‹ De l'eau de mer dans la tuberculose pulmonaire et dans la gastro-entérite infantileChapitre 24 sur 47 · REVUE DES AUTEURS · texte numérisé non relu

REVUE DES AUTEURS

Etant donné les résultats de la médication saline simple dans la thérapeutique infantile et notamment dans les gastro-entérites, rien d'étonnant à ce qu'on ait eu l'idée de remplacer le sérum artificiel par l’eau de mer « milieu vital », « eau réellement vivante », encore plus apte, semblait-il, à remplacer les pertes de l'organisme.

Le premier travail paru à ce sujet est celui de LACHEZE qui, en collaboration avec QUINTON, fait dans le service du professeur Auvard des injections d’eau de mer à la dose de 5 à 20 cc. tous les trois jours chez des nouveaunés perdant du poids et atteints de troubles gastro-intestinaux plus ou moins graves. Les sept observations très documentées qu'il publie dans sa thèse (Paris, 1905) notent presque jour par jour le poids des malades, assez souvent l'état de leur tube digestif et leur état général. Elles sont précédées d’un nombre d'observations plus grand encore (29) de nouveau-nés — surtout débiles — traités par les injections de sérum artificiel simple.

Les injections d’eau de mer comme les injections sali-

nes font augmenter le poids; cette augmentation n'est pas simplement due à une rétention d’eau et de sel dans les tissus. Lachèze admet les théories de Quinton sur l'origine marine de l'organisme humain, et en raison de la présence dans l’eau de mer d'éléments nombreux et de corps rares présents aussi dans notre organisme, conclut à la supériorité de l’eau de mer, qui « doit remplacer dans le plus grand nombre des cas le sérum artificiel. » Ilassimile cette méthode aux médications opothérapiques.

A côté de la débilité congénitale « les troubles gastrointestinaux des nourrissons, causes de leur dénutrition et par suite de leur diminution de poids », sont une des plus belles indications de la médication saline.

O'FoLLoWEL signale deux cas d'athrepsie gastro-intestinale guéris par les injections de plasma marin aux doses de 10 à 25 ce. Diarrhée et vomissements disparaissent en quelques jours ; les selles redeviennent normales comme couleur, abondance et composition ; le poids augmente : la guérison complète survient rapidement. |

Par contre L.-G. Simox et PATER n'ont pas obtenu plus de bénéfice de la méthode marine dans les gastro-entérites, qu'ils n'en avaient constaté chez les enfants tuberculeux. Chez 5 nourrissons de 1 à 18 mois, atteints de gastro-entérite où d’athrepsie, les injections d'eau de mer n'ont produit ni amélioration de l’état intestinal, ni relèvement des fonctions digestives.

« Si la réaction thermique est restée absente ou s'est montrée peu accusée chez ces malades, par contre la courbe des poids, loin de se relever, n’a cessé de descendre avec une constance absolue ; nous voulons penser qu'en pareil cas l’action de l’eau de mer a été seulement

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nulle chez des sujets dont le poids était peut-être déjà en décroissance avant l'intervention de toute thérapeutique. »

MACÉ et QUINTON rapportent, dans un mémoire très documenté paru dans l'Obstétrique (1905), les résultats obtenus par les injections sous-cutanées d’eau de mer isotonique au pavillon des débiles de la Maternité. 21 nourrissons ont été soumis au traitement marin. Une première série de TT avait déjà été traitée par Les injeelions sous-cutanées chlorurées sodiques. Une deuxième série de 10 est soumise exclusivement au traitement de Quinton. Enfin une troisième série de 19 enfants est traitée uniquement par les injections de sérum artificiel et prise comme terme de comparaison. Ces 40 enfants se trouvant dans les mêmes conditions d'expérience (même alimentation, mêmes soins adjuvants, poids moyens sensiblement égaux 1800 à 1850 gr.), leur augmentation de poids paraît uniquement corrélative du traitement employé.

