‹ De l'avenir des peuples catholiquesChapitre 10 sur 11 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LA RÉFORMATION n'a PAS FAVORISÉ LE DÉVELOPPEMENT DES LIBERTÉS CIVILES.

Partout où la Réformation a triomphé, elle a constitué une église d'État, porté atteinte a la liberté civile et forcé la nation à reculer au lieu d'avancer dans la voie du progrès politique. — Les libertés civiles et politiques n'ont fleuri relativement que dans les pays où les chefs de la réformation ne sont pas parvenus à créer une église d'État, où une large portion de la nation est restée catholique et où une autre portion s'est partagée en sociétés religieuses séparées. — Chez les nations catholiques la liberté civile est ancienne, l'absolutisme est moderne. — L'Eglise catholique seule est capable de résister au sein d'une nation à l'élément dissolvant contenu dans la liberté civile d'exprimer toutes les opinions imaginables et dans la liberté civile de pratiquer toute espèce de culte. — Démonstration de ces thèses par les faits.

L'étude de M. de Laveleye est dépourvue de méthode. Il faut la lire et la relire pour y retrouver

l'enchaînement des raisonnements. L'auteur mêle et entremêle les sujets les plus disparates et rend fort ardue la tâche de ses adversaires les plus bienveillants : le désordre de ses idées se manifeste naturellement dans l'expression de sa pensée. Ainsi la question si importante de l'Église catholique et des libertés civiles est traitée parlui dans trois ou quatre endroits différents, très-légèrement et sans esprit de suite.

Dans le chapitre que j'aborde et qui ressemble à un carnet de notes de lectures mal digérées, il pose imparfaitement les questions; répète des erreurs et même des calomnies mille fois réfutées ; ne tient aucun compte des immenses travaux de la critique historique de notre temps; définit inexactement des principes ou des institutions qu'il se donne ensuite le facile plaisir de blâmer, de critiquer et même de maudire ; ignore même l'ensemble des doctrines qui font la base de la réformation ; raisonné d'après un protestantisme de fantaisie ; réfute Calvin à l'aide de Luther et Luther au moyen de Calvin; etc.

Je demande pardon au lecteur si, à mon tour, je vais être contraint par la nécessité de cette polémique, de me laisser aller à certaines redites. Cependant je ferai des efforts pour les éviter.

M. de Laveleye prétend que la réformation a favorisé le développement des libertés civiles, tandis que l'Église catholique conduit inévitablement les nations au despotisme et à l'anarchie. Le gouvernement naturel des peuples protestants serait le régime représentatif, tandis que les catholiques sont nés pour l'absolutisme. Cette thèse est tellement délavée par l'auteur et si faiblement développée que je crois inutile de suivre sa modeste argumentation. Sa principale autorité contre les catholiques en cette matière estBossuet, le théologien de l'Église gallicane, une église qui a des affinités avec le Joséphisme et le libéralisme. Si je voulais entrer en discussion sur ce point, je prouverais facilement que les passages cités de l'évêque de Meaux ne disent pas tout ce que pense M. de Laveleye. Je me contenterai de récuser l'autorité deBossuet dans les choses du droit civil-ecclésiastique, et j'abandonnerai à

M. de Laveleye le césarisme élégant et littéraire de Louis XIV et même tout le développement politique de la monarchie française depuis Louis XL (On sait que MM. Michélët, L. Blanc, Quinet, Esquiros, etc, rangent déjà ce dernier parmi les précurseurs de la révolution française.)

Quant au fond même de sa thèse, M. de Laveleye ne semble pas y avoir beaucoup réfléchi, sinon il connaîtrait au moins de noml'ouvrage de M.Doellinger, son allié actuel {l'Église et les Églises), et ceux de MM. F. Martin et Marshall déjà cités. Je vais puiser dans ces doctes écrits et les copier en quelque sorte, pour démontrer rapidement les propositions suivantes :

1° Partout où la réformation a triomphé, elle a constitué une église d'État (1), porté atteinte à la

(1) L'unité religieuse, maintenue par les institutions politiques, est un bienfait inappréciable. L'Église catholique n'a cessé de proclamer cette vérité. Mais quand les protestants établissent des Églises d'État, ils sont en contradiction avec le principe fondamentale de leur rébellion religieuse. Chez les protestants l'Église d'État représente en quelque sorte un État-Église, tandis que

liberté civile et forcé la nation à reculer au lieu d'avancer dans la voie du progrès portique;

2° Les libertés civiles et politiques n'ont fleuri relativement que dans les pays où les chefs de la réformation ne sont pas parvenus à créer une église d'État, où une large portion de la nation est restée catholique et où une autre portion s'est partagée en sociétés religieuses séparées;

3 " Chez les nations catholiques la liberté civile est ancienne, l'absolutisme est moderne ;

4° Au sein d'une nation l'Église catholique seule est capable de résister religieusement, comme culte, à l'élément dissolvant contenu dans la liberté civile d'exprimer toutes les opinions imaginables et dans la liberté civile de pratiquer toute espèce de culte. En formulant cette conclusion, je ne prétends pas dire que cette liberté civile est favorable à la propa-

dans l'enseignement catholique l'unité religieuse est considérée, non pas comme un moyen temporel de gouvernement, mais comme un principe dirigeant et supérieur à l'État. Chez les protestants, l'Église d'État est un instrument de l'État.

galion de la vérité, encore moins qu'elle est la condition de cette propagation. J'exprime un fait.

Avant le xvi° siècle, la tolérance civile en matière religieuse était inconnue dans la politique euro péenne, si ce n'est à Rome, où le culte juif était civilement toléré dans le ghetto depuis la chute de l'empire romain. En dehors de l'Église universelle, il n'y a jamais eu que des églises nationales et celles-là sont intolérantes par essence politique.

Depuis le couronnement de Charlemagne à Rome, l'Europe était considérée comme une république chrétienne pratiquant le culte de l'Église universelle, et il ne pouvait être question d'en introduire un autre sans ruiner la constitution même du saint Empire. La réformation se fit au nom de la liberté de conscience, mais en réalité elle a été partout la plus cruelle ennemie de cette liberté. Partout où les Luthériens et les Calvinistes ont été les maîtres, ils l'ont supprimée.

En Angleterre, en Irlande, en Dahemarck, en Suède, dans le Brandebourg, à Genève, tous les « réformateurs », je dis tous, regardaient l'oppres-

sion de l'Église catholique et sa destruction comme la conclusion pratique de leur enseignement : on en vint jusqu'à punir de mort l'exercice de la religion catholique : en Angleterre, en Suède, à Genève, etc. Contre les sectes dissidentes, ces sectaires agirent de même. Mélanchton, le plus doux des « réformateurs, » demanda que les Anabaptistes expiassent leur doctrine dans le sang et réclama des peines corporelles contre les catholiques, parce que c'est le devoir de la puissance séculière d'annoncer la loi divine et de la faire observer. Calvin déclarait au duc de Sommerset, régent d'Angleterre, qu'il devait exterminer par l'épée tous ceux qui s'opposeraient à l'établissement du protestantisme et particulièrement les catholiques Suivant cet apôtre de lac tolérance civile », la peine de mort se fondait sur le principe qu'on ne peut méconnaître l'autorité du prince sur l'Église sans commettre un attentat contre la royauté, établie par Dieu. Son ami Bèze, autre prédicateur du principe de la liberté de conscience, soutenait que les antitrinitaires devaient être pendus haut et court, même lorsqu'ils se rétractaient.

