‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 31 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des ordres mendians.

E n^est point sous ces joyeuses couleurs ique Rabelais peint les cinq ordres que fPon appelle mendians, parce qu'en effet ils faisoient vœu et profession de mendicité, c'està-dire de ce qui pst la honte et le fléau des sociétés civiles, et qu'ils ne s'enrichissoient que du métier et aux dépens des pauvres. M^is il étoit trop bon plaisant pour leur dire des injur^çs directes. Le tour qu'il prend est d'autant plus comique qu'il a l'air plus simple; que ces injures ne consistent en ap<* pareiiç4 qu'en erreur de mots^ et que cette erreur nilve devient doublement plaisante par la bonne foi poltronne et superstitieuse de celui qui la commet, et par la prud'hommie de celui qui là tend plus injurieuse encore en voulant la rc* dresser* Voici le fait.

Panurge veut se marier^ mais 11 est inquiet d^ ce qui lui adviendra en mariage; Il consulti» Pan*»

tagruel; il consulte le sort des vers d'Homère et de Virgile; il consulte le sort des dez, celui des songes, et même une sibylle : il est aussi incertain qu'auparavant. Pantagruel lui conseille de s'adresser à un vieux poëte prêt à mourir. « Les cignes, lui dit«il, qui sont oiseaux sacrés à Apollon, ne chantent jamais, sinon quand ils approchent de leur mort; de mode» que chant de cigne est présage certain de sa mort prochaine, et ne meurt que préalablement n'ait chanté. Semblablement les poètes, qui sont protégés d'Apollon, approchant de leur mort, ordinairement deviennent prophètes , et chantent par apolline inspiration, vaticinant* des choses futdres. . . Nous avons ici près un tomme et vieux poëte, c'est Raminagrobis; j'ai entendu qu'il est en l'article et dernier moment de son décès : transportez-vous vers lui, et oyez son chant; peut-être que par lui Apollon dissoudra votre doute. »

Panurge y consent; ils se mettent en route. « Et, arrivant au logis poëtique, trouvèrent le bon vieillard en agoniej avec maintien joyeux, face ouverte et regard lumineux. Interrogé par Panurge, il demande encre, pluine et papier; il lui donne

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