‹ De l'autorité de Rabelais dans la révolution présente et dans la constitution civile du clergé;Chapitre 52 sur 67 · I. Voyageurs · texte numérisé non relu

I. Voyageurs

Adoncques [s'agenouillèrent devant nous, et nous vouloîent baiser les pieds', ce que ne leur voulûmes permettre, leur remontrant qu'au pape, si là de fortune en propre personne venoit, ils ne sauroient faire davantage. « Si ferions, si, répondirent-ils; cela est entre nous jà résolu. Nous lui baiserions le cul sans feuille. » J^en demande encore pardon au lecteur délicat; mais ce trait m^a paru demander grâce. Je supprime le reste, pour qui je ne Tobtiendrois pas.

« Pantagruel demandoit cependant à un mousse de leur esquif qui étoient ces personnages. Il lui fit réponse que c' étoient les quatre états de Tisle; et ajouta que serions bien accueillis et bien traités, puisqu'avions vu le pape. Panurge lui dit secrètement : « Tout vient à point qui peut attendre. A la vue du pape, jamais n'avions profité : à cette heure, de par tous les diables, nous profitera, comme je vois. » Alors descendîmes en terre,'et venoient au*devant de nous, comme en procession, tout le peuple du pays, hommes, femmes, petits enfans. Nos quatre états leur dirent à haute voix : « Ils Pont Vu, ils Pont vu, ils Pont vu ! » A cette proclamation, tout le peuple s'agenouilloit devant nous, levant les main jointes au ciel et criant : «c O gens heureux ! ô bienheureux ! » Et dura ce cri plus d'un quart d'heure.

c Tant grandes furent leurs exclamations que Homenaz» y accourut (ainsi appellent-ils leur évêque] sur une mule débridée, caparassonnée de vert, accompagné de ses suppôts, portant croix, banieres, gonfalons, baldaquins, torches, bénitiers ; et nous vouloit pareillement baiser les pieds à toute force, disant qu^un glossateur de leurs saintes décrétales avoit laissé par écrit qu^ainsi comme le Messie tant et si long-tems des Juifs attendu enfin leur étoit advenu, aussi en cette isle quelque jour le pape viendroit. Attendant cette heureuse journée, si là arrivoit personne qui Teût vu à Rome ou autre part, qu'ils eussent à le bien fêtoyer et révéremment traiter. Toutefois nous en excusâmes honnêtement. »

Homenaz les conduit à Téglise, et leur promet qu'après la messe ils iront bancgueter, « Approchant de la porte du temple , apperçûmes un gros livre doré, tout couvert de fines et précieuses pierres, balais, émeraudes^ diamans, unions, plus ou pour le moins autant excellentes que celles qu'Octavian* consacra à Jupiter Capitolin. Et pendoit en Pair, attaché à deux grosses chaînes

1. Un homena^f selon les commentateurs, se dit, en Languedoc, d'un grand fat qui n*a ni monde ni esprit;

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