Lord Burghley, ministre de la reine Elisabeth, cette reine « vierge » qui avait voué, comme on sait, un culte à la « tolérance » du bourreau, avait pour principe que la sécurité de l'État était menacée, si l'on y tolérait deux religions. Le chancelier Bacon lui-même pensait qu'un gouvernement avait atteint les « dernières » limites de la tolérance, quand il se contentait d'exiger une adhésion extérieure à la religion dominante, sans pénétrer dans la conscience. On ne saurait trop flétrir cette hypocrisiedesauteurs d'une révolution religieuse, entreprise prétenduement pour « affranchir l'esprit humain ».

Les catholiques étaient au moins fidèles aux traditions politiques de leurs pays et aux principes naturellement intolérants de leur foi, qui est la vérité absolue, contre laquelle on ne peut pas invoquer théoriquement un droit, parcequ'il n'y pas de droit contre le Droit. Ils se défendirent partout énergiquement et empêchèrent, partout où ils le purent, l'introduction des erreurs protestantes, parce qu'ils savaient d'avance le sort qui les attendait, en cas de triomphe des novateurs. Les « réfor

mateurs » allèrent si loin, qu'ils contestèrent le droit de régner aux princes qui n'admettaient pas leur hérésie et qu'ils déclarèrent leur déposition permise et même nécessaire. Le « tolérant » Knox, dont M. de Bismarck, qui s'y connait, faisait hier encore l'apologie, se distingua particulièrement dans l'application de cette doctrine abominable.

« Luther et Calvin ne prêchent pas la résistance à la tyrannie, s'écrie M. de Laveleye; ils la condamnent plutôt et préconisent l'obéissance. » Or, l'histoire enseigne que Luther dans un écrit où il vante très haut les « libertés évangéliques, souleva les paysans contre leurs princes. » Quand la guerre des paysans menaça l'existence des principautés protestantes, les protecteurs de Luther lui demandèrent d'intervenir, et ce révélateur de la tolérance rédigea une nouvelle brochure, comme nous dirions aujourd'hui, pour maudire les paysans d'avoir si bien appliqué les conclusions de son premier écrit. Ces deux libelles contradictoires méritent d'être placés à côté de la fameuse dispense pour couvrir la bigamie du Landgrave de H^sse.

Après ces courtes mais décisives considérations générales, jetons un rapide coup d'œil sur les peu pies protestants et les institutions civiles qu'inspirèrent leurs nouveautés religieuses. Voici d'abord la Suède, dont je suis déjà fatigué de citer la brutale intolérance et l'immoralité inouïe. Une loi or donna que tout homme qui resterait plus d'un an hors de la communion de l'Église nationale serait banni. Banni aussi devait être celui qui emploierait, dans les matières théologiques, des expressions « qui choqueraient l'églisenationale » et ne voudrait pas les rétracter. En Suède, le roi est «l'inspecteur » suprême et le maître terrestre de l'Église. Il réu- » oit en lui la plus haute puissance temporelle et » la plus haute puissance spirituelle. Il fait exercer » son pouvoir sur l'Eglise par l'administration de » la chancellerie royale, qui a pour président le mi- » nistre des affaires étrangères. » Sans doute la première fois que Bernadotte exerça de telles fonctions, il dut faire de grands efforts pour conserver son sérieux. Quand Gustave Wasa voulut pervertir les habitants d'Helsingland, il leur écrivit que s'ils ne

se faisaient pas luthériens sur le champ, il ordonnerait de creuser une ouverture dans la glace du lac de Deel pour les y noyer tous. Le glaive, la prison, l'exil et, en ces derniers temps, les amendes, ont toujours été considérés en Suède comme des moyens de tolérance civile. Si M. de Laveleye enseignait dans une université suédoise, il lui en cuirait de se permettre la moindre incartade contre le culte de l'Etat et il serait peut-être obligé de venir se réfugier en Belgique sous l'égide paternelle du gouvernement de cet intolérant M. J. Malou. Charles IX et son fils Gustave- Adolphe firent couper la tête aux catholiques attachés à leur foi. Lorsqu'à la fin du xvne siècle et au commencement du xvme siècle, plusieurs Suédois, tels que Ulstadius, Schaefer^ Ulhagius, Molin, s'écartèrent de la doctrine de l'imputation, fondement du Luthéranisme, et parlèrent de la nécessité des bonnes œuvres, Schaefer et Ulhagius furent mis à mort, Molin fut exilé, Ulstadius fut condamné à la prison où il médita pendant 30 ans sur la tolérance de l'Eglise suédoise. L'introduction du protestantisme dans les pays

du nord de l'Europe ressemble à une immense « flouerie », organisée par une coalition de prêtres paillards et de laïques pillards, du roi et de la noblesse qui convoitaient le pouvoir sans contrôle et les biens de l'Église, de réguliers fatigués de la règle, de la continence, du carême, etc., et de séculiers désireux de « régulariser » civilement leur immoralité II faut étudier cette « réformation » sur les lieux, à la lumière de l'histoire du xvie siècle, avec l'intelligence des institutions anciennes et des « progrès modernes. » Je l'ai faite, cette étude, et je pourrais en parler longuement. Le peuple a été littéralement trompé.

Gustave Wasa avait toujours refusé d'avouer qu'il introduisait une doctrine nouvelle. Cinquante ans plus tard, une partie du peuple croyait encore être catholique. Ce ne fut que peu à peu que la Suède eut conscience d'être un pays luthérien. L'Église luthérienne devint en Suède un instrument d'administration et de police, un « appendice de la nombreuse classe des fonctionnaires militaires et civils, » dit l'historien suédois. Geijer. Aussi, quoi

que dise M. de Lavcleye de la paix profonde dont jouissent les peuples protestants, depuis 300 ans la Suède a été perpétuellement en révolution. L'anarchie dont l'Espagne contemporaine a donné trop souvent l'exemple n'est qu'un jeu d'enfant à côté des révolutions suédoises, qui ont déposé deux rois (Sigismond et Gustave IV) et en ont tué trois, Eric XIV, Charles XII et Gustave III. Enfin les Suédois ont poussé l'amour de la sédition, jusqu'à répudier leur dynastie nationale, et à livrer leur royaume à un officier de fortune, issu de la révolution française. En Suède, la réformation n'a profité qu'à la domination de la noblesse, dont la royauté fut le complaisant instrument. Pour se débarrasser de la masse nationale, on érigea la puissance royale en pouvoir absolu, conformément aux préceptes de la Renaissance et des apôtres de la Réformation. En 1680, les États déclarèrent que le roi n'est lié à aucune forme de gouvernement. En 1682, les mêmes États proclamèrent qu'ils regardaient comme une « absurdité » que le roi fût obligé par des statuts à entendre d'abord les États. En 1693, la royauté fut

déclarée absolue. Charles XII fit dire un jour à la Diète qu'il lui enverrait ses bottes pour la présider « ou pour les cirer » , comme on dirait dans la Belgique libérale. Après le meurtre de cet aimable librepenseur, la « liberté suédoise,)' c'est-à-dire, la domination de la noblesse fut rétablie et les révolutions les plus honteuses se succédèrent jusqu'au meurtre de Gustave. Alors la Suède luthérienne ne fut plus qu'un «tripotd'intrigueset de corruption politique.» La Finlande devint russe et le royaume ne trouva un sommeil politique plus ou moins réparateur que dans les bras d'un général français catholique qui pensa que la couronne valait bien une abjuration. La Suède dort encore. Sans Linnée, Berzelius et Geijer, elle serait aujord'hui aussi ignorée chez nous que les Indiens du lac de Maracaibo. Voilà ce que le protestantisme a fait de la terre du saint roi Eric IX. 31. de Laveieye, rayez la Suède de votre tableau enchanteur des libertés civiles.

