‹ De l'autoplastieChapitre 23 sur 27 · IÔ · texte numérisé non relu

IÔ

lambeau auquel je ne laissai qu'un appendice supérieur très court, parce que la sous-cloison des narines étant intacte n'avait , pas dû être enlevée; disséquer et retourner le lambeau sur son pédicule fut l'affaire de peu d'instans ; et je pus alors terminer l'opération en réunissant celui-ci avec les bords de la solution de continuité nasale au moyen de cinq points de suture entrecoupée, deux pour chaque côté, un pour la sous-cloison. Uu plumasseau fut placé sur la plaie du front, et le malade tenu à la diète et à l'usage de la limonade. Le nez reformé de la sorte offrait une perfection d'autant plus grande, qu'il était soutenu par la cloison cartiligineuse à la hauteur du nez naturel. Tout se passa très bien pendant quatre jours, la réunion était parfaite et le nez on ne peut plus régulier ; mais dès le cinquième jour, du frisson, des nausées survinrent et bientôt après, de la rougeur parut à la racine du nez sur les côtés du pédicule du lambeau ; cette inflammation s'étendit promptement à toutes les parties supérieures de la tête, de la face et au col; des symptômes cérébraux survinrent, et malgré un traitement antiphloagistique fort actif, le malade succomba le cinquième jour du développement de cet accident et le dixième depuis l'opération.

L'inflammation s'était étendue jusque sur le pédicule du lambeau, mais elle n'était pas allée audelî» ; les adhérences de celui-ci dans le lieu de son gisemeat nouveau étaient encore intactes, au

moment de la mort, et ce n'était pas chose peu désolante que de voir. avec quelle perfection l'autoplastie était parvenue, dans ce cas, à dissimuler la mutilation, et de songer cependant aux tristes conséquences qui allaient résulter de cette opération.

Observation. Boulanger ( Euphrosine, ) âgée de trente-neuf ans, couturière , bien réglée , mère de quatre enfans, entra à l'hôpital des vénériens le 14 juin i834, pour des ulcérations syphilitiques du front et du nez , contre lesquelles elles avait employé, sans succès, divers traitemens mercuriels et qui reconnaissaient pour cause une infection datant de cinq ans. Ces ulcérations se mêlaient à des tubercules syphilitiques : beaucoup trop long et à la suite de moyens locaux et généraux qu'il serait inutile de détailler ici, les ulcérations étaient en partie cicatrisées le 19 septembre, et la malade se trouvait à cette époque dans l'état suivant : Les os nasaux n'ontsubiaucuneallération,la cloison estintacte, le lobule et les ailes du nezsonttrès^bien conservés ainsi que toute la lèvre supérieure jusqu'à la hauteur de quatre à cinq lignes. Le dos du nez est couvert d'une cicatrice de bonne nature. Mais de chaque côté, entre lui et la partie interne des joues, se voit une ulcération triangulaire à base en bas , séparée de l'ouverture des narines par l'intervalle de quatre lignes environ, dont il a déjà été parlé ; le sommet de ces ulcérations est dirigé vers la racine du nez.

Ces deux ulcérations paraissaient en voie de gué-

rison ; cependant leur bord externe est mince, violacé et se déchire avec facilité. Le cartilage triangulaire du côté droit est conservé : il existe entre celui du côté gauche et l'os nasal une ouverture de trois lignes de diamètre qui pénètre directement dans les fosses nasales. L'état général est bon ; cependant le tube digestif est très-susceptible et cen'est qu'avec beaucoup de précaution et après quelquesintervalles de repos que l'on a pu administrer à la malade les médicamens intérieurs nécessités par son effection.

L'opération pratiquée le ao septembre par M. Dieffenbach dura une heure. L'opérateur après avoir avivé les bords et le dos du nez, tailla sur la partie moyenne du front, un lambeau simplement triangulaire à sommet en bas vers la racine du nez. Le lambeau renversé fut assujéti au moyen d'un très grand nombre de points de suture .entortillée. Il n'existait entre chaque point qu'un intervalle de deux lignes à peu prés.

M. Dieffenbach dirige lui-même le traitement de là manière suivante; îejour même de l'opération : ( limonade vineuse , lavement purgatif, diète , six sangsues sur le lambeau ).

i\ septembre, dix sangsues, matin et soir sur te lambeau et les joues, lavement purgatif.

22, trente sangsues sur les joues , lavement purgatif, on retire quelques épingles.

a3, dix sangsues et scarifications légère sur le lambeau , lavement purgatif.

a/fjFomentation avec camomille vineuse;on touche les points non réunis et surtout l'angle inférieur gauche du lambeau qui paraît menacé de gangrène, avec la teinture de cantharides.

a6, on remplace la teinture de cantharides par l'oxide rouge de mercure, fomentation avec un mélange d'infusion vineuse de camomille, d'eau chaude et d'eau-de-vie camphrée. (Limonade vineuse, décoction di salsépareilleavec addition de scammonée et de coloquinte , bouillon , pruneaux ).

Toutes les épingles ont été successivement retirées, il n'en reste plus le aj.

Le 3 octobre, section du pédicule; la cicatrice est presque complète dans tous les points ; l'angle inférieur gauche du lambeau a été gangrené dans l'étendue de trois lignes; c'est le seul point qui ait manqué.

Le 4 octobre', érysipèlede la face, et du nouveau nez , fièvre , dévoiement.

L'érysipéle augmente les jours suivans; il existe des symptômes d'entérite très évidens : la malade déjà affaiblie par les sangsues appliquées les premiers jours, et dont le canal intestinal déjà très susceptible, a été surexcité par tant de purgatifs, continue cependant à être poursuivie par les médicamens les plus incendiaires.

Le 10, l'érysipéle est flétri, mais il est survenu des symptômes adynamiques ; la respiration s'est embarrassée : la mort survint le 12 octobre, vingttrois jours après l'opération.

Page 1