Or, chez les enfants de la première et de la troisième catégorie, elle est de 4 gr. 78 par jour sous l'influence du traitement sous-cutané chloruré ; elle atteint 8 gr. 49 avec

le traitement sous-cutané marin. Retranchons de ce total de 40 cas 6 cas (appartenant à la première catégorie), terminés par la mort, où le rein a pu fonctionner anormalement et où, à cause de l'œdème possible, l'augmentation pourrait n'avoir été que fictive ; nous retrouvons encore des chiffres bien analogues : 5,32 avec le sérum artificiel ; 9,7 avec le sérum marin. L'augmentation de poids sous l'influence des injections d’eau de mer est à peu près la même, qu'on ait déjà traité ou non les enfants par le sérum artificiel : 8,70 dans le premier cas ; 8,14 dans Île second.

« L'augmentation pondérale qui mesure d'une façon si

era précise chez l'enfant l'activité des fonctions organiques. est près du double sous l'injection marine de ce qu'elle est sous l'injection chlorée ». Ainsi se trouvent vérifiés en clinique infantile les résultats obtenus par Quinton et Julia en physiologie animale.

Les injections sont pratiquées tous les deux jours à la dose de 10 ce. dans la région de l'omoplate ; exceptionnellement, elles sont quotidiennes et effectuées alors à la dose de 5 ce. L'eau de mer employée est isotonique, toujours de capture récente.

O. Macé et R. Quinton n'ont pas particulièrement étudié l’action de l’eau de mer sur les phénomènes gastrointestinaux ou d’autres complications (pulmonaires, 1ctériques). « Ce que l’un de nous peut dire, c'est qu'en aucun cas l’eau de mer ne lui a semblé moins active que le sérum artificiel. » Etil ajoute : « Nous n'avons pas observé d’entérite qui ait persisté avec le lraitement marin, associé à une diète hydrique même peu sévère, plus de cinq Jours. » Fait curieux, toutefois, chez [4 enfants des Lrois catégories, soumis à la diète hydrique pendant 1 à IT jours suivant les cas, la chute pondérale moyenne et quotidienne occasionnée par celte diète hydrique est de 0,27 pour la période antérieure à toute injection, de 0,33 pour la période des injections de sérum artificiel, de 0,46 pour la période des injections d'eau de mer : il semble que la diète hydrique agisse davantage dans cette troisième catégorie, mais, en somme, les résultats ne sont pas très différents.

Les auteurs concluent :

«1° L'eau de mer isotonique, en injection sous-cutanée, parait offrir une supériorité manifeste, en thérapeutique infantile, sur le sérum artificiel ; elle devra lui être pré-

lérée :

» 2 L'eau de mer nous semble ‘avoir sa place marquée dans les cas de débilité, d'arrêt de croissance, d'athrepsie, compliqués ou non d’ictère, d’entérite ou de bronchite :

» 3 Aucune contre-indication, ni générale, ni particulière, n'apparait jusqu'ici à ce procédé thérapeutique nouveau. »

Porocki et QuINTON donnent, dans la Gazette des H6pilaux, six observations d'athrepsiques et de prématurés, traités par les injections isotoniques sous-cutanées d’eau de mer. Les deux observations de prématurés nous intéressant moins, nous envisagerons surtout les résultats obtenus dans les quatre cas de gastro-entérite avec athrepsie. Ces quatre enfants étaient dans un état aussi critique que possible.