Biffez-en aussi le Danemark. Un anglais, Molesworth, qui connaissait à fond l'histoire des protestants du Nord, écrivait déjà en 1692 : « Dans la re-

» ligion catholique romaine, avec son chef suprême » qui est à Rome, il y a un principe d'opposition à » un pouvoir politique illimité. Mais dans le Xord, » l'Église luthérienne est complètement soumise au » pouvoir civil et réduite en servitude. Tous les » peuples des pays protestants ont perdu leurliberté, » depuis qu'ils ont changé leur religion pour une » meilleure. » En Danemarck, le luthéranisme avait complètement triomphé. Quelle fut la conséquence de cette victoire? 31. Barthold, un historien protestant de Berlin, répond : « Le paysan fut de nou- » veau soumis au servage comme un chien ; les » citoyens, privés de toute défense, soupiraient » sous le poids de l'oppression et du régime » militaire. Le Nord était luthérien, mais le roi et » la noblesse partageaient la souveraineté, et les » enfants des prédicateurs eux-mêmes et des sa- » cristains étaient serfs. » La noblesse s'empara non-seulement des biens ecclésiastiques, maisencore des terres franches des paysans. M. Allen, dans son Histoire du Danemark, que l'académie de Copenhague a couronnée et reconnue comme le

meilleur livre de ce genre, dit : « Les fermiers des >\ grands domaines ecclésiastiques durent échanger » la douce administration du clergé contre le joug » écrasant de la noblesse. Les corvées furent mul- » lipliées arbitrairement, les paysans furent traités » comme des serfs. L'agriculture délaissée tomba » au-dessous du niveau qu'elle avait atteint au » moyen-âge. La population diminua. Le pays était » couvert d habitations désertes. » Bientôt le clergé et la bourgeoisie lurent à leur tour atteints civilement par les progrès de la réforme. Huit ou neul cents nobles régnaient en maîtres sur un pays que ne défendait plus la libellé apostolique dont l'Église catholique a le dépôt incorruptible. Christian IV (1588-1648) essaya de briser cet absolutisme. Il échoua. La révolution de J660 eut plus de succès: le despotisme de la noblesse fut renversé, mais la masse de la nation n'y gagna rien. Frédéric III et ses successeurs se déclarèrent rois absolus. Une loi de 1665 proclama que le roi n'avait à prêter aucun serment, ni à reconnaître aucune obligation de quelque genre que ce fût, mais pouvait faire tout

ce qui lui plaisait avec une autorité pleine et entière. Quelle honte pour un peuple! Que l'on compare à celte ignominie le seraient des rois catholiques d'Aragon avant la Renaissance, les obligations des rois de Castille, nos chartes Belges et les chartes des pays Basques qui sont encore debout, et, la main sur la conscience, que l'on choisisse. En 1687, la misère des paysans Danois était telle qu'un cinquième des propriétés autrefois cultivées par eux resta en friche. En 1702, Frédéric VI abolit le servage, pour le remplacer par une autre tyrannie : le paysan fut « attaché à la terre. » Au xvnr siècle, des villages entiers disparurent dans le gouffre de la misère provoquée par un absolustisme ignare et impudique. Les écoles manquaient. En 1766, l'instruction populaire était pour ainsi dire nulle. A la fin du xvme siècle, à peine! personne sur 20 savait lire. En 1805, la liberté personnelle fut accordée, pour la première fois, à 20,000 (je dis vingt mille) familles de serfs. Dans une supplique adressée en 1714 au roi Frédéric IV, les évèques de Norwège, du pays d'OIaf II le Saint, faisaient déjà l'aveu suivant : « A Texcep-

» tion d'un petit nombre d'enfants de Dieu, il n'y » a entre nous et nos ancêtres païens qu'une diffe- » rence, c'est que nous portons le nomùechrétiens. » Les États provinciaux rétablis par Frédéric VI ne limitèrent pas l'absolutisme royal, en Danemark. Un observateur favorable aux Danois, l'écossais Laing, que j'ai déjà cité, faisait cette remarque en 1839 :

« Comme les Danois sont complètement passifs quant à la politique, et n'élèvent pas la voix pour discuter leurs propres affaires, ils se trouvent encore, malgré le grand nombre d'excellentes ordonnances décrétées par le gouvernement, dans le même état où ils étaient en 1600. Ils sont en arrière de deux siècles, à côté des Écossais, des Hollandais, de; Belges, avec lesquels au prime abord ils pourraient être comparés sous le rapport de la population et de la situation générale. »

Des Danois passons à leurs coreligionnaires, les luthériens allemands. En Allemagne, dit l'historien protestant prussien, M. H. Léo, « le résultat natu- » rel delà réformation fut que le pouvoir des princes » et des villes de l'empire (celui des fonctionnaires)

» s'accrut considérablement et que, par contre, la » liberté de la noblesse médiate, des paysans et » celle des Etats fut anéanti,1, a II serait réellement trop long et même fastidieux de montrer ici le développement de cette conclusion malheureusement trop vraie dans les divers états protestants : le Meeklembourg où le servage ne fut aboli qu'en 1829; la Poméranie où les états généraux furent supprimés presque immédiatement sous le premier duc protestant; les duchés de Hanovre et de Brunswick, où la procédure orale et les états généraux disparurent devant l'absolutisme du prince et où l'historien ne trouverait plus à glaner, à partir du xvne siècle, que des menus propos de table et d'alcôve, si sur ce pays ne planait la grande mémoire de Leibnitz, qui ne répugnait pas aux sentiments catholiques; etc., etc. Le temps et l'espace me pressent. Ne parlons que de l'Électorat de Brandebourg, le modèle des États « défenseurs des libertés civiles et de la tolérance »

