INTRODUCTION
La puissance thérapeutique de la mer est connue depuis fort longtemps, mais le traitement par l'eau de mer est de date relativement récente.
En 1750, Russe institue celte thérapeutique dans le traitement de la serofule, puis ensuite dans celui du scorbut, des écrouelles et de toutes les affections glandulaires.
D'autres auteurs anglais suivent son exemple: Nous citerons les publications de CarrHEUSER sur les « effets de l'eau de mer » (1765); de Rogerr WiruE sur « l'usage et l'abus de l’eau de mer » (1775); de KeNTiIscH sur « les bains de mer et sur l'eau de mer à l’intérieur » (1785).
En 1812, Le Francois (de Dieppe), dans sa thèse, recommande l’eau de mer intus et extra dans l'embarras gastrique, les fièvres intermittentes, la serofule, le rachitisme ellhydropisie. En 1825, F.-A. LALESQUE ajoute une autre indication à ce traitement : la phtisie pulmonaire. Vers le milieu du dernier siècle, la commission des eaux minérales de l’Académie de Médecine charge JoLLY d'un rapport sur l'eau de mer en thérapeuthique. AUHER en 1852 détermine avec délails ses indications et contre-indicatlions. — Elle était à cette époque absorbée par la bouche, à Pétal naturel, ou filtrée et chargée d'acide carbonique, alin d'en
cacher le goût désagréable.
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La question n'entre vraiment dans le domaine scientifique qu'avec les travaux de Lise sur « l'emploi de l'eau de mer à l'intérieur » (1875). Lisle ne se contente pas d'indiquer les maladies dans lesquelles elle doit être employée (convalescence des maladies aiguës, affections gastrointestinales, scrofule, anémie, chlorose, diabète, hypochondrie), mais il en étudie les effets sur lui-même, explique son mode d'action à l’état physiologique et pathologique par la suractivité des combustions qu'elle produit. Pour mieux l’acclimater dans la thérapeutique, 1l la donne sous des formes qui en rendent l’absoïption moins déplaisante : sirop, élixir, pain à l’eau de mer.
Peu après (en 1882), à notre Faculté même, une thèse était soutenue par MarioN sur : «les actions physiologiques et les applications thérapeutiques de l’eau de mer ». Des recherches expérimentales nombreuses faites sur l’homme et les animaux lui montrent l’augmentation des sécrétions (salivaire, gastrique, lactée), une suractivité de la nutrition caractérisée par l’hyperglobulie, l’'augmentation des combustions organiques et du taux quotidien de l'urée éliminée, la diminution du poids du corps, sous l’influence de l'ingestion prolongée d’eau de mer. Marion publie un certain nombre d'observations de phtisie pulmonaire (6), de scrofule (4), de fièvres intermittentes (42), de chlorose (2), de mal de Bright (1)où l’eau de mer a donné de bons résultats. Les doses ingérées variaient de Là ? petts verres à titre d'eupeptique, de 300 à 500 gr. à litre de modificateur de la nutrition, de 500 gr. à titre purgalif.
Tous les auteurs cités jusqu'ici n'introduisaient l’eau de mer dans l'organisme que par la voie stomacale: c'est BonNaL qui le premier paraît avoir eu l’idée de la voie hypodermique. Sacommunication au Congrès d'Alger (1881)
A sur les injections sous-cutanées d'eau de mer chez les phtisiques passe inaperçue.
QuINTON, dont les recherches remontent au début de 1897, se fait le plus chaud partisan de cette méthode. Son livre sur « l'eau de mer, milieu organique » établit l’importance du milieu marin pour la cellule animale.
