PREFACE. VU
sociant les époux dans une collaboration commune, corrobore l'affection conjugale par l'identité des intérêts, stimule de part et d'autre le dévouement, l'économie, l'amour du travail; vertus fécondes dont les fruits profitent à la femme aussi bien qu'au mari; mobiles plus surs et plus moraux que toutes les frayeurs du régime dotal, pour faire progresser les familles, pour les faire monter de la gêne jusqu'à l'aisance et de l'aisance jusqu'à la richesse.
Je trouve aussi l'échange employé pour échapper
aux droits seigneuriaux sur les mutations, ainsi
qu'aux entraves que l'esprit féodal apportait au
mouvement de la propriété foncière. Voici ce que
je lis dans le Commentateur de la coutume de
Troyes (i) : « M. de Montholon^ garde des sceaux,
«( dit à celui qui lui offrait de vendre une maison,
« qu'il ne voulait point acheter de lui, d'autant que
« quelques lignarj ers la pourraient retirer, mais qu'il
« avait des rentes constituées, lesquelles il lui bail-
« lerait par échange et s'obligerait que tôt après
« elles seraient rachetées. Peu de temps après l'un
« des lignagers intenta action de retrait, et dit que
« c'est vraie vente déguisée sous nom d'échange^
« même que les rentes avaient éié aussitôt rache-
« tées. M. de Montholon dit , au contraire;, qu'il
« n'avait rien fait que de bonne foi, lui ayant été
« permis de rechercher les moyens, afin que la
« maison ne fût évincée; sur lesquelles confesta-
« lions le parlementdébouta le lignagerdu retrait, v
(i) Legrand , sur Troyes, p. 187, n» 6.
^ lil l'KKFACJi .
Hors de là , l'échange reste obscur et inaperçu clans le vaste mouvement qui tient en éveill'activité de notre nation.
J'en puis dire autant du temps où nous vivons. Dans cette action incessante qui fait circuler la propriété depuis le sommet jusqu'aux extrémités du corps social, quelle est la partde l'échange? je parle toujours des rapports internes : elle est presque nulle ; rarement l'échange vient se mêler aiix mutations devenues si fréquentes de nos jours. Il faut des circonstances toutes particulières, des raisons exceptionnelles de convenance privée pour y avoir recours.
Et cependant ne nous hâtons pas de le déclarer impuissant j il pourrait ne pas être inutile à notre agriculture, si des mains intelligentes voulaient l'employer à guérir l'une de ses plaies. En effet , une grande partie de notre sol est morcelée par petites parcelles ; la propriété en est éparpillée çà et là, comme si elle eût été jetée au vent, et toutes ces fractions enchevêtrées les unes dans les autres, restent inabordables et presque inexploitables en raison de l'absence des chemins et des difficultés qui en résultent entre voisins. C'est ce qui faisait dire à M. François de Neufchateau : ^ Avec les territoires hachés, cisaillés, sans che- <( mins pour arriver aux lambeaux qui les consti- « tuent, l'agriculture froissée en outre par les <( entraves que le parcours et la vainc pâture multi* « pli'jnl aulour d'elle, ne i)eut pas plus grandir