Le lecteur se souvient que la plaie de la Réformation ne fut innoculée qu'insensiblement au Bran-

debourg et à la Prusse arrachée, comme on sait, à l'ordre teutonique. Pendant tout le xvie siècle, il y eut une certaine hésitation chez les princes de Hohenzollern. Le faible duc Albert, l'électeur Joachim et son (ils, Jean-Georges, à cause de leurs désordres, avaient besoin du concours des États, qui fonctionnèrent tant bien que mal au XVIe siècle. A partir du commencement du xvue siècle, la convocation des États fut d'abord interrompue; depuis 1656 aucune diète ne fut plus convoquée. Pendant que les Français ruinaient le Palatinat, suivant la coutume militaire des lansquenets et des reîtres du temps, le « grand » Électeur dévastait administrativement ses propres États. Son gouvernement ne différait en rien de ceux de Suède et de Danemark, ni par le despotisme, ni parla grossièreté. La Prusse, selon l'expression de l'historien Stenzel, était en voie de devenir un de ces Etats asiatiques où le despotisme étouffe tout ce qu'il y a de noble et de beau. Le militarisme et la passion de lâchasse, que l'Électeur contentait en y employant 3,000 hommes, étaient les deux « idées » que la nation devait favoriser en

s'épuisant. Aussi la servitude et le servage qui opprimaient les paysans furent-ils rigoureusement maintenus. Frédéric I, le premier roi en Prusse, de par la gracieuseté de l'empereur Léopold de Habsbourg, continua le même système de « tolérance. » C'est lui qui avait inventé pour sa cour, copiée sur celle de Versailles, la charge de la maîtresse. La comtesse de Wartenberg devait, pour accomplir les devoirs de cette « charge » honorifique, se promener tous les jours avec le roi pendant une demi-heure dans les jardins royaux, en présence des courtisans, les ancêtres de ceux qui font aujourd'hui de belles phrases sur la corruption des Français. Frédéric-Guillaume I (1713-1740) poussa l'absolutismejusqu'à la puérilité. Ses histoires se trouvent dans tous les almanachs de la gaieté ; je n'ai pas à les répéter. Sous ce règne ignoble, les pasteurs protestants étaient moins que des caporaux. Je suppose qu'il n'est aucun écrivain sérieux en Europe, qui oserait transformer Frédéric lien protecteur delà liberté civile. Un disciple de Voltaire, lequel reçut un jour de S. M. prussienne ou d'après ses ordres, une volée

de bois vert, pourrait seul être satisfait des principes politiques de ce roi spirituel et méchant. Frédéric II n'avait accordé qu'une seule liberté : sous son règne, chacun pouvait « se sauver à sa façon », pourvu toutefois qu'on ne touchât pas à « la majesté des lois» portées parce despote. Se sauvera sa façon, n'est-ce pas le comble du libéralismepouii'immense majorité des adversaires actuels de l'Église catholique ? Toellner cite un écrit de Frédéric II (1), dans lequel ce libre-penseur révèle clairement que la principale cause de son mépiis pour le christianisme provenait du dégoût que lui inspirait l'histoire ecclésiastique présentée par les protestants : pour lui, cette histoire n'était qu'un drame joué par des coquins et des hypocrites, aux dépens des masses, leurs dupes et leurs victimes.

Je m'arrête ici dans l'expression des pensées que m'inspire l'histoire ultérieure de la Prusse, au point

(1) Préface du livre intitulé : Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Fleur y. Berne (Berlin), 1767. — M. de Prades est l'auteur du livre et Frédéric II écrivit la préface.

de vue de la liberté civile Nous ne sommes plus libres, même en Belgique, d'apprécier complètement cette histoire. Regardez ce qui se passe sous nos yeux; et si vous avez le front de transformer ce que nous voyons en une œuvre de liberté civile, je vous appellerai Pharisiens. Non-seulement je ne discuterai plus, mais encore je me préparerai à me défendre, comme si ma liberté personnelle était menacée, absolument comme au beau temps de Calvin, de Luther et des gueux de Hollande.

Quand on ne fait pas uniquement consister la » liberté civile » dans la haine grossière de l'Église catholique, on peut avouer que les provinces belges, depuis le départ du duc d'Albe jusqu'à l'importation des « immortels principes de 89 » sur la pointe des baïonnettes de l'armée de Dumouriez, étaient beaucoup plus libres que les Pays-Bas calvinistes. Les récents travaux de M. le professeur Poullet, de Louvain, jettent des flots de lumière sur ce point historique. Pendant deux siècles la Hollande fut déchirée par l'esprit de faction, et elle ne fut sauvée de l'absolutisme de la maison d'Orange

que par l'insuccès partiel des calvinistes. Si la Hollande était devenue entièrement calviniste, elle aurait subi le sort politique de la Suède, de la Prusse et du Danemark. « L'Église réformée de Hollande, » dit le protestant Niebuhr, a été grossièrement » tyrannique et ne peut être louée ni pour l'esprit, » ni pour le bon sens de ses doctrines. Le calvi- » nisme a montré partout, en Hollande, en Ecosse, » à Genève, un désir de sang, pareil au moins à » celui de l'inquisition, et n'a révélé nulle part un » seul des mérites de la religion catholique. » L'absolutisme du calvinisme et de la maison d'Orange fut empêché par la formation de nouvelles sectes et par la fidélité obstinée d'une grande partie de la nation à l'Église catholique. Les catholiques, privés de tous droits politiques, servirent toujours d'appoint au parti de l'opposition pour rendre impossible l'omnipotence de l'Église dominante. L'exécution de Barneveld et le meurtre des frères de Witt nous rappellent aussi que la Hollande protestante n'a rien à reprocher, par exemple à l'Espagne, quant au nombre des révolutions. Vers la fin du xvuie siècle, la

fureur des rebelles appela même l'intervention étrangère, que les Espagnols catholiques n'ont jamais tolérée. Les Hollandais ont laissé arriver chez eux successivement les Prussiens, les Français et les Anglais. En 1787, les Prussiens, maîtres d'Amsterdam, protégeaient les orangistes. En 1795. un camarade de Bernadotte réduisait la Hollande en succursale de la république française. Les Hollandais étaient tellement énervés par leurs révolutions politiques, qu'il singèrent même les Jacobins de Paris. Au point de vue des libertés civiles, la Hollande offre cependant un spectacle plus consolant que toutes les autres nations protestantes. Le calvinisme était la religion de L'État, mais les états généraux garantirent, à des degrés divers et selon les diverses époques, une certaine liberté aux dissidents, les Arminiens, les Luthériens, les Mennoniteset d'autres sectes venues de l'étranger. Les catholiques seuls, les deux cinquièmes de la population, étaient opprimés, et ils le furent impitoyablement jusqu'à notre génération. Les états généraux protégeaient Spinosa et 3ayle, mais ils proscrivaient les libertés

religieuses des coreligionnaires de Fénelon et de Malebranche. Toutes les ordures de la littérature du xvme siècle ont été imprimées en Hollande. S. Vincent de Paul n'aurait pas été admis à y prêcher.

C'est en Ecosse qu'on observe le mieux ce que deviennent les religions fabriquées. Lord Clarendon disait en 1660 des Écossais : « Toute leur religion consiste à avoir horreur de la papauté. » Pour rencontrer des horreurs de ce genre, il n'est pas nécessaire de visiter le pays de Knox. Peu « d'apôtres de la tolérance » ont poussé aussi loin que ce fanatique la haine de la vérité. Comme les autres « réformateurs », il déclara qu'il appartenait spécialement à la puissance civile de régler tout ce qui concerne la religion. Il fit décréter la peine de mort contre quiconque célébrerait deux fois le saint sacrifice de la messe. Sous l'inspiration du calvinisme s'organisa en Ecosse une tyrannie ecclésastique, dont on peut à peine se faire une idée aujourd'hui, et dont il faut lire la description dans les Domestics Annote de M. Robert Chambers: la vie privée des

citoyens fut soumise à une inquisition asiatique. Nulle part, pas même à Genève, on ne vit jamais pareil despotisme. Il ne lut brisé qu'en 1713, quand le Parlement lui refusa l'appui du bras séculier. Heureusement aussi que la couronne, appuyée par le Parlement, força les calvinistes à tolérer l'introduction de l'Église épiscopale. Ce n'est réellement qu'à partir de 1735 qu'il régna en Ecosse une « certaine » liberté. Alors seulement les pauvres Ifighlanders, restés fidèles à la foi catholique, eurent la permission de descendre de leurs montagnes pour pratiquer le culte de leurs ancêtres et enseigner à l'Angleterre la puissance spirituelle de^la religion d'Edouar.l le confesseur.

