‹ De l'autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans laChapitre 59 sur 64 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment, par la vertu des décrétales, Vor étoit subtilement tiré de France à Rome, — Suite de réloge des décrétales.

Evoudrois, dit Epistemon, avoir payé chopine et qu^eussions à l'original collationné les terrifiques chapitres Exécra^ bilisy De multa. Si plures. De annatis, et certains autres^ lesquels tirent par chacun an de France à Rome quatre cents mille ducats et davantage. Estce rien? — Cela, dit Homenaz, me semble toutefois être peu, vu que la France la très-christiane 4îst unique nourrice de la cour romaine».

« Mais trouvez-moi livres au monde, soit de philosophie, de médecine, des loix, des mathématiques, des lettres humaines, voire, par mon Dieu,

t. On a jugé enfin cette cour assez grande pour 8tre sevrée.

de la sainte Écriture, qui eh puissent autant tirer Vous n'en trouverez point de cette auriflue énergie, je vous en assure. Encore ces diables hiérétiques ne le veulent apprendre et savoir.- Brûlez, tenaillez, cizaillez, noyez, pendez, empalez, démembrez, découpez, fricassez, grillez, crucifiez, écartelez, carbonnadez ces méchans hérétiques, décrétalifuges, décrétalicides , pires qu'homicides, pires que parricides, décrétalictones du diable ^ ! • a Vous autres, gens dé bien , si voulez être dits et réputés vrais christians, je vous supplie à jointes mains ne croire autre chose, autre chose ne penser, ne dire, n'entreprendre, ne faire, fors seulement ce que contiennent nos sacrées décrétales et leurs corrollaires, ce beau sixième, ces belles clémentines, ces belles extravagantes. O livres déifiques ! ainsi serez en gloire, honneur, exaltation, richesses, dignités en ce monde; de tous révérés, d'un chacun redoutés, à tous préférés, sur tous révérés et choisis : car il n'est sous la chappe du ciel gens plus idoines à tout faire et manier que ceux qui, par divine prescience et éternelle prédestination, se sont adonnés à l'étude des saintes décrétales.

« Voulez-vous choisir un preux empereur, un bon capitaine, un digne chef et conducteur d'armée

I, Toujours bon, toujours doux, toujours charitable.

en tems de guerre, qui bien sache tous inconvé* niens prévoir, tous dangers éviter, bien mener ses gens à Passant et au combat en allégresse, rien ne hasarder, toujours vaincre, sans perte de ses soldats, et bien user de la victoire ? Prenez-moi un décrétaliste.

« Voulez- vous, en tems de paix, trouver homme apte et suffisant à bien gouverner FÉtat d^une république, d^un empire, d^une monarchie; entretenir rÉglise, la noblesse, le sénat et le peuple en richesse, amitié, concorde, obéissance, vertus, hon<* nêteté? Prenez-moi un décrétaliste.

a Voulez- vous trouver homme qui, par vie exemplaire , beau parler, saintes admonitions, en peu de tems, sans effusion de sang humain , conquête la terre sainte, et à la sainte foi convertisse les mécréans turcs, juifs, tartares et moscovites? Prenez-moi un décrétaliste.

« Qui fait en plusieurs pays le peuple rebelle et détravéi, les pages friands et mauvais, les écoliers badauds et asniers ? Leurs gouverneurs , leurs écuyers, leurs précepteurs n'étoient décrétalistes.

a Mais qui est-ce, en conscience, qui a établi, confirmé, autorisé ces belles religions^, desquelles

I . Déchaîné, comme un cheval qui a rompu ses entraves. 3. Maisons religieuses.

en tous endroits voyez la chrétienté ornée, \dé« Corée, illustrée, comme est le firmament de ses claires étoiles ? Dives décrétales.

« Qui a fondé» qui maintient, qui sustente, qui nourrit les dévots religieux, par les couvens, moi nasteres et abbayes, sans les prières diurnes, noc-t turnes, continuelles desquels seroit.le monde en danger évident de retourner en son antique chaos? Sacrées décrétales.

«t Qui fait et journellement augmente en abondance de tous biens temporels, corporels et spirituels ce fameux et célèbre ^patrimoine de saint Pierre ? Saintes décrétales.

« Qui fait le saint-siége apostolique en Rome, de tout tems et aujourd'hui, tant redoutable en Punivers qu'il faut, bon gré, mal gré, que tous rois, empereurs, potentats et seigneurs dépendent de lui, par lui soient couronnés, confirmés, autorisés, viennent là bouquer et se prosterner à la mirifique pantoufle? Belles décrétales de Dieu.

« Je vous veux déclarer un grand secret. Les universités de votre monde, en leurs armoiries et devises, ordinairement portent un livre, les unes ouvert et les autres fermé. Quel livre pensez-vous que ce soit? — Je ne sais, certes, répondit Pantagruel : je ne lus oncques dedans. — Ce sont, dit Homenaz, les décrétales, sans lesquelles périront

les privilèges de toutes universités. Vous me devez celle-là. Ha, ha, ha, ha ! » Ici commença Homenaz à rire, baver et suer; et bailla son bonnet à une des filles, laquelle le posa sur son beau chef en grande allégresse, après Tavoir amoureusement baisé,, comme gage et assurance qu^elle seroit première mariée.

d^Je disois donc, reprit Homenaz, qu^aihsi vous adonnant à Tétude unique des sacrées décrétales, vous serez riches et honorés en ce motidè. Je dis conséquemment qu^en Tautre vous serez infailliblement sauvés au benoît royaume des cieux, duquel les clefs sont baillées à notre bon Dieu< décrétaliarque.

« O mon bon Dieu, lequel j^adore et ne vis oncques, de grâce spéciale, ouvre-nous, à l'article de la mort. pour le moins, ce très-sacré trésor de notre mère sainte Église, duquel tu es protecteur, conservateur, administrateur, dispensateur, et donne ordre que ces précieuses œuvres de surérogation, ces beaux pardons au besoin ne nous faillent; à ce que les diables ne trouvent que mordre sur nos pauvres âmes, que la gueule horrifique d'enfer ne nous engloutisse! Si nous faut passer par purgatoire, patience. En ton pouvoir et

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