‹ De l'authenticité des Annales et des Histoires de TaciteChapitre 3 sur 53 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

On exige à bon droit des théologiens qu'ils jiislitient la valeur des textes sur lesquels ils fondent leurs traditions et leurs doctrines religieuses. L'histoire politique ne saurait revendiquer le privilège de ne pas être tenue d etabHr la légitimité des documents sur lesquels elle s'appuie.

Dans nos Études au sujet de la persécution des chty tiens so'is Néron nous avons eu à examiner le chapitre du XV* livre des Annales de Tacite où se trouve le récit (le ce drame aussi épouvantable que surprenant. Nous avons essayé de faire partager notre conviction que cette page n'avait pu être écrite par un illustre historien romain, qu'elle constituait une interpolation.

Depuis lors de nouvelles recherches ont élargi la question à nos yeux et lui ont donné une tout autre importance. Il n'y a plus seulement lieu, pensons-nous, de se demander si un passage a été ou non interpolé dans les Annales, mais bien si l'ouvrage entier, Histoires et Annales, est réellement de Tacite.

VIII PRÊKACE.

Au commenceiuenl du (]uinziènie siècle les érudits n'avaient à leur disposition aucune partie des œuvres de Tacite; on les cherchait en vain; on les supposait perdues.

Ce fut vers liâ9 que Poggio Bracciolini et Niccoli de Florence mirent au jour un manuscrit (jui contenait les six derniers livres des Anualcs et les cincj premiers livres des Histoires. C'est ce manuscrit archétype c|ui a servi à faire les copies qui ont été en circulation jusqu'à l'usage de l'imprimerie. Or, quand on veut savoir d'où et comment il était venu en leur possession, on constate avec étonnement qu'ils ont donné à ce sujet des explications inacceptables, <prils n'ont pas voulu ou n'ont pas pu dire la vérité.

Quatre-vingts ans environ après, on offrit au pape Léon X un volume qui contenait les cinq premiers livres des Annales. Son origine est également entourée d'obscurité.

Pourquoi ces mystères? Quelle confiance méritent ceux ({ui ont exhibé ces documents? Quelles garanties a-t-on de leur authenticité?

Dans l'examen de ces questions nous verrons tout d'abord <|ue Poggio et Niccoli ne brillaient point par la déhcatesse et la loyauté et cpie la recherche des manuscrits anciens était pour eux une industrie, un moyen d'acquérir de l'argent.

Nous remarquerons encore (]ue Poggio était un des hommes les plus érudits de son temps, qu'il était en

Page 1