‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 47 sur 64 · I. De rage et de la taille des petits enfans de chœur · texte numérisé non relu

I. De rage et de la taille des petits enfans de chœur

point dessus; mais entends bien, je retiens pour mon pstrtage ce qui siçra dessus terre, tu auras le dessous. — Travaille, vilain, travaille. Je vais tenter les hérétiques : ce sont âmes friandes en car** bonaade. Monsieur Lucifer a sa colique, celui sera ^ine gorge chaude. »

; «.Venu, le tems de la cueillette, le diable §e trouva au lieu, avec un escadron de diableteaux de chambre. L^, rencontrant le laboureur et ses gens, commença s^yer et recueillir les feuilles de i;ave$. Après lui le laboureur bêchoit et tiroit les grosses raves, et Içs mettoit en poches. Ainsi s'en vont tous ensemble au marché. Le laboureur vendoit très-bien ses ravesw Le diable ne vendit rien : qui pis est, on se moquoit de lui publiquement. « Je vois bien, vilain, dit le diable, que par toi je suis trompé. Je veux faire fin du phamp. Ce sera de telle manière que nous nous entregratterons l'un Tauti'e, et qui de nous deux premier se rendra quittera sa part du champ; il demeurera entier au vainqueur. La journée sera à huitaine. Va, vilain, je te gratterai en diable.

a >J Gallois tenter les pillards, .chiçajnoux, déguisçurs de prô.cès, notaires, faussaires, avocats, prévaricateurs; mais ils m'ont fait. dire par, vin truchement qu'ils étoient tous à moîi Aussi bien Lucifer se fâche de leurs, aines et les renvoie ordi-

nairement aux diables de cuisine, sinon quand elles sont saupoudrées». Vous dites qu'il n'est déjeuner que d'écoliers, dîner que d'avocats, goûter* que de vignerons, souper que de marchands, réveillonner que de chambrières." Il est vrai, monsieur Lucifer se plaît à tous ces repas, et se souloitî déjeuner d'écoliers. Mais, las! ne sais par quel malheur depuis certaines années ils ont avec leurs études adjoint les saintes Bibles 4. Pour cette cause, plus n'en pouvons au diable l'un tirer ; et je crois que, si les cafards ne nous y aident, leur ôtant par menaces, injures, force, violence et brûlemens leur saint Paul d'entre les mains , plus là-bas n'en grignoterons. »

a D'avocats pervertisseurs de droit et pilleurs de pauvres gens il dîne ordinairement, et ne lui manquent; mais on se fâche de toujours un pain manger. Il dit n'a gueres en plein chapitre qu'il mangeroit volontiers l'ame d'un cafard qui eût oublié de se recommander soi-même en son sermon, et promit double paye et notable appoînte-

1. Le commentateur de Rabelais prétend ici que, sans cette précaution, cette sorte d'ames se corrompt d'abord.

2. Il y a dans Rabelais ressiner, qui veut dire la même chose. I. Avoir coutume de.

4. Ce trait est passablement vif. On brûloit alors les calvinistes, et ce sont leurs études qui sont ici désignées comme sauvant des grimes du diable les écoliers qui les suivent.

ment à quiconque lui en apporteroit une. Chacun de nous se mit en quête. Mais rien n'y avons profité : tous admonestent les nobles dames de donner à leur couvent.

« De goûter, il s'est abstenu depuis qu'il eut sa forte colique provenante de ce qu'aux contrées boréales Ton avoit ses nourrissons, vivandiers, charbonniers et chaircuitiers outragé vilainement'. Il soupe très-bien de marchands usuriers, apothicaires, faussaires, billonneurs, adultérateurs^ de marchandises; et quelquefois, qu'il est en ses bonnes 9, réveillonne de chambrières, lesquelles, après avoir bu le bon vin de leurs maîtres, remplissent le tonneau d'eau puante. Travaille, vilain, travaille, etc. »

La manière dont le diable est trompé la troisième fois est trop gaillarde pour être rapportée ici. On peut la voir dans Rabelais 4, et dans La Fontaine, qui en a fait un joli conte, où l'on retrouve bien ce qu'il y a de plaisant en celui-ci, maïs non ce qu'il y a de plus malin et de philoso-

I. Allusion à l'expulsion des moines hors de l'Angleterre et des deux royaumes du Nord. Adieu aussi pour Lucifer ses TivandierS) charbonniers et chaircuitiers de France.

a. Qui gâtent et corrompent les marchandises par de mauvais mélanges.

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