De l'autoplastie
Le mot autoplastie est nouveau dans la science ; aussi importe-t-il avant tout d'en bien fixer la signification. Dérivé de deux mois grec «vtos, ipse , luimême, et 7Ù,dcoasLV,Jingere, créer; il peut à la rigueur être entendu de deux manières différentes: fïctio partis per ipsam,fictio partis ex ipso ; formaton spontanée d'une par tie, formation d'une partie aux dépens dune autre du même individu. La première est inadmissible.
Par conséquent, Y autoplastique est l'art de réparer une perte de substance, au moyen d'un emprunt fait à une autre partie du même individu j et Yautoplastie est cet art mis en exécution.
Le produit de Vautopltstie est une formation nouvelle, une véritable création de parties, création dont las élcmens organiques sont fournis par l'individu ltù-mê;;ie. Le chirurgien autoplaste est comme un sculpteur, seulement il es'ifictor excarnei tandis que ivlui-ci est fictor ex marmore.
Gomme l'a trèij bien exprimé Tagliàcozzi, l'autoplastie est une véritable greffe animale, clvrurgia curtorum per insitionem; mais là cependant ne se
borne pas le rôle de cette opération : le greffement n'est que le moyen qu'elle emploie pour rendre durable sa création; elle doit encore modeler la partie qu'elle a déplacée, et lui imprimer la forme particulière de Torgane qu'elle va désormais constituer.
L'autoplastie diffère essentiellement de la suture simple, par l'emprunt qu'elle fait a des régions du corps plus ou moins éloignées, et par là forme nouvelle qu'elle communique au tissu qu'elle a transplanté- la suture rapproche seulement des parties qui normalement ne devaient pas être séparées, et qui ne l'ont été que par accident. Aussi xlis tin gue-t~em avec grand soin la stapkyîopkistie et la staphjlofaphie ., ïa rhinopJastie et la rhinoraphie (i).
L'opéra Lion qui consiste à remettre à sa place- une partie complètement séparée du reste du corps, est également bien différente de l'autoplastie ; dans les deux cas, sans doute, il y a greffe animale bien évidente ; mais, dans le premier, on n'emprunte rien au reste du corps , on ne modèle rien, .comme -on lofait dans l'autoplastie; on se borne purement et simplement à rapprocher ce qui avait été accidentellement séparé.
A fortiori, serait-il impossible d'appelerautoplas-
(i) Sans cloute M. Larrey Bt quelques autres ont souvent qualifié de rhinoraphies des restaurations nasales dans lesquelles on avait fait un emprunt à la région voisine des joues j mais je me hâte de déclarer que je n'adopte pas cette manière de considérer les choses, et que, pour moi, les opérations auxquelles je fais allusion sont de véritables rhinophstiçs.
lie la transplantation d'une partie d'un individu sur un autre. En effet, d'un côté, si l'on replaçait simplement l'organe d'emprunt dans un lieu analogue à celui qu'il occupait {primitivement , on ne ferait pas plus dViutaplastie que dans le, cas précédent; et d'un autre côté , si on donnait une destination, et une forme nouvelles à la partie empruntée, ce ne serait pas encore de l'autoplastie , l'opération devrait s'appeler éiéroplastie ( i ) .
Le chirurgien qui , par une ouverture artificielle artistement préparée, corrige quelqu'une des imperl'orationsnaturelles qui constituent la classe des atrésies, ne fait pas non plus de l'autoplastie; il sépare des parties que la nature avait destinées accidentellement à rester unies ; mais, encore une fois, il ne lait ni cet emprunt, ni cette transplantation qui caractérisent si nettement l'autoplastie.
Véritable prothèse, l'autoplastie a mission de suppléer aux parties absentes, ou plutôt de les remplacer par des parties nouvelles : c'est une prothèse vivante dont les moyens unis intimement au sujet, lui adhèrent, non par des liens artificiels, mais par des tissus organisés ; elle est le triomphe de la chirurgie puisque, par un heureux artifice, elle fait en quelque sorte repousser un organe, et dote l'homme d'un merveilleux avantage, dont la nature n'avait fait jouir que les animaux inférieurs.
(ï) E 7«poj, ceter, autre.
Du reste le mot autoplastie n7a pas de ve'ritables synonymes; les dénominations d« greffe animale , d'ànaplastie (i), de chirurgia curtorum, de chirurgia cutorwnper insitionem, de restitution organique, de restitution de parties perdues, de transplantation de parties, de morioplastie (2) , ont pour la plupart un sens ou plus étendu ou plus restreint que celui à* autoplastie*
Rigoureusement circonscrit dans ses véritables limites, mon sujet est encore d'une effrayante étendue : en effet, décrire Y autoplastie , c'est résumer tous les travaux entrepris jusqu'ici sur la restauration de nos parties au moyen d'un emprunt; c'est tracer l'histoire de l'art sous ce rapport; c'est montrer la sphère d'application, indiquer les différentes espèces % décrire les modes opératoires généraux , faire connaître les suites, le plus souvent favorables, mais quelquefois contraires de cette opération; c'est fixer les bases du traitement qui convient pour en assurer le succès autant que possible; c'est enfin essayer un jugement sur la portée clinique de la partie de la chirurgie qui étonne le plu* par la nature de ses résultats.
(1) A» ctmhkfo-Ht , refaire - (a) Méjrtr, petite partie.