J'ai assez parlé de l'Angleterre. Des Puritains et des Quakers, il n'en est plus question aujourd'hui, et M. de Laveleye cherche vainement à leur tailler un piédestal. Autour de lui personne ne le comprendra, pas même M. Gladstone. Je ne perdrai pas mon temps non plus à décrire ici l'anarchie des sectes protestantes ou comme l'imprimait M. Doellinger autrefois) des dénominations protestantes aux États-

Unis. Je rappellerai seulement un fait mémorable depuis les prédications furibondes de Luther, un seul essai sincère de régime de liberté civile et religieuse a été tentée dans le monde avant Washington, et par qui? Par des catholiques. Je veux parler d< la fondation du Maryland (terre de Marie) par lord Baltimore. Et qui a détruit ce régime, auquel cet illustre catholique avait convié toutes les sectes protestantes de prendre part? Les Puritains, les Quakers, les protestants....

Dans une étude aussi rapide que celle-ci, je ne puis qu'indiquer les faits principaux. J'estime néanmoins que ceux que j'ai cités suffiront pour démontrer l'exactitude rigoureuse.de mes deux premières propositions, à savoir : que le protestantisme a ruiné la liberté civile partout où il a eu la prépondérance; et qu'au point de vue politique il a provoqué un mouvement de recul chez les peuples qui ont subi son influence funeste.

Chez les nations catholiques, la liberté est ancienne, le despotisme est moderne. L'Angleterre est la preuve vivante de cette proposition. Le pays qui

donne aujourd'hui la plus claire idée de ce que seraient les peuples européens1, si le protestantisme ou le paganisme libéral de la Renaissance n'avait pas tue chez eux le développement des institutions issues du grand et fécond mouvement du xur siècle, c'est le royaume uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande. Toutes les libertés civiles de l'Angleterre, sauf celle des cultes, qui date de notre siècle, existaient avant la uaissance de Luther. L'Angleterre seule a échappé aux atteintes de la Renaissance païenne, que l'Église catholique a combattue et qu'elle combat encore. Si la Grande-Bretagne se sépara de l'Église romaine, ce fut sous une forme qui apparaît encore comme trop catholique aux néoréformateurs de notre siècle. En effet, le système épiscopal d'Angleterre, essentiellement catholique, est la négation du principe fondamental du protestantisme. Toutes les choses fécondes de l'Angleterre datent des âges catholiques ou sont essentiellement catholiques ; tout ce que la situation actuelle de l'Angleterre renferme de périlleux est une conséquence de la révolution religieuse commandée par Henri Mil.

La France, l'Espagne, l'Autriche, le Portugal et l'Italie n'ont échappé, je le Reconnais, aux conséquences de la réformation que pour tomber dans l'erreur génératrice de la renaissance : le césarisme ou sa forme la plus moderne, le libéralisme. Leur malheur a été moins grand que celui des nations protestantes, mais elles n'en ont pas moins souffert et souffrent encore de cette faute immense. Pour redevenir libres, les nations catholiques n'ont besoin que de la « liberté des enfants de Dieu, » celle qui leur permet de professer librement leur religion et qui donne à leur Ég'.ise le droit civil de déployer son culte et ses enseignements. Les nations protestantes, elles, ne deviennent libres qu'en cessant d'être protestantes ou du moins qu'au prix de la décadence visible de leur culte. Ce double phénomène, qui est prévu dans l'Écriture ei dans nos catéchismes, peut être observé à notre époque avec une netteté qui ne laisse aucun doute.

l'bi Pdrus ibi Ecclesia. Dans la langue politique de notre temps, cette phrase de S. Ambroise se traduit ainsi : Là où est le Pape, là est la liberté.

En dehors du christianisme, il n'y a pas de liberté civile. La liberté antique était basée sur l'esclavage qu'Aris'ote, le prince de la philosophie antéchrétienne, justifiait « rationnellement. » La vérité chrétienne intégrale ne se trouve que dans l'Église universelle, qui est celle du Pape; et sans la vérité, il n'y a pas de liberté. Cognoscetis verïtatem et veritas liberabit vos.

Élevons nos intelligences au-dessus de nos misérables différends sur des questions de personnes ou sur des distinctions de mots, et considérons dans son ensemble l'histoire de l'Église universelle depuis le martyre de S. Pierre jusqu'aux injures dont est accablé le Souverain Pontife actuel, Pie IX, que Dieu garde et fasse vivre l'âge de Jean. Pendant ces dixhuit siècles, l'Église catholique, apostolique et romaine s'est trouvée en butte à toutes les erreurs dont est capable l'esprit du mal, mais elle a triomphé de toutes, depuis la haine des Juifs qui ont lapidé S. Etienne jusqu'à l'abrutissement des sauvages qui ont fusillé l'avant-demier archevêque de Paris. Les chrétiens n'en ont jamais douté, puisqu'il

est écrit que les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre l'Église de Pierre. Mais il n'est pas inutile de prouver aux incroyants, par l'expérience, que ce qui a été abrit s'est réalisé. La distinction des deux puissances, comme on dit dans l'école, c'est-à-dire, la source de la liberté civile a été révélée à l'humanité. par l'Evangile : elle était inconnue au paganisme. Les chrétiens, les plus instruits comme les plus humbles d'esprit, savent, par la foi, que cette distinction des deux puissances est désormais la condition de la vie sociale, et ils ne doutent pas qu'elle ne reste debout jusqu'à la consommation des siècles, jusqu'au jour où toutes les distinctions de ce monde disparaîtront pour faire place à la vérité éternellement une. Mais, d'autres pouvant douter, je vais démontrer, par l'histoire extérieure de l'Église romaine, qu'elle seule dans l'univers a su maintenir, à côte de la pureté de la foi en Jésus-Christ, l'intégrité des libertés civiles.

Quand le pécheur de Galilée, appelé saint Pierre, arriva à Rome, qu'il surnomme « Babylone » (I, Pierre, V, 13), pour y placer sa chaire, l'empire, à

l'apogée de sa puissance, donnait le spectacle d'une corruption grandiose et d'un despotisme sans pareil, que les lettrés connaissent par Tacite et Juvénal, dont les chrétiens ont été les témoins et dont nous possédons l'histoire vivante dans les Actes des martyrs. Depuis le crucifiement du premier Pape au mont Vatican jusqu'à l'édit universel de tolérance publié en 313 par Constantin, pendant trois siècles, le sang des catholiques lava les infamies du monde antique. C'est du fond des catacombes qu'est sortie la liberté civile, et c'est à juste titre que Julien l'apostat s'écria, en mourant : Galiléen, tu as vaincu. Que d'apostats de notre temps ont proféré le même aveu !