Chez deux d'entre eux, âgés l’un de deux mois, l'autre de huit mois (Obs. Let IT), la plupart des médications classiques avaient été essayées en vain : diète, régime hydrique, changement de nourrice, bouillon de légumes, lavage de l'estomac; l’un d’entre eux avait même été sou-

- mis à des injections de sérum artificiel. La diarrhée était très intense, marron, fétide, glaireuse. Le lait était rejeté le plus souvent; le poids en chute considérable (50 à 100 grammes par jour). Sous l'influence des injections d'eau de mer à la dose de 30, 40, 50 et même exceptionnellement 100 ce. tous les deux jours, l'état général s'améliore très rapidement, la chute de poids diminue tout d’abord, puis se transforme vers le dixième jour en une augmentation, qui va s’accentuant de plus en plus (15, 25, 60 grammes). Le nombre de selles diminue et leur constitution s'améliore. Dans l'observation IT, par exemple, on voit l’abaissement graduel du nombre des selles qui, de 15 à 17 par jour, passe à 2, après une vingtaine de jours de traitement, Les phénomènes d’intolérance gastrique,

d'ietère (Obs. [) disparaissent.en même temps. Pendant tout ce traitement, les injections d’eau de mer ont été à peu près la seule médication ; le bouillon de légumes n’est intervenu, dans l'observation Il, qu'au neuvième jour de la médication marine, en pleine période d'amélioration.

Les deux autres observations, communiquées aux auteurs par le docteur P. Dupui concernent encore deux vastro-entérites avec athrepsie chez des nourrissons de 4 mois et demi et 10 mois, le premier alimenté au bouillon de légumes, le second au lait de vache pasteurisé. Les doses injectées sont de 10 cc. à des intervalles de 3 el 4 jours pour le premier, de 30 ce. tous les deux jours pour le second. La diarrhée cède, ainsi que l’intolérance gastrique, le poids augmente, même après la cessation du traitement: cette augmentation (15 grammes pour le premier, 33 grammes pour le second) est moindre que celle obtenue par Potocki et Quinton eux-mêmes. Ces auteurs attribuent cette différence à l’insuffisance des doses employées par Dupui.

LALESOUE, au début de l’année 1906, publie dans le

Journal de Médecine de Bordeaux deux cas de troubles.

gastro-intestinaux graves avec vomissements, état cachectique, qui reviennent à la santé parfaite grâce à des injeclions journalières de 10 ce. de plasma de Quinton, ou des injections de 50 cc. tous les deux jours. Dans un travail ultérieur (Journal de Médecine de Bordeaux, 1906) il conlirme l'opinion déjà émise dès la première publication : «Depuis, l’occasion s’est présentée d'utiliser encore dans ma clientèle l'eau de mer isotonique chez des enfants du premier âge à l'état d'athrepsie marquée, chaque fois avec un succès évident, confirmatif de mes premières observations, » | BARBIER, à la Société de thérapeutique, reconnait que

«dans certains cas, en apparence désespérés, chez des enfants cachectiques d’origine intestinale, il a vu des résultats vraiment impressionnants. »

RoBERT-Simon relate à la Société de thérapeutique un cas de guérison inespérée chez une enfant atteinte d’entérite aiguë, et dans un état de cachexie si avancée que la mort paraissait imminente. Aucune médication n'avait réussi à arrêter la chute du poids, à combattre l’hypothermie (33%). Les injections déterminent d'emblée la régularisation de l'intestin (une selle moulée quotidienne dès la troisième injection). Elles enraient la cachexie, font augmenter le poids (20 gr. par jour en moyenne, alors qu'avant le traitement la perte était de 38 gr. 6) en permettant une alimentation en rapport avec l’âge de l'enfant. Dans son livre sur les applications de l’eau de mer en thérapeutique, Robert-Simon, après avoir rapporté cette observation et quelques autres, écrit: « dans ces élats graves et rapidement mortels la médication marine est souveraine. »

FrorLE, dans le service du D" Cassin à Avignon, a traité S nouveau-nés débiles, athrepsiques et sans résistance, par les injections de plasma de Quinton à la dose de ? à 3 cc. tous les jours ou tous les deux Jours.

Chez presque tous, les injections étaient suivies d’élévation de la température de 1°, soit à la première injection, soit aux injections suivantes, aussi bien pour les faibles doses que pour les doses fortes, fièvre d’ailleurs sans réaction fâcheuse sur l'état général.

