‹ De l'autorité de Rabelais dans la révolution présente et dans la constitution civile du clergé;Chapitre 4 sur 67 · I. Comme on dit leurs majestés · texte numérisé non relu

I. Comme on dit leurs majestés

faiblesse (ïêtre^ sur ce roman philosophique, de l'avis de La Fontaine y de Racine, de Despréaux et de Molière. Ils se gardoient bien, sans doute, et je me suis gardé comme eux , d'y tout approuver et de tout relire : ce qui est extrava^ gant, obscur à dessein, obscène sans gaieté, tri" vial, insignifiant et grossier, ne m*a jamais en-' nuyé qu'aune fois. Mais les contes plaisans, les traits nombreux d!une satyre ingénieuse et délt" cate, les choses hardies pour le tems, dont plusieurs Vétoient encore pour le nôtre il y a peu d'années, et celles où brillent un sens droit, une raison supérieure, une sagesse de tous les tems^ tout cela me charmoit, et, chaque fois que je prenois mon Rabelais, ce n'étoit qu'après avoir relu tous ces endroits, marqués dans mon exemplaire » quejepouvois le quitter.

En le reprenant cette année, j'^ai sur-tout été frappé de Và-propos dont seroient en ce moment une foule de traits, de passages, et même des chapitres entiers. J'ai cru que ce qu'ails contiennent de juste, de plaisant et de raisonnable, sur les rois, sur les grands, sur leurs fantaisies guerrières, sur les paieries des parlemens et des autres cours abolies par notre constitution; sur les moines, les cafards, la cour de Rome, et voire même le pape; que tout cela, dis-je, auroit

quelque chose dépiquant, peut-être même d'utile^ et pourrait /aire autorité.

On ne trouvera point ici tout ce qu'il jr a de bon et d'agréable dans Rabelais, mais seulement ce qui rentroit dans mon sujet, ce qui pouvait avoir de l'intérêt dans la circonstance y et dont l'application devoit frapper tous les yeux. Pour en/aire sentir tout le mérite, ce serait ici le lieu de peindre le siècle oU l'auteur écrivait. Mais je ne veux pas faire un long ouvrage, et m' engager dans cette peinture ne serait pas le moyen de le rendre court.

Il suffira de rappeller à ceux qui connaissent notre histoire que c^était sous le règne de Français I^, ce qui veut dire, en plus de mots, sous un roi possédé de la manie des conquêtes, et puni par des revers, même par la captivité, de cette manie sanguinaire. Il osa la tourner en ridicule. Dans un tems où les parlemens, sans être aussi puissans qu'ails Vont été depuis, avaient de la considération et de la puissance, où du moins ils n'étaient pas encore avilis par la vénalité publique des charges^, il se moqua du parlement.

I. Ce fut sous François !«', et à Toccasion de ses guerres d'Italie, que cette vénalité s'introduisit, plutôt par le fait que par le droit, dit le président Hénault, et il ajoute que, même

des autres cours et de toute la clique judiciaire. Enfin, à l'époque où le luthéranisme et le calvinisme, nés des scandales de la cour de Rome, avaient enlevé au pape une grande partie de l'Europe, mais où la France, très-chrétienne et obstinément romaine, brûloit les protestons, les faisait massacrer à Mérindol, et révéroit super^ s t itieusement r autorité papale, il cribla deplai' santeries les prêtres, les moines, et la cour de Rome et son chef. De notre tems, bien des auteurs se sont acquis une grande réputation de hardiesse philosophique sans en avoir fait autant.

En citant Rabelais, je conserverai à son style, autant qu'il me sera possible, son antique simpli^ cité, son originalité piquante, son harmonie, sa naïveté, ses grâces. Je ne ferai disparaître que quelques constructions pénibles , quelques inversions forcées, qui le rendent souvent obscur, et quelques mots devenus inintelligibles à qui n'a pas l'usage de notre langue ancienne; j'adoucirai l'orthographe, alors dans son enfance et hérissée de consonnes qui depuis ont disparu de la prononciation et ensuite de l'écriture. J'expliquerai

long-tems depuis ce règne, on faisoit encore serment au parlement de n'avoir pas acheté son office, ce qui fut sagement aboli en i597 P^' ^^^^^ ^^ parlement.

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dans des notes Jort courtes ce qui aura besoin d^ explication.

Mais c'est trop nC étendre sur ce que je ferai; il vaut mieux faire, et, pour commencer à parler comme Rabelais, ne pas lanterner si long-tems. Le premier chapitre dira mieux ce que je me propose dans mon entreprise et labeur.

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