XCVIII PREFACE
biliifles qui excluent le progrès et les douceurs de la vie. Or, le bail à colonago lui donne ce qui lui suffit, le logement, la nourriture pour lui et sa famille, un vêlement propre pour les jours de fête, du travail sans hasard, quelques petites épargnes. En un mot, le métayer vit paisiblement. Mais il ne progresse pas. Il se maintient de génération en génération dans un état stationnaire, qui n'est ni l'aisance ni la pauvreté. Et le peu d'ambition qu'il a pour lui-même^ il l'a aussi pour l'agriculture. H ne s'écartera jamais des pratiques établies; il craindrait de trouver dans l'innovation des chances compromettantes. Il refuse de hasarder pour l'inconnu une position fixe et certaine.
De tout ceci, je conclus que dans les départements où domine le bail à colonage , le paysan , sans être malheureux, a peu de part à la propriété foncière , peu ou presque point de capitaux, peu d'indépendance et de courage à entreprendre. Il n'y a donc pas encore là de véritable classe moyenne agricole. Un grand progrès reste à faire à ces contrées.
11 n'en est pas de même dans la plupart de celles où règne le bail à ferme. Ce contrat suppose de la part du preneur des capitaux disponibles. Le fermier est un spéculateur qui met pour enjeu dans son entreprise une partie de son avoir. 11 apporte avec lui un capital mobilier qui a de la valeur, des instruments d'agriculture, des chevaux de trait et de labour , des bêles à cornes , le plus souvent un troupeau de bêtes à laine. Il est rare