Les premiers éléments vitaux ont vécu dans l’eau de mer ; nos humeurs en dérivent. Les nouvelles conditions d'existence nécessitées par la vie terrestre et aérienne 6nt simplement modifié sa concentration dans nos tissus ainsi que sa teneur en sels, On peut donc considérer toutes nos cellules comme baignant dans un milieu marin. D'où la grande théorie biologique de l'« eau de mer, milieu vital ». Multiples sont les preuves données par Quinton : identité des corps chimiques contenus dans l’eau de mer et dans notre plasma; vitalité conservée dans l’eau de mer par le leucocvyte, alors qu'il s’altère si vite dans un liquide salé simple ; innocuité absolue des injections d'eau de mer à haute dose chez le chien et régénération sanguine qu'elles provoquent, si l’on a soin de ramener à l'isotonie le milieu marin.
L'eau de mer étant le milieu le plus apte à faire vivre nos cellules, l’idée devait venir aussitôt dans les cas où celles-ci sont malades de les replonger pour ainsi dire dans le milieu originel. Les premières injections d'eau de mer isotoniques faites par Quinton furent intraveineuses ; elles ont été remplacées depuis par la voie hypodermique plus pratique, et ausst efficace.
Depuis les communications de Quinton à la Société de Biologie et à l’Académie des Sciences, nombreuses ont été les publications consacrées soit à la discussion de sa théorie biologique, soit aux applications thérapeuliques qui en découlent. Les unes étudient les effets généraux
de l’eau de mer sur l'organisme : étude comparée des injections intraveineuses massives d’eau de mer.et des solutions salées simples (Bosc et Venez, Société de Biologie, 1898) ; conférence si documentée de notre Maitre M. le professeur Hébon sur l'eau de mer, milieu vital (Montpellier Médical, mars 1905) : « mode d'action de l'eau de mer sur l'organisme luberculeux » (GAUTRELET el SoULÉ, Société de Biologie, 1905); discussions à la Société de Thérapeutique (28 février, 14 et 28 mars 1906) sur le sérum marin, ses effets physiologiques et thérapéutiques, auxquelles prennent part: QUINTON, ROBERT- SIMON, BOUSQUET, LAUMONIER, LE GENDRE, LAUFER, HAL- LION, BOLOGNESI, BARBIER.
D'autres communicalions relatent les effets du sérum marin dans diverses affections : MAcÉ el QuiNron, Po- TOGKE et QUINTON, L.-G. SIMON el PATER, LaGu£zE (thèse Paris 1904), étudient l'influence des injections d'eau de mer chez les prématurés et les athrepsiques, el TIXIER, dans la gastro-entérile infantile.
R. SIMON el QUINTON, LALESQUE, BONNAL, GAUTRELET el SOULÉ, MONGOUR, CARLES consacrent leurs études à la tuberculose, ainsi que VEby (thèse Bordeaux, (1906) et Fumoux (thèse Paris, 1907). Marie! et PELLETIER, JAC- QUOT (thèse Paris, 1904), emploient le sérum marin dans la thérapeutique des: maladies mentales (1905), GinEsrous dans la thérapeutique oculaire (thèse, 1907), CARLES, BARRÈRE (thèse Bordeaux, 1907) dans les dyspepsies.
RoBERT-SIMON consacre un petit volume de la collection des aide-mémoires Leauté aux « applications thérapeuliques de l’eau de mer ».
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L'eau de mer, d'après Quinton, contient 35 gr. de sels par litre. Le sodium et le chlore en forment les 84 centièmes; 14 centièmes sont formés parle soufre, le magnésium, le potassium, le calcium.
L'eau de mer dont nous nous sommes servie provient de la Méditerranée (1). Sa composition ne s'éloigne pas sensiblement de celle de l'Océan. Quinton prétend qu'elle est plus riche en magnésie. Les deux analyses suivantes, prises dans le livre de Quinton, pages 217 et 218, n'indiquent point pareille différence :
Composition moyenne des eaux de l'Océan
Sels totaux Chlore Acide sulfur. Magnésie Chaux Potasse
35.923 pour 100 12.05 11.10 2.07 Composilion moyenne des eaux de la Méditerranée