‹ De l'autorité de Rabelais dans la révolution présente et dans la constitution civile du clergé;Chapitre 27 sur 67 · I. Les greffiers · texte numérisé non relu

I. Les greffiers

gâtes arrivant au port; là soudain courut demander des nouvelles, ensemble de quelles marchandises étoient les vaisseaux chargés; il vit que tous l'étoient de venaison, levrauts, chappons, colombes, cochons, chevreaux, veaux, poulies, canards^ aiebrans, oisons et autres sortes de gibier; il apperçut aussi parmi quelques pièces de velours, [de satin et de damas. Adoncques interrogea les voyageurs où et à qui ils portoient ces friands morceaux. Ils répondirent que c^étoient à Grippeminaud, aux chats-fourrés et chattes-fourrées.

« Comment, dit frère Jean, appelez- vous ces drogues-là? — Corruption? répondoient les voyageurs» -^ Ils vivent donc de corruption? dit frère Jean. Par la vertu de Dieu, c'est cela : leurs pères inangerent les bons gentilshommes, qui, par raison de leur état, s'exerçoient à la volerie et à la chasse, pour être en tems de guerre plus escors et jà endurcis au travail. Les âmes d'iceux, selon Topinion de Grippeminaud, après leur mort entrent en sangliers, cerfs, (Chevreaux, hérons, perdrix et autres tels animaux lesquels ils avoient, pendant leur premiefe vie durante, toujours aimés et cherchés* Or ces chats-fourrés, après avoir détruit et dévoré leurs châteaux, terres, domaines, possessions, rentes et revenus, encore leur cherchent-ils le sang et Pâme en Tautre vie.

— Voire mais, dit Panurge aux voyageurs, on a fait crier de par le grand roi que personne n^eût, sous peine de la hart, à prendre cerfs ni biches^ sangliers ni chevreaux. — Il est vrai, répondit un pour tous; mais le grand roi est tant bon et tant bénin, ces chats-fourrés sont tant enragés et affamés de sang chrétien, que moins de peur nous avons, offensant le grand roi, que d^espoir, entretenant ces chats-fourrés par telles corruptions. Mémement que demain le Grippeminaud marie une sienne chatte-fourrée avec un gros mitouard chat bien fourré. Au tems passé on les appelloit mâche-foins; mais, las! ils n'en mâchant plus. De présent, nous les nommons mâche-le vreaux, mâcheperdrix, mâche-bécasses, mâche-faisans, mâchepoulies, mâche-cochons : d^autres viandes ne sont alimentés. — Bran, bran, dit frère Jean^ Tannée prochaine on les nommera mâche » La politesse de notre siècle ne me permet pas de transcrire cette plaisanterie prophétique.

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