‹ De l'échange et du louageChapitre 20 sur 110 · V. Thémis, l. IX, p. 66 et · texte numérisé non relu

V. Thémis, l. IX, p. 66 et

(10) Sur la loi 19, C. De Agricol.

%tX PRÉFAÊE.

n vant conserver leur demeure et la flignité de leur nais-

* sance, se soumettent au joug de l'inquilinat; les exactions

* les loreent à s'exiler de leur condition et de leur patrimoine >■> et à perdre leur propriété et leur liberté; ils sont traités » comme étrangers, puis comme esclaves, on les convertit en » esclaves, quoique leur ingéntiité soit certaine (1).

Maintenant, si l'on résume dans sa pensée tontes ces restrictions apportées à Ih liberté des colons, peut-on s'étonner de voir Justinien hésiter pour trouver la difît^rence qui les sépare des psclaves (2 ? Peut-on s'étonner d'entendre les lois Jenr conseiller de ne pas vanter leur liberté, eux qui sont attachés à la terre (5) , et les mettre en opposition avec les hommes libres comme formant une classe à part (4).

Cependant d'autres lois les séparent de la catégorie des esclaves (5), et les appellent libres (6), et même ingénus (7) ; ils peuvent contracter de véritables mariages (8),

La vérité est qu'ils sont dans une condition intermédiaire et mixte ; ils sont pleinement libres à l'égard des tiers (9) ; ils sont, quant à leurs personnes, plus près de la liberté qtre de lesclavage. Mais, dans leurs rapi>orts avec le sol, ils sont esclaves ; ils sont, liés à lui par uue chaîne irrdissoluble, et, (juané Us le quittent frauduleusement, une inévitable nécessité les ramène à la glèbe.

Le cri douloureux jeté par Salvien nous a fait connaître l'une des causes par lesquelles se recrutait la classe des colons : c'était la triste et funeste convention par laquelle un homme libre, s'exilanl de sa propre condition (JO), se so»mettaii volontairement à cet état d'infériorité (41), aimant mieux être le colon du riche ()2), que d'avoir à supporter les misères plus grandes encore attachées à l'élal de petit propriétaire indépendant, et toutes les charges extraordinaires qui accablaient les citoyens (13). Il y a des positions p<rti-

(1) Salvien, De Gubernat. Dei, lib. V.

(2) L. 2, C. De Agiicol.

(3) JNullus omniiio coionorum suo jure velul va^us ae tib$r exldlet, sed domino fundi ita teneatur, ut non jtoisit abtcsdkrt (L. i, C. De çol. Palœsl. Valrnl.)

(4) L. 12, C. De Agricol.

(5) L. 21, De Agricol.

{&) L. 2, In quibus eensû col.

(7) L. 1, C. De col. ïhrac.

(8) L 24, G. De Agrieoi.

N«V. Valeol., t. 9.

(.9) L. 2, C. In quib. causis.

(10) Suae condilionis exulanles (Salv. Inc. cit.).

(11) Junge riov. Valent., t. 9, et la foi 22, C. Df Agricol

(1'2) Sjlvien. loc. cit., « Colonis divitum /lunf, j'ugo se mquilinaô afcjec- » tionis addicunt »

(13) Les coltins en étaient exempts., 1. t, C De Agricol.

PREFACB. ÏXXI

tffjues dans lesquelles le servage est préférable à la liberté. Mais malheur aux sociétés où le plus beau don que Dieu ait fait à l'homme est répudié par lui comme un insupportable fardeau I

Le colonat s'établissait aussi par prescription; quand un homme libre avait vécu pendant trente ans comnie colon, le propriétaire acquérait sur lui et sur sa race les droits du colonat (1).