Arrivent les Barbares. Qui les arrêtera? L'Empire Romain ou l'Église, les fils de Théodose ou le Pape S. Léon le Grand? Quand l'empire romain d'Occident s'éteignit en 476, dans le berceau d'un enfant, Romulus Augustule, déjà l'Église Romaine avait amené les sauvages du Nord à tenir le flambeau de la foi qui était la seule lumière de la société civile, a Ce n'est point par la contrainte et la violence que

» les chrétiens doivent renverser l'erreur, s'écriait » S. Jean Chrysostôme; c'est parla persuasion, » l'instruction et la charité. » Du Pape S. Grégoire le Grand au Pape S. Nicolas le Grand, cetteœuvre de sanctification spirituelle et de culture civile fut ininterrompue. S. Grégoire civilise l'Angleterre et S Xicolas nomme archevêque de Brème et de Hambourg Sl.-Anschaire, l'apôtre du Nord de l'Europe. Pendant ces neuf premiers siècles, que deviennent les sectes, les Ariens, les Manichéens, les Nestoriens, etc.? Une poussière historique, foulée aux pieds par le despotisme asiatique. Que va devenir le schisme de Photius, l'Église grecque, séparée du Pape? Le Byzantinisme, mot qui désigne à la fois une Église sans expansion et une société sans liberté civile.

Charlemagne, fondant le Saint Empire Romain de nation teutonique, est couronné par le Souverain Pontife et accepte la charge de maintenir en Occident la liberté civile, sans cesse menacée par 1 invasion de nouveaux Barbares ou par la grossièreté des anciens.

Bientôt, sous les faibles successeurs du grand

empereur, l'autorité civile est menacée d'un nouveau danger : les abus du système féodal, l'anarchie politique, le servage sous toutes ses formes, le droit de la force, etc. Sans l'Église catholique, c'en était fait de la liberté civile.

L'ère communale s'ouvre. Parmi les premiers protecteurs de la liberté communale, j'aperçois en Italie un Pape, Alexandre II. Qui résiste aux Césars germaniques, cherchant à transplanter en Europe les lois et les mœurs de B}zance? L'Église romaine. Sans la persévérance des peuples catholiques, sans la fidélité de la hiérarchie catholique, sans l'indomptable énergie morale de myriades d'évêques et de moines catholiques, sans la suprême résistance des successeurs de S. Pierre, des Grégoire VII, des Innocent III, des Boniface VIII et de tous les autres, la coalition des prêtres incontinents et des césariens d'Allemagne aurait triomphé déjà au milieu du moyen-âge.

A partir du xme siècle, quand la tentative d'un néo-césarisme germanique universel eut échoué, les juristes et les lettrés reprirent cette haute œuvre en

sous-ordre. Pour comprendre l'immense danger de cette action pour la liberté civile de l'Europe, il suffit de lire les consultations des docteurs de Bologne, amenés par Frédéric Barberousse à la diète de Roncaglia, et le code civil écrit par Pierre Desvignes pour Frédéric II à Xaples, Frédéric II, un libre jouisseur se promenant en Sicile avec une garde musulmane et vivant comme un pacha oriental, moins la piété. La sollicitude maternelle de l'Église romaine délivra lachrétientédeces nouveaux périls. Quand le succès partiel du protestantisme eut brisé l'unité morale de la république chrétienne, le principe admis dans l'empire de la distinction des deux puissances n'avait plus désormais pour rempart que les forces pour ainsi dire personnelles ou héréditaires de la maison de Habsbourg. L'Église n'en persista pas moins dans son immutabilité, et c'est à sa protection que nous devons d'avoir été préservés de la décadence dont nous menaçaient à la fois le matérialisme païen de la Renaissance, l'absolutisme des princes protestants, le rigorisme des jansénistes et l'invasion des Turcs. Si l'Europe

n'échappa pas entièrement aux atteintes profondes des révolutions du xvr° siècle, si elle dut assister à la corruption de tant d'institutions civiles salutaires qu'avait fait fleurir le moyen-àge, si nous avons vu renaître toutes les théories et toutes les pratiques du droit romain impérial, du moins nos ancêtres catholiques ont trouvé, grâce à l'inébranlable attitude de l'Église romaine, un modus Vivendi qui empêchera l'Europe de descendre tout entière au degré moral, où nous avons connu la Suède, le Danemark, la Prusse et même l'Angleterre.

Les Turcs ne nous semblent plus bien redoutables aujourd'hui, parce que nous ignorons généralement leur puissance d'autrefois, alors que nos pères ajoutaient à leurs litanies : de la fureur des Turcs délivrez-nous, Seigneur. Mais nous pouvons au moins juger en Afrique, en Asie et dans la presqu'île des Balkans des conséquences néfastes que la grandeur politique des Osmanlis a eues pour la liberté civile des peuples qu'ils ont conquis? Qui a mis l'Europe à l'abri de cette influence corrosive? L'Église romaine. En 732, une armée catholique, sous le com-

mandement d'un chef franc, Charles Martel, arrêtait les Musulmans à Poitiers. Pendant sept siècles, les catholiques espagnols se sont illustrés pour la défense des libertés civiles en combattant les Mahométans établis dans leur pays. C'est au pape S. Pie V que l'on doit la victoire de Lépante. Ce sont les peuples catholiques de l'empire d'Autriche, les Habsbourg catholiques, Jean Sobieski et ses Polonais qui ont arrêté les Turcs sur le Danubeel empêché que l'Europe moderne ne ressemblât à l'Herzégovine et à la Bosnie de nos jours.

Je viens de prononcer le nom de la Pologne, que Montalembert a appelée un jour « la Mobé des nations. » Sa liberté civile, ses institutions séculaires, son indépendance, sa religion et jusqu'à son nom ont été ravis, en pleine paix, à ce peuple héroïque, par une coalition de luthériens, de schismatiques et de fébroniens.Leministred'Angleterre,M. Harris, depuis premier comte de Malmesbury, qui assistait à ce crime international, ayant rendu compte des faits à son gouvernement, le comte de Suffolk, secrétaire de l'État pour les affaires étrangères, répondit

tranquillement : it is a curions transaction. Un seul homme protesta en Europe: le Pape. Ubi Pctrus ibi Ecclesia. Là où est le Pape, là est la liberté.

