des décemvirs et de leur renversement, — du retour au con-
* Cf. Ktuiies axi sujet de la lyt^rsèctUion des chrétiens sous Néron, page 125 : Les inscriptions relatives à Pline le Jeune.
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sulat, — de la création des tribuns militaires, — de l'accèssion du peuple aux honneurs et au sacerdoce, — du rappel des conquêtes des Romains, — de l'extension des limites de l'empire au delà de l'Océan et ainsi d'une allusion possible à la campagne de Claude en Bretagne; — c'est dire que rien de la première table n'est reproduit dans les Annales.
De la seconde, l'éloge de la colonie de Vienne, — la mention des sénateurs qu'elle a fournis, — l'amitié de Claude pour Vestinus, — l'énumération de ses qualités, — les sollicitations en faveur de ses fils, — l'expression de sa haine contre un individu qui n'est pas nommé et contre son frère qu'il ne désigne pas davantage, — l'interruption adressée au prince, — l'éloge de jeunes sénateurs, on ne sait lesquels, — son intimité avec l'allobroge Persicus, — l'expédition de Drusus en Germanie, — le concours et les subsides qui lui sont donnés par les Romains, — ne se trouvent pas rapportés dans les Annales.
On cherche vainement des points précis de concordance entre les deux discours.
On répond à ces observations : ce qui se lit dans les Annales et qu'on ne rencontre pas sur les tables était probablement sur les fragments perdus; x;e qui se lit sur' les tables et qui n'est pas dans les Annales a été volontairement omis par Tacite comme inutile à conserver pour la postérité. Ce sont là des suppositions gratuites.
On admet le plus généralement que Tacite a donné un discours fait par lui, sans tenir grand compte du texte exact de l'allocution de Claude*. Mais pourquoi aurait-il pris le
* C'est ce que disait Brothier. Cf. Tacite, éd. Naudet, t. IV. Excursus variorum ad Annal., Jiv. XI, page 481 :
« Quantum autem Tacitus orationem Claudii imrautaverit, putet utramque conferenti. Sunt qui id in Tacito culpent. At Claudii oratio erat antiqua, enervis, ac minime persuabilis: adlaboraixdum ergo fuil Tacito, ut re, loco et principis m!\jestate digna expromeret. »
soin de ne pas laisser voir que Claude avait prononcé au Sénat de telles inepties? Montre-t-il une grande sympathie pour lui? Veille-t-il jamais à ne pas avilir la majesté des Princes et des Pères Conscrits aux yeux des provinces soumises à Rome?
Les deux discours n'ont ainsi de commun que l'idée vague d'une proposition d'assimiler les Gaulois aux Romains faite par Claude au Sénat. Dans l'un et dans l'autre on remarque des incohérences d'idées, des banalités étrangères au débat, qui témoignent de l'incapacité de l'orateur de traiter correctement un tel sujet; mais ces incohérences, ces banalités ne concordent ni par la forfne ni par le fond.
La conclusion la plus simple, la plus naturelle qui vient de la comparaison des textes, est donc que l'auteur des Annales n'a pas connu le discours gravé sur les tables de Lyon. Et rien ne permet, d'autre part, de reconnaître dans les pages attribuées à Tacite un illustre historien, un personnage éminent de l'empire romain.