‹ De l'œdème des nouveau-nésChapitre 5 sur 20 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nous ne remonterons point à Hippocrate pour trouver les premiers soupçons de cette affection: elle paraît avoir été complétement méconnue des anciens. Il faut arriver au commencement du XVII siècle pour en trouver la première mention.

En 1708, un médecin d'Ulm, Usembez, parle d’un enfant dont le corps « était dur comme un morceau de viande desséchée à la fumée. » Ce fait, longtemps unique dans la science, était oublié malgré une mention de Shuringius, lorsque Dennmann, vers 1770, en fait, à Middlesex, le sujet de plusieurs leçons.

Dès lofs l’attention s’éveille : Undervood observe et publie, sous le nom d’endurcissement du tissu cellulaire, quelques cas analogues. Jusque-là c’est le sclérème que ces divers auteurs ont en vue ; mais Audry décrit un peu plus tard une affection des nouveau-nés qu'il rapproche de celle que vient d'étudier Undervood et dont la distingue seulement un certain degré d’infiltration. Andry avait vu l’œdème des nouveau-nés ; mais, en l’assimilant au cas précédent, il commit une erreur, erreur qui consacra dès lors la confusion qui règne encore entre l’œdème et le selérème.

‘ L'intérêt va croissant, et c’est l’endurcissement du tissu cellulaire que la Société Royale de Médecine choisit, en 1789, comme sujet au concours.

Auvity décrivit l’œdème et le refroidissement qui l’accompagne. Hulme, son concurrent, insiste sur la coexistence d’un état de congestion des poumons et des gros vaisseaux.

IR jones

À partir du commencement du siècle, les mémoires sur l'endurcissement du tissu cellulaire se succèdent en grand nombre. : : |

Chambon et Capuron confondent l’œdème et le sclérème; mais ils insistent sur l'emploi de la chaleur comme moyen de traitement. |

Dugès, Blanche, Trochon, tout en admettant les complications pulmonaires, insistèrent surtout sur l'influence étiologique du froid. | ;

Paletta présenta, en 1893, à l'Institut de Milan, un mémoire dans lequel il attribue l’œdème à l’état de flaccidité que présentent les poumons, surtout le droit, après la naissance. Ces conditions sont surtout remplies lorsque l'enfant vient avant terme, ou est atteint de faiblesse congénitale. Cet auteur suppose un engorgement qui arrête la circulation; il y a stase du sang dans la veine ombilicale, congestion du foie, et l’'œdème se produit.

Léger reconnait plusieurs causes, parmi lesquelles la principale est untrouble dans la respiration et la circulation, qui rend le sang plus séreux; vient ensuite lanon-oblitération des ouvertures fœtales : c'était juste ; mais à cela il ajoute le défaut de longueur du tube intestinal et l’endurcissement de la peau par la coagulation à froid de la sérosité.

Denis (de Commercy) distingue l’endurcissement séreux de l’endurcissement concret ; il pense que l'œdème serait la conséquence de la gastro-entérite dont seraient atteints les nouveau-n6s.

Billard reproduit en 1837, en les accentuant, les idées de Denis ; après avoir nettement décrit l’œdème, il considère le sclérème comme un phénomène cadavérique, démontre que l’œdème compacte n'existe pas et réfute ainsi l'opinion de Léger, qui aftribuait l'induration de la peau à la coagulation de la sérosité épanchée dans le tissu cellulaire.

Du Are Breschet rapporta l’œdème à la persistance extra-utérine du . trou de Botal et du canal artériel.

Charcellay (de Tours) à signalé ensuite, chez les enfants morts d'œdème, diverses lésions rénales consistant principalement en un dépôt jaune occupant la substance tubuleuse ; d'autres fois ce seraient des congestions, des anémies, des atrophies de ces organes.

Mais Valleix démontre que les concrétions jaunes ne sont autre chose que des dépôts d'acide urique, que l’on observe dans les cas les plus variés.

Ce savant médecin, ayant remarqué dans tous les cas soumis

à son observation une grande faiblesse de la respiration ét de la circulation, ainsi qu'une congestion sanguine générale, en conclut que c’est aux troubles de ces deux fonctions importantes et à la stase sanguine qui en est la suite, qu’il faut rapporter l’œdème. Quant aux causes prédisposantes de ces désordres, 1l faut les chercher dans la faiblesse congénitale et le peu de développement des enfants. Au point de vue de l’étiologie, Valleix invoque surtout l’action du froid. Cet auteur à le grand mérite d'accentuer encore la séparation entre l’œdème et le sclérème, établie par Billard.

Legroux voit dans l’œdème des nouveau-nés le résultat d’une asphyxie syncopale par inertie musculaire. Bouchut, revenant aux anciens errements, réunit dans une même description les deux maladies et les attribue à une inertie musculaire constitutionnelle.

Hennig commet la même confusion ; mais 1l fait du sclérème une conséquence de l’ædème par suite d’un processus inflammatoire qui succède à lacongestion passive.

Clementowsky suit la même voie et décrit trois variétés de sclérème : 1° la forme érysipélateuse ; 2° la forme œdémateuse; 3° la forme adipeuse. La forme œdèmateuse lui paraît la plus fréquente ; quant à la pathogénie, elle lui semble obscure ;

| — 14 — néanmoins il pense, avec Rigal, que l’œdème est dû à l’affaiblissement des capillaires.

Ainsi les divers auteurs oubliaient les diverses notions établies si lentement par leurs prédécesseurs, au nom de la clinique, et tout allait tomber dans le chaos, si Parrot et ensuite Depaul, n'avaient établi d’une manière nette, non-seulement la différence, mais même l’antagonisme qui existe entre les deux affections, affections qui-peuvent se remplacer, mais non coexister.

Cependant, dans un mémoire paru dans la Gaxette hebdomadaire des sciences médicales de Montpellier (1881), M. Puech conteste la séparation absolue créée par Parrot et Depaul, et se rallie à l’opinion ancienne. Il pense que si, dans certains cas, l’œdème et le sclérème sont deux affections distinctes, il existe cependant une forme intermédiaire qu'il appelle sclérème ædémateux.

Nous voyons, d’après cet exposé succinct, que tous les auteurs ont été préoccupés surtout de la nature de l'affection.

Malgré toutes les recherches, c’est encore la question la plus obscure, et l’étiologie et la pathogénie restent palpitantes d'intérêt.

Récemment, par un remarquable mémoire lu devant l’Académie de médecine, un des maîtres de cette école, M. le professeur Léon Dumas, a jeté sur cette question unjour tout nouveau ; il a établi la relation qui existe entre l’œdème des nouveaunés et la phlegmatia alba dolens : la maladie serait due, au moins dans certains cas, à la formation d’un caillot dans une veine importante, favorisée dans son développement par le jeu défectueux des grandes fonctions respiratoire et circulatoire.

Le nouveau-né atteint d’œdème, dit ce savant maitre, est comme un adulte arrivé à la période de marasme d’une maladie ; or, dans ce cas, on sait la tendance qu’a le sang à se coaguler,

Page 1