J'ai esquissé le tableau des ruines provoquées par le protestantisme dans la société civile Je pourrais y ajouter celui de la noble résistance de l'Église romaine aux excès du césarisme moderne, du gallicanisme, du joséphisme, du « sans-culotlisme », du bonapartisme. Le plus grand despote de ce siècle n'a rencontré que deux résistances invincibles : les catholiques espagnols et Pie Vil Le libéralisme contemporain, l'arianisme du xixe siècle, n'aperçoit devant lui qu'un seul obstacle insurmontable, c'est la pierre immobile de l'Église catholique, apostolique et romaine, qui triomphera de cette erreur comme des autres. Je n'entrerai pas ici dans les développements de ce sujet qui m'entraîneraient au delà des bornes de ce travail. Je ne réponds d'ailleurs qu'à des affirmations. Après avoir accumulé les preuves et les faits, il doit mètre permis, à mon tour, de terminer cette partie de la discussion par une affirmation qui est en ce moment même démontrée par

les faits en Allemagne, en Suisse et ailleurs : le libéralisme anti-catholique est, pour la liberté civile de l'Europe moderne, un immense danger, contre lequel il n'y a pas d'autre remède que ia pratique de la religion catholique. Un homme de science, un chrétien comme M. de Laveleye (je dois le considère comme tel, puisqu'il l'affirme) devrait laisser à d'autres le soin de manier la truelle, à l'aide de laquelle certains « pourfendeurs de clérical » grattent les murs de la forteresse inexpugnable de l'Église. S'i a lu les encycliques Mirari vos et Quanta cura, avec calme et réflexion, il n'y aura trouvé aucun principe qui puisse être repoussé par une raison sincère. Tout l'édifice chrétien est une immense fourberie ou ces encycliques sont l'expression de la vérité suprême. Dégagez-les du style séculaire de la chancellerie pontificale, comme vous le savez faire pour un arrêt des vieilles cours d'Angleterre ou même de notre cour de cassation, placez-vou sur le terrain du droit absolu, le seul qu'envisage le Souverain Pontife; rappelez-vous que le Pape, quand il traite de sujets semblables, parle

pour les siècles; considérez les erreurs actuelles qui ont provoqué ces décisions doctrinales; relisez les dossiers de ces grands procès; réfléchissez sérieusement, humblement, comme un esprit attentif, instruit, savant, doit le faire dans toutes les grandes circonstances de la vie; et, la main sur la conscience, concluez. Je l'ai dit et écrit, et je le répète, les papes de notre génération, en prononçant ces sentences doctrinales que l'ignorance ou la haine défigure, en définissant avec l'autorité qui est attachée à la « science » de l'Église dix-huit fois séculaire de Jésus-Christ, les conditions absolues de la vérité chrétienne dans ses rapports avec le droit politique ou civil, les papes de notre génération ont rendu à notre siècle un service qui leur vaudra les bénédictions delà postérité.

Je sais le parti que certaines têtes folles prétendent tirer de ces jugements admirables par leur sagesse et par leur clairvoyance; je vois que, sous certaines mièvreries religieuses se cachent parfois l'esprit étroit des coteries et l'orgueil de quelques hommes qui oublient que la « foi est un don de

Dieu » ; j'entends les imprécations que lancent contre toutes les choses véritablement bonnes de notre siècle des « malcontents » qui auraient tenu le même langage du temps de S. François d'Assise et de S. Dominique; mais ce que je sais, vois ou entends, autour ou dans les environs de l'Église, ne peut pas m'empècher d'admirer la lumière éclatante qu'elle fait rayonner en tous sens. Aveugles, ceux qui ne la voient pas.

JJbi Petrus ibi Ecclesia. Là où est le Pape, là est la liberté.

M. de Laveleye ose écrire que les peuples catholiques sont condamnés fatalement au despotisme et à l'anarchie, qu'ils deviennent alternativement la proie de l'absolutisme et de la révolution... L'absolutisme politique est contraire à l'essence de l'Eglise et il est surabondamment démontré par l'histoire de notre siècle que les catholiques subissent des révolutions, mais nen font pas. Si donc il y a quelque part un despotisme ou une révolution, soyez certain que les amis ou les alliés de M. de Laveleve en récoltent tout au

moins les bénéfices, s'ils n'en sont pas les auteurs.

Les catholiques sont des factieux. Déjà Néron, homme très-libéral en politique, mais un peu rude dans l'expression de ses opinions, était de cet avis. C'est uniquement pour ce motif qu'il lit trancher la tête à S. Paul et crucifier S. Pierre, lesquels provoquaient la guerre civile dans l'empire. Il y a une fable de Lafontaine, le Loup et l'Agneau, où la même dialectique serrée est employée parmessire le Loup.

On nous dit aussi que la foi catholique engendre l'indifférence religieuse, tandis que les sectes protestantes sont des foyers incandescents de ferveur. Oui, je connais personnellement des protestants très fervents, des hommes pieux dont je m'honore d'être l'ami; mais le profond respect que m'inspirent leur caractère élevé et la pureté de leur vie ne doit pas m'empêcher de répondre à M. de Laveleye qu'il prend ses désirs ou ses opinions pour une réalité. Je ne perdrai pas mon encre à démontrer que l'Église catholique n'est pas dans un état de décadence. Si vous croyez réellement que l'Église romaine est menacée de ruine, laissez-la

tomber et ne vous en occupez pas plus que du culte de l'Inde ou de celui du Céleste Empire.

Rappelons en passant que l'incroyance scientifique et celle des classes élevées ou « éclairées » a commencé en Angleterre, d'où elle a passé en France. Un gentilhomme français, suivant une certaine mode, avait passé quelque temps en Angleterre. Quand il revint à la cour de Louis XIV, celui-ci lui demanda : qu'avez-vous été apprendre en Angleterre? — A penser, Sire. — Les chevaux? répliqua le roi. Quant au rationalisme biblique et philosophique, il est né en Allemagne. M. E. Renan est un élève, sinon un plagiaire de M. Strauss: cette filiation morale dans l'erreur ne date pas de notre siècle.

Après avoir tracé de l'organisme de l'Église catholique un tableau qui dénote une profonde ignorance du catéchisme (que M. de Laveleye me permette de le lui dire brutalement), il affirme que la société civile tend nécessairement à se mouler sur la forme religieuse qui y domine. Sauf une réserve que je ferai plus bas, il y a du vrai dans cette dernière observation. Je m'en empare pour affirmer

qu'une société civile parfaite serait celle où la religion .catholique serait sincèrement pratiquée par tous les citoyens. L'argument pourrait aussi être rétorqué contre son auteur. En effet, en faisant l'apologie du protestantisme, de quelle secte veut-il parler? Il ne le dit pas, parce que, dans son erreur, il ne s'attache qu'au principe protestant, c'est-à dire, à l'individualisme religieux, au subjectivisme. Au fond, il raisonne comme les « philosophes» du temps de S. Ambroise (il n'y a rien de neuf en ces matières depuis le ive siècle). Proclus disait : « Le » philosophe ne s'astreint pas à tel ou tel culte na- » tional; il n'est étranger à aucune forme de reli- » gion, car il est le grand-prêtre de l'univers. » Le préfet Symmaque (le gouverneur ou le bourgmestre, comme nous dirions aujourd'hui) s'écriait, je pense, dans un banquet politique : « Qu'importe par quelle » voie on arrive à la vérité? Elle est si mystérieuse, » qu'il doit y avoir bien des routes pour y conduire. » Or, si c'est sur le subjectivisme que doit se mouler la société civile, celle-ci tendra en politique à l'anarchie de M. Proudhon.

La même remarque peut être appliquée à l'incroyable petite dissertation de l'auteur sur l'infaillibilité du magistère du Saint-Siège apostolique. Cette infaillibilité n'est pas absolue. Si M. de Laveleye ne le sait pas, qu'il l'apprenne chez un des enfants qui suivent le cathéchisme paroissial de son voisinage. La société civile qui prendra la forme catholique pour modèle, ne se soumettra donc pas à une autorité humaine absolue. Dans l'Église, l'autorité pontificale n'est pas plus terrible que l'autorité paternelle dans la famille. Entre ces deux autorités dont l'une est naturelle et l'autre spirituelle, la première est tempérée par l'amour et par la loi civile et la seconde parla grâce de Dieu et par la constitution même de l'Église. Je le demande à tout homme sans préjugé, qu'est-ce qu'il y a de terrible dans l'autorité de Notre Saint Père le Pape Pie IX?

