LE PROCHAIN GRAND SIÈCLE SERA UN SIÈCLE CATHO- LIQUE
Les anciens Missels de Paris portent, à l'introït de la messe de ce jour (Vigile de Noël) : « Encore » un peu de temps et j'ébranlerai le ciel, et la terre » et la mer, et tout l'univers; et j'ébranlerai tous » les peuples : et le Désiré de toutes les nations » viendra. Écoutezceci, voustous,ô peuples! Soyez » attentifs, habitants de la terre! »
Les docteurs Juifs, les savants et les lettrés du temps d'Hérode connaissaient ce texte; mais ils ne firent pas attention au grand fait de Bethléem de Judée, dont nous célébrons ce soir fauguste anniversaire. Les puissants de l'Empire, César à leur tête, avaient été avertis par la Sybille; ruais en vain. Quelques pâtres de la Judée, puis des pêcheurs de la Galilée furent plus clairvoyants. C'est en présence de quelques bergers, assistant à l'incarnation de la lumière du monde, le plus grand fait de l'his-
toire de l'humanité, que les anges ont chanté ce cantique :
Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Répétons-le et recueillons-nous. Soyons fiers d'avoir obtenu la grâce d'apercevoir la lumière chrétienne, mais n'en soyons point orgueilleux, puisque cette lumière ne vient, pas de nous, mais d'en haut. Montesquieu, qui, dans sa jeunesse, ne l'avait pas aperçue, a consigné, à la fin de sa carrière, dans le livre capital de sa science mûrie parle temps et condensée par la réflexion, cet aveu éloquent : « Chose » admirable, la religion chrétienne, qui ne semble » avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait en- » core notre bonheur dans celle-ci. [EàprU des lois, » XXIV, 3). » Ces paroles sont rigoureusement vraies. Lord Macaulay constate quelque part, avec un mélange de dépit, que les catholiques qui aujourd'hui deviennent protestants sont en général de mauvais protestants. En effet, ceux qui ont la foi restent catholiques, et, quand ils l'ont perdue, ils ne perdent pas leur temps à se faire protestants. Les
nations catholiques n'ont reçu aucune promesse de richesses temporelles ou de succès politiques constants; mais elles n'ont rien à enviersous ce rapport aux autres peuples tant anciens que modernes. Quand elles ont cherché le royaume de Dieu et sa justice, elles ont reçu par surcroît, conformément à la parole sainte, tout ce que peuvent désirer ici-bas les hommes prudents, sages et raisonnables, avant de mourir. L'Église catholique a été non-seulement la mère nourricière de la civilisation depuis bientôt deux mille ans, non-seulement elle est la dépositaire unique de la vérité chrétienne intégrale, elle est encore l'atmosphère pure dans laquelle se conserve incorruptible la raison humaine. Les sciences, les lettres et les arts ont été cultivés par les catholiques à une époque où personne au monde ne s'en souciait, où ces plantes divines étaient mêmes ignorées du restant de l'humanité. Même au point de vue humain, l'Eglise catholique est la plus grande et la plus fière institution qui nous apparaisse dans l'histoire des choses terrestres, et aujourd'hui encore, humainement parlant, il n'y en a pas de plus solide qu'elle.
A toutes les époques, elle a rayonné dans le monde par la foi et par les œuvres, et ses fidèles ont marché au premier rang non-seulement dans les sciences divines, mais encore dans les sciences humaines. Les nations catholiques connaissent comme vous l'importance du capital et la valeur du travail, mais entre ces deux facteurs de la richesse, quel admirable intermédiaire elles possèdent dans le trésor inépuisable de leur Église ; et si le développement économique des temps modernes est capable d'être retenu dans les bornes de la justice, soyez certain que le salut ne pourra être trouvé que dans le sein maternel de l'Église.
Le prochain Grand Siècle sera un siècle catholique.
De S. Paul à S. Augustin, de S. Grégoire de Naziance à S. Thomas d'Aquin, de Dante à Pétrarque, de Roger Bacon et de Shakespeare (mort catholique) à Corneille, de Descartes à Malebranche, de Bossuet à Chateaubriand, de Lamartine à l'ardente et noble jeunesse que je vois fourmiller dans nos écoles, les nations catholiques, invariables dans l'unité de leur foi, ont marché, d'un pas assuré à la
conquête des secrets de la nature et de la beauté créée. Rivalisezavec elles, si vous le pouvez. Montez avec elles sur l'échelle des connaissances humaines. Multipliez les applications de la vapeur et de l'électricité, analysez la chaleur, expliquez les lois de la lumière, arrachez au soleil le mystère de sa composition. Montez toujours. Contemplez les profondeurs insondables de l'espace créé, assistez à l'apparition dans la sphère céleste de corps dont la lumière a voyagé vers nous avec une vitesse prodigieuse depuis le jour du meurtre d'Abel. Montez toujours. Résistez, si vous en avez la force, au concert formidable qu'on appelle l'harmonie des corps célestes et qui confond l'imagination. Faites encore un effort; montez jusqu'à ces hauteurs indéfinies, mais créées, qu'on appelle la région des étoiles fixes et qui approche de l'infini. Et quand vous serez fatigué par l'étude et énervé par la contemplation de ces hauteurs vertigineuses, le catholique vous criera encore : 31 on ami, plus haut encore, plus haut. Excelsior.