‹ De l'œdème des nouveau-nésChapitre 6 sur 20 · OBSERVATION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIÈRE

Recueillie dans le service de M. le professeur Dumas

P... (L.), âgée de 19 ans, de constitution faible, entre à la Clinique, le 13 décembre 1887, enceinte pour la deuxième fois : sa première grossesse s’est terminée par un avortement, à 7 mois et demi. L'enfant fut extrait au moyen de la version.

Elle accouche, le 8 janvier 1888, d’un enfant pesant 2,170 er. et paraissant âgé de 8 mois : l'accouchement se fait bien et assez rapidement (présentation du sommet en O0. I. G. A.)

L'enfant est petit. d'aspect chétif ; cependant les premiers vagissements sont assez énergiques ; les diamètres céphaliques, notablement au dessous de la normale, donnent :

OR = 10,1 RE PR F4,4 Bipanélal ses re 0

Bitemporak. 2: A 1, 4

ANT At

En présence de cette faiblesse native, l'enfant fut placé immédiatement dans une couveuse de Tarnier. Les premiers jours, il ne présenta rien d’anormal : couché dans sa couveuse, il était tranquille, calme ; on pouvait cependant noter, et la mère nous l’avait signalé, une certaine torpeur; il fallait le secouer un peu pour l'en tirer. Mis au sein le second jour, il le prenait assez mollement, et on fut obligé de le nourrir à la

cuiller. Le plus souvent encore, des régurgitations fréquentes

rejetaient-elles une grande partie du lait ingéré. Le 13 janvier, le soir du quatrième jour, on s'aperçoit que les pieds, les jambes et une partie des cuisses de l’enfant sont

‘durs, de couleur rouge violacé et donnent à la main une sen-

sation de froid. En comprimant avec le doigt les parties envahies, on détermine la production d’un godet. La voûte plantaire est convexe et prend la forme caractéristique du dos d’âne.

La respiration est courte et saccadée, entrecoupée ; l’inspiration est courte, et il ÿ a comme un hoquet au début de l’expiration, qui est plus longue ; on dirait que l'enfant fait effort pour respirer, et de temps en temps on entend un cri faible, court et très aigu, s'échapper de ses lèvres : ce cri n’a rien du cri bruyant, sinon mélodieux, plein, sonore, des enfants bien portants : c’est presque un gémissement, un cri de détresse, comme l’a désigné Parrot.

Le pouls est petit, imperceptible et ralenti. L'enfant est enveloppé dans du coton et maintenu dans la couveuse : on tâche de l’alimenter.

Le 14, l’œdème progresse, envahit le haut des cuisses, le serotum et le dos, et le soir de ce jour on trouve les membres supérieurs déjà indurés.

Les parties envahies sont froides, de couleur violacée. La température générale baisse : 36,2 à l’aisselle, 36 au rectum.

Le jour suivant, l’état s’est encore aggravé, malgré les soins ; l'œdème a envahi les mains, dont la face palmaire gonflée

| 0pes forme un bourrelet saillant au devant de la base des doigts.

La partie inférieure de la face est indurée au niveau de la région mentonnière et tranche par sa couleur et son aspect lisse sur le reste du visage, qui est pâle, tiré, aminei et presque ridé. |

Les membres envahis sont en demi-flexion, immobiles ; mais on peut leur imprimer des mouvements ; la peau est épaisse, indurée, mais se laisse pincer légèrement si l’on en prend une étendue assez considérable. |

La partie supérieure de l'abdomen, la face antérieure du thorax, une partie du cou, des épaules et de la face, sont seuls intacts.

L'enfant ne prend plus rien ; il a les veux fermés, la respiration haletante, entrecoupée de fréquents gémissements ; les

selles sont vertes, diarrhéiques, sans odeur notable.

La couleur dela peau intacte est rouge, comme à la naissance. Temp. rectale, 34,53.

Mort dans la nuit, pendant que la mère essaye de l’alimenter. L'enfant s’est éteint sans cri, sans manifestation aucune, et la mère ne s’en aperçut que parce qu’elle n’entendit plus la respiration.

AUTOPSIE. — On trouve à l’autopsie :

Peau. — La peau est pâle un peu violacée au niveau des parties indurées, qui ont conservé leur consistance ; la section de l’hypogastre donne issue à une sérosité citrine plus abondante à gauche qu’à droite, ce qui n’a pas lieu au dessus de l'ombilie ; il en est de même pour les membres envahis par le mal. Le cordon ombilical est blanc, raccourci, mais ne semble pas sur le point d'être éliminé.

Cavité abdominale. — Le foie est normal, il descend jusqu’à la crête iliaque droite.

AU ce L'estomac, distendu par des gaz, est vide et ne parait pas présenter d’altération notable ; le duodénum renferme un peu de bile; le reste de l'intestin est sain.

Il en est de même des reins et de la rate.

Léger épanchement dans le péritoine.

Cavité thoracique. — Le poumon droit est complétement atélectasié, à l'exception de quelques lobules situés au bas du bord antérieur.

Le gauche, en avant, est pâle, légèrement rosé, à l'exception de quelques taches ecchymotiques ; mais en arrière il est brun noirâtre et présente les mêmes caractères que le poumon droit : en somme, le lobe supérieur seul a respiré, et le lobe inférieur qui le recouvre en avant est resté à l’état foœtal.

La section des parties colorées montre un parenchyme charnu, épais, friable à la pression ; on voit le sang sourdre mais sans spume ; plongé dans l’eau, ce parenchyme tombe au fond du vase.

Système vasculaire. — Le cœur contient un peu de sang, mais il est sain ; le trou de Botal est largement ouvert ; le canal artériel est rétréei, mais incomplétement oblitéré ; le sinus de la veine ombilicale est très développé; les artères ombilicales ont le même volume qu’à la naissance ; leur calibre est à peu près celui des iliaques primitives, et elles sont complétement perméables jusqu’à l’anneau.

Enfin on remarque une turgescence généralisée du système vasculaire : les artères et les veines sont remplies de sang ; 1l semblerait même que les artères soient plus distendues que les veines ; toutefois on ne trouve aucun caillot ni dans les veines, ni dans les artères, ni dans le cœur.

Le cerveau ne présente rien d’anormal.

Con

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