Quand je disais plus haut, qu'il y avait du vrai dans l'observation de M. de Laveleye, touchant l'influence qu'a naturellement le culte dominant d'un peuple sur la forme de la société civile, j'aurais cependant dû faire une réserve, qui prouvera le soin

religieux avec lequel un catholique doit maintenir le principe de la distinction nécessaire des deux puissances : l'analogie entre la forme de la société religieuse et la forme de la société civile n'est pas nécessaire, car la source des deux sociétés est différente, et cette différence est la garantie religieuse de la liberté civile. La forme de la société religieuse est divine et déterminée par la volonté de son fondateur, la forme de la société humaine aristocratie, démocratie, monarchie, etc.) est d'origine humaine. Saint Thomas, un « ultramontain », comme dirait M. de Laveleye, regarde la monarchie, tempérée par l'aristocratie et la démocratie comme la meilleure forme de gouvernement, tandis que Bossuet, le chef du gallicanisme, est absolutiste en politique. Cette comparaison dérange un peu le raisonnement de M. de Laveleye.

Depuis la conversion de Constantin et, plus récemment, depuis le couronnement de Charlemagne comme chef temporel de la république chrétienne, la société civile avait, sous l'égide maternelle de l'Église, suivi un développement qu'embar-

rassèrent les fausses idées de la Renaissance et dont la révolution protestante brisa l'unité. Depuis le xvie siècle, la société européenne est moralement morcelée et les institutions séculaires, *que les peuples avaient gagnées péniblement et successivement pour défendre la digaité de la vie politique et les libertés civiles, n'ont plus été développées: elles se sont corrompues, sont tombées en désuétude ou ont été violemment arrachées des entrailles populaires. Toutes ces ruines ont été la haute œuvre de la Renaissance et du protestantisme. La révolution française, en substituant le rationalisme pur au christianisme subjectif des protestants, n'a pas innové : elle n'a donné à sa devancière, la révolution du xvie siècle, qu'une nouvelle application, beaucoup plus dangereuse pour le protestantisme que pour l'Eglise universelle. En effet, les gouvernements protestants avaient supprimé la liberté civile des catholiques : la révolution française a eu au moins la prétention théorique de donner la liberté à tous les cultes. Les conséquences positives de cette innovation ont été: une nouvelle efflorescence de FÉgise catholique

et un affaiblissement des sectes protestantes officielles, l'Église anglicane, l'Église de Knox, l'Église de Calvin, l'Église delà confession d'Augsbourg, l'Église du catéchisme d'Heidelberg, l'Église de Y Union prussienne, etc. Sans le bras séculier, le protestantisme, basé sur le subjectivisme de la raison individuelle, doit s'émietter indéfiniment, tandis que l'Église universelle peut non-seulement se passer du bras séculier mais redescendre même dans les catacombes. Plus l'Église catholique sera persécutée, plus elle se fortifiera. Sanguis Mariijrum semen Christianorum Cette vérité est devenue une banalité historique.

Nous voici donc revenus, à peu près, à une situation religieuse analogue à celle du ive siècle.

Vous avez cru, dans vos préjugés, dans votre ignorance ou dans votre haine, que l'Église catholique, n'admettant pas une foi purement individuelle et subjective, croulerait comme une institution humaine, quand elle aurait été dépouillée de ses prérogatives politiques et livrée sans défense temporelle aux attaques des incroyants. Tout en proclamant

avec le Saint Siège les droits inaliénables, imprescriptibles, absolus de l'Église chrétienne, qui est l'Église de Dieu, nous avons sincèrement accepté en cette situation nouvelle pour vous, et après avoir réparé les ruines que vous aviez provoquées dans notre temple, nous avons commencé à faire rayonner autour de vous l'éclatante puissance des vérités dont nous avons le dépôt.

Vous commencez à reconnaître que vous vous êtes trompés. En Angleterre, en Amérique, en Allemagne, en Suisse, l'Église catholique a brillé d'un éclat nouveau. Vous êtes effrayés vous-mêmes de ce que vous avez fait Les libéraux belges qui ont voté la constitution belge sont appelés des « dupes. » 31. de Bismark et M. Carteret ne veulent pas être dupes. Hier encore (9 décembre 1875), M. de Laveleye envoyait à Y Indépendance belge une homélie économique dans laquelle je lis :

« La nouvelle économie politique n'admet pas la théorie de l'Ëta gendarme; elle ne croit pas que l'État ait rempli sa mission quand il fait régner l'ordre. Elle reprend la notion grecque, qui consi-

dère l'État comme l'émanation de ce qu'il y a dans la nation de sagesse, de lumière, de vertu, et qui y voit, par conséquent, un agent civilisateur, un instrument de progrès. C'est cette théorie qui a fait la grandeur immortelle d'Athènes et la fortune si extraordinaire de la Prusse. »

La « nouvelle économie politique » de 31. de Laveleye est la réfutation radicale de sa vieille thèse religieuse. En effet, le subjectivisme individualiste du protestantisme ne se concilie pas avec cette doctrine. Cette contradiction est une nouvelle preuve du désarroi dans lequel l'ont plongé les préjugés anti-catholiques.

Après un tel aveu, que M. de Laveleye vienne nous parler des contradictions imaginaires des catholiques. Je lui montrerai les siennes en acte ; et j'ajouterai :

Quand vous cherchez à trouver une contradiction entre les enseignements de l'Église et la fidélité des catholiques à la constitution belge, vous avez, au fond de votre àme, peur. Vous voudriez que cette contradiction existât réellement, parce qu'elle

vous permettrait de rétablir la « notion grecque », ou du moins elle vous donnerait un prétexte pour tourner le dos aux « immortels principes de 89 » et jeter les disciples de saint Denis hors de l'Aréopage. Cette satisfaction ne peut pas vous être accordée. Nous n'avons pas fait la révolution française, pas plus que nous n'avions appelé les barbares. Maintenant que la révolution est faite, malgré nous, et que nous sommes éternels, nous nous efforçons d'imiter la conduite de S. Rémi envers le fier Sicambre. « La volonté de Dieu, dit l'apôtre Saint-Pierre, cest qu'en faisant le bien, nous fermions la bouche aux hommes qui nous accusent par ignorance ou par imprudence. Recherchez la liberté sainte des serriteurs de Dieu et non la fausse liberté qui sert souvent de voile aux desseins pervers et aux passions coupables; aimez vos frères, donnez-leur l'exemple du respect envers Fautorité, et conservez partout et toujours la crainte de Dieu. »

Le protestantisme historique, le seul que nous connaissions, a été incapable de maintenir la liberté

civile. Sans le bras séculier, il ne peut pas se maintenir lui-même, comme culte général.

La liberté civile anti-catholique, ou si vous le préférez acatholique, telle qu'on essaie de l'organiser en ce siècle, est impuissante à arrêter les nouveaux progrès de l'Église universelle.

Que reste-t-il donc de vos accusations ?

Ce qu'il en reste, c'est une apologie involontaire de l'Église et le pressentiment inquiet de ses futur triomphes.

Page 1