Maisons religieuses
en tous endroits voyez la chrétienté ornée, décorée, illustrée, comme est le firmament de ses claires étoiles ? Dives décrétales.
a Qui a fondé, qui maintient, qui sustente, qui nourrit les dévots religieux , par les couvens , monastères et abbayes, sans les prières diurnes, nocturnes, continuelles desquels seroit le monde en danger évident de retourner en son antique chaos? Sacrées décrétales.
« Qui fait et journellement augmente en abondance de tous biens temporels , corporels et spirituels ce fameux et célèbre patrimoine de saint Pierre ? Saintes décrétales.
« Qui fait le saint-siége apostolique en Rome, de tout tems et aujourd'hui, tant redoutable en Punivers qu'il faut, bon gré, mal gré, que tous rois, empereurs, potentats et seigneurs dépendent de lui, par lui soient couronnés, confirmés, autorisés, viennent là bouquer et se prosterner à la mirifique pantoufle? Belles décrétales de Dieu.
« Je vous veux déclarer un grand secret. Les universités de votre monde, en leurs armoiries et devises, ordinairement portent un livre, les unes ouvert et les autres fermé. Quel livre pensez-vous que ce soit? — Je ne sais, certes, répondit Pantagruel : je ne lus oncques dedans. — Ce sont, dit Homenaz, les décrétales, sans lesquelles périront
les privilèges de toutes universités. Vous me devez celle-là. Ha, ha, ha, ha ! » Ici commença Homenaz à rire, baver et suer; et bailla son bonnet à une des filles, laquelle le posa sur son beau chef en grande allégresse, après Pavoir amoureusement^ baisé, comme gage et assurance qu^elle seroit première mariée.
a Je disois donc, reprit Homenaz, qu^ainsi vous adonnant à Tétude unique des sacrées décrétales, vous serez riches et honorés en ce monde. Je dis conséquemment qu'en Tautre vous serez infailliblement sauvés au benoît royaume des cieux, duquel les clefs sont baillées à notre bon Dieu* décrétaliarque.
a O mon bon Dieu, lequel j'adore et ne vis oncques, de grâce spéciale, ouvre-nous, à l'article de la mort pour le moins, ce très-sacré trésor de notre mère sainte Église, duquel tu es protecteur, conservateur, administrateur, dispensateur, et donne ordre que ces précieuses œuvres de surérogation, ces beaux pardons au besoin ne nous faillent; à ce que les diables ne trouvent que mordre sur nos pauvres âmes, que la gueule horrifique d'enfer ne nous engloutisse ! Si nous faut passer par purgatoire, patience. En ton pouvoir et