‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 17 sur 64 · I. Maladroite · texte numérisé non relu

I. Maladroite

3. Rabelais ayoit à cœur ces changemens d'état entre les gueux et les rois. Il y revient encore ailleurs, de cette manière : a Je pense que plusieurs sont aujourd'hui empereurs,' rois, ducs, princes et papes en la terre, lesquels sont descendus de quelques porteurs de coustrets et de rogatons ; comme au contraire plusieurs sdnt gueux de l'hostiere, souffreteux et misérables, lesquels sont descendus de sang et ligne de grands rois et empereurs, etc. »

pour son souper. « Rien, rien, dit Epictete, je ne donne point de deniers. Tiens, maraud, voilà un écu, sois homme de bien. » Cyrus fut bien aise d'avoir rencontré tel. butin; mais les autres coquins de rois qui sont là-bas, comme Alexandre, Darius et autres, le dérobèrent la nuit.

a Je vis Maître Jean Lemaire qui contrefaisoit du pape, et à tous ces pauvres rois et papes de ce monde faisoit baiser ses pieds et leur donnoit sa bénédiction, disant : a-Gagnez les pardons, coquins, gagnez; ils sont à bon marché; je vous absous de pain et de soupe, et vous dispense de valoir jamais rien. »

-^ Or,.dit Pantagruel, réserve-nous tous ces beaux contes à une autre fois; faisons maintenant bonne chère, et buvons, d Lors, dégainèrent les flacons, les munitions du camp, et se mirent à faire grande chère. Mais le pauvre roi Anarche, roi des Dipsodes, qui venoit d'être fait prisonniei*, ne se pouvoit réjouir. Dont dit Panurge : « De quel métier ferons-nous ce monsieur du roi-ci , afin qu'il soit jà tout expert en l'art quand il sera de par de-là à tous les diables? — Vraiment, dit Pantagruel, c'est bien avisé à toi. Or fais-en à ton plaisir; je te le donne.

— Grand merci, dit Panurge; le présent n'est de refus Je le veux faire homme de bien : ces

diables de rois ne sont que veaux, et ne savent ni ne valent rien, sinon à faire des maux aux pauvres s^ijets, et à troubler le monde par guerre pour leur inique et détestable plaisir. Je le veux mettre en métier et le faire crieur de sauce verte. Or commence à crier : « Vous faut-il point de sauce verte? » Et le pauvre diable crioit. « C'est trop bas,» dit Panurge; et le prit par l'oreille, disant : « Chante plus haut, en g, sol, re, ut. Ainsi. Diable! tu" as bonne gorge; tu ne fus jamais si heureux que de n'être plus roi. »

« Ainsi fut Anarche bon crieur de sauce verte. Deux jours après, Panurge le maria avec une vieille lanterniere, et lui-même fit les noces; et, pour les faire danser, loua un aveugle qui leur sonnoit la note avec sa vielle. Après dîner lès amena au palais, et .les présenta à Pantagruel, qui leur donna une petite loge auprès de la basse rue^ et un mortier de pierre à piler la sauce. Et firent en ce point leur petit ménage ; et fut aussi gentil crieur de sauce verte qui fut oncques vu en Utopie. Mais l'on m'a dit depuis que sa femme le bat comme plâtre; et le pauvre sot ne s'ose défendre» tant il est niais. )>

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