‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 14 sur 64 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite du précédent.

ANS ce même tems, Gargantua^ rappelle par son père, revenoit de Paris, accompagné de Ponocrates son gouverneur, de son maître d'exercices Gymnaste, du jeune page Eudemon, et suivi à quelque distance de ses gens et de tout son train. En approchant du pays, il envoie Gymnaste à la découverte des ennemis. Gymnaste, monté sur un bon cheval, rencontre un détachement; et, après s'être dit pauvre diable, à toutes questions qu'on lui fait^ il se met à faire sur son cheval des tours de voltige et des sauts si surprenans qu'on le prend en effet pour un diable. L'épouvante se met dans la troupe. Gymnaste en profite, tire son épée, frappe d'estoc et de taille, tue le capitaine et plusieurs soldats; le reste prend la fuite.

« Ce fait, Gymnaste se retire, considérant que les cas de hiazard, jamais ne les faut poursuivre jusqu'à leur période, et qu'il convient à tous chevaliers révérentement traiter leur bonne fortune, sans la molester ni gêner. » Il revient à son maître, raconte ce qu'il a fait, « affirmant qu'ils n'étoient que marauds, pillards et brigands, ignorans de toute discipline militaire, et que hardiment ils se missent en voie » : car il leur seroit très-facile de les assommer comme bêtes ». C'est ce qu'ils font, peu nous importe comment.

Picrochole se mit en fureur lorsqu'il sut la défaite de son détachement, lorsqu'il apprit que les diables avoient couru sur ses gens et les avoient mis en déroute. Il tint conseil toute la nuit, et le résultat fut que sa puissance étoit telle qu'il pouyoit défaire tous les diables d'enfer, s'ils y venoient. Mais, pour plus grande sûreté, en envoyant un second détachei;nent plus nombreux, il fait asperger les soldats d'eau bénite, et dojiner à chacun une étole en écharpe, ce qui ne les empêcha pas de fuir encore lorsqu'ils eurent rencontré Gargantua, .sa troupe et le moine, qui, jurant toujours selon sa coutume, s'écrie en les voyant : « Chocquons, diables! chocquonsi » Ils fuient donc,

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