Les courbes de poids sont très variables. 2 enfants succombent ; 6 autres semblent avoirété améliorés. L'état général devient moins précaire. « La gastro-entérite, les vomissements ont paru être favorablement influencés par

la médication. »

Léon TixiER, dans un article tout récent des Archives de médecine des enfants (août 1908), étudie, sur les conseils de son maître le professeur Hutinel, la valeur thérapeutique des injections sous-cutanées d’eau de mer comparées à celles de sérum physiologique, dans 10 eas de gastro-entérite infantile. Les nourrissons étaient soumis pendant 7 jours à des séries de 40 ce.

Pour éviter l’anémie qu'entrainent les injections de sérum trop répétées (Labbé), une semaine de repos intercalaire suivait la période d’injections.

Les résultats absolus sont peu brillants : 8 morts,

2 guérisons, en nombre égal d’ailleurs (4 décès, Î guéri-

son) pour le sérum et l’eau de mer. Ils s'expliquent par l'état grave des malades. « Traités par les méthodes habituelles, ils ne semblaient guère avoir chance de survivre »; tous ceux qui sont morts étaient élevés au biberon. Quant à la comparaison des deux méthodes, « l'eau de mer est loin de nous être apparue comme nettement supérieure au sérum physiologique » , deux des enfants traités par l’eau de mer étant dans de meilleures conditions pour guérir.

La courbe des poids montre chez les enfants qui ont guéri un gain de 8» grammes par semaine tant pour le sérum que pour l’eau de mer. D'ailleurs, l'accroissement ne fut pas supérieur pendant les semaines de traitement à l'accroissement dans la semaine de repos intercalaire. Chez les enfants qui succombèrent, la perte moyenne par semaine fut de 109 grammes pour le sérum, de 83 pour l'eau de mer. Faut-il y voir une supériorité du sérum marin ? Non. Car un des enfants lraités par cette médication présentait un accroissement de poids tout à fait factice lié à l’æœdème. « Les différences dans l’évolution de la courbe des poids sous l'influence des deux sérums

sont trop peu sensibles, pour qu'elles aient une valeur en faveur de l’un ou de l’autre. »

Tixier a recherché en outre, chez les nourrissons qui ont succombé, si l'un des principaux organes hématopoïétiques, la moelle osseuse n'avait pas subi de modification dans'sa structure sous l'influence des injections. Le sérum physiologique et l'eau de mer ont déterminé une réaction mryéloïde assez intense (prolifération des myélocytes et des hématies nucléées), indépendante dans son intensité du nombre et des doses des injections, mais un peu plus marquée pour l’eau de mer que pour le sérum.

On sait tous les rapports qui existent entre l'eczéma des nourrissons et le fonctionnement de leur tube digestif. Aussi nous permettrons-nous de rappeler, dans ce chapitre, les résultats obtenus par VAaRIOT et QUINTON dans le traitement de l’eczéma des nourrissons par les injections sous-culanées d'eau de mer (Académie de médeeine, Juin 1907). |

Les injections, faites tous les deux ou trois jours à la dose de 30 et 50 cc. suivant les âges, déterminent tout d'abord (9 fois sur 25) une poussée réactionnelle assez intense qui se caractérise par la vascularisation et le gonflement de la peau, un suintement abondant, puis pendant trois à douze jours une hypersécrétion continue détachant les croûtes. La poussée réactionnelle s'éteint peu à peu; en [5 jours la peau reprend son état normal. En trois ou quatre semaines, les nourrissons sont débarrassés de leur masque, l’eczéma est très atténué où guéri. Sur 1) enfants traités, l'action de l’eau de mer a été heureuse ou très heureuse dans les trois quarts des cas,

nulle ou presque nulle dans un quart. Lorsque l’eczéma cède à la médication, il peut toutefois donner naissance à de nouvelles poussées, qui disparaissent sous l’influence de nouvelles injections.

L'eau de mer aurait une action élective sur les éruplions eczémateuses. En tout cas, c'est une méthode inoffensive, au dire des auteurs.

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