I. C'est le pape, chef et souverain des décrétales
arbitre est nous en délivrer quand tu voudras. » Ici commença Homenaz à jetter grosses et chaudes larmes, battre sa poitrine et baiser ses pouces en croix.
a Epistemon, frère Jean et Panurge, voyan^ cette fâcheuse catastrophe, commencèrent, couverts de leur serviette, à crier miaut, miaut, feignant cependant s'essuyer les yeux, comme s'ils eussent pleuré. Les filles furent bien apprises, e( à tous présentèrent pleins hanaps de vin clémentîn ' , avec abondance de confitures. Ainsi fut de nouveau le banquet réjoui.
a En fin de table, Homenaz nous donna grand nombre de grosses et belles poires, en disant : Tenez, amis, ce sont poires singulières, lesquelles ailleurs ne trouverez. En cette isle seule naissent ces belles poires. Faites-en, si bon vous semble, pépinières en vos pays. — Comment, demanda Pantagruel, les nommez-vous? — Non autrement que poires, répondit Homenaz. Nous sommes simples gens, puisqu'il plaît à Dieu ; et appelions les figues figues, les prunes prunes, et les poires poires. — Vraiment, dit Pantagruel, quand je serai en mon ménage, j'en enterai en mon jardin de Touraine,
I . Clément V étoit de Bordeaux, et avoit fait planter, à une lieue de cette ville, une vigne qui porte encore aujourd'hui son nom.
sur la rive de Loire , et seront dites poires de bon chrétien: car oncques ne vis chrétiens meilleurs que ces bons Papimanes. »
« Le dîner parachevé, prîmes congé d^Homenaz, et de tout le bon populaire, humblement les remerciant , et, pour rétribution de tant de biens , leur promettant que, venus à Rome, ferions avec le père saint tant qu'en diligence il les iroit voir en personne. »
Je ne sais sUl y est allé. On a vu dans ces derniers tems que papegaut gagnoit peu de chose à voyager. Papimanie se dépeuple : sa présence ne la repeupleroit pas, n'empêcheroit pas les transmigrations fréquentes au pays de Papefigue. Le tems approche oti il sera réduit à Pile Sonnante. Qui sait encore si ce sera pour long-tems, et si Ton ne verra pas bientôt inscrit sur le château Saint-Ange ces mots, qu'un de nos bons patriotes a fait graver sur le fronton de son ci-devant château, en place de ses armoiries :
Finita è la comedia.