Enfin on était colon par la naissance. La condition de la mère déterminait en général celle des enfants: <« Cependant, » dit M. Guizot, si le père était colon et la mère libre, le » principe fléchissait; ou. pour mieux dire, la législation » varia, et l'enfant suivit tantôt la condition du père, tantôt » la condition de la mère A tout prendre, l'effort général de » la législation était de retenir un aussi grand nombre d'in- » div)dus qu'il se pouvait dans la classe des colons {"2). »

Tels sont les traits les plus saillants de l'état civil et politique des colons. Quelle a été l'origine, quel a été le noyau de cette classe devenue si importante dans l'histoire du Bas-Empire? Ce problème a exercé la plume d'un de nos plus savants historiens, M. Guizot. Cet illustre écrivain en trouve k solution dans l'organisation de la famille gaulois*» avant la conquête, et dans l'existence des clans dont les chefs nous apparaissent, dans César, entourés d'une population qui vivait sur leurs domaines avec le droit héréditaire ck les cultiver moyennant une redevance, et les suivait à \a guerre ; les chefs du clan furent exterminés par les Romains ; les conquérants se mirent à leur plac?. Mais la population agricole resta dans son état ; elle forma cette classe de colons gallo-romains dont l'administration romaine régularisa les rapports de dépendance et les droits (5).

Mais j'avoue que celte explication, tout ingénieuse qu'elle est, laisse des doutes dans mon esprit. Le colonat, en effet, ne fut pas une condition particulière à la Gaule (4 ; il existait avec de larges développements dans l'Italie (5), 1 lUyrie (6), la Thrace (7), la Palestine (8). Or, l'orgAnisatioa dfe la famille gauloise ne saurait donner le secret d'an f»ita»»si

(1) L. 19, C. De Agricol.

(2) T. !V, p. 245. V. nov. 54, et la lot 24, C. De ÂQrieoU, uov. C. T. XVll. jhemis.t. IX, p. 65.

(3) T. IV, p. 246 ei saiv.

(4) L. 13 el 14, C. De Agricol.

(5) L. 3, C. Thcod., le ceiisu, 1. 2, C- De Agricol.

(6) De col Illyr., au Cod- 7) Au C. De Col. Thrac.

(8) Au C. De Col. PalcBst.

XXXU PREFACE.

général, d'un fait qui se manifeste en Orient conune en Occident avec une constante uniformité.

Avant M. Guizot, d'autres solutions avaient été tentées ; M. de Savigny les a examinées ; toutes ont jeté son esprit scrupuleux dans des hésitations tellement graves, qu'il lui paraît à peu près impossible d'arriver à une conclusion satisfaisante.

Il en est une cependant qui, je dois l'avouer, me captive à un haut degré : c'est l'opinion si naturelle et si simple, qui voit dans les colons des hommes sortis de l'esclavage pour entrer dans les premières voies de la liberté civile. Le nom de patron que conserve leur maître (1) indique cette source comme très-probable. Dira-t-on qu'un affranchissement modifié par les restrictions, qui pesaient bérédiiairement sur les colons, était contraire aux principes du droit (2) ? Je sais que celte objection est sérieuse ; mais toutefois n'arrive-l-il pas souvent que les mœurs modifient les lois les moins flexibles? Est-il toujours possible d'emprisonner dans un cercle donné les besoins sociaux qui aspirent à se faire jour? Qu'y a-t il de plus puissant, de plus invincible que ces métamorphoses auxquelles la civilisation travaille en secret dans le sein des peuples, pour les révéler un jour et les imposer au législateur étonné et dépassé !

Or, que voyons-nous dans cette société romaine, telle que les jurisconsultes classiques l'ont laissée? Quels besoins la travaillent?

Les grandes propriétés se sont concentrées dans les mains d'un petit nombre de riches, et la classe moyenne a été décimée progressivement (3). Denys d'Halycarnasse, contemporain d'Auguste, assure que la plupart des villes qui florissaient jadis, sont de son temps désertes et désolées! Tarenie et Antium, veuves de leurs citoyens, reçoivent sous Néron des colonies de vétérans, qui bientôt les abandonnent et se dispersent [A] ! Sous Gallien. Alexandrie a perdu la moitié • de ses habitants (5), et la Campanie n'offre plus, sous 1»règne de Constantin, que des terres incultes a la place des richesses et des délices d'autrefois (6).

En même temps la culture est abandonnée, et les terre*

(1) L. 1, C. Theod. ne Colonus.

(2) M. de Savigny. Vov. au.ssi dans Tliémis, t. IX, p. 85.

(3) Minor in diesplebs incenoa, Tacite, annal., lib. IV, c. 27,

(4) Tacite, Annal., lib. 14, c. 27.

(5) Infrà, p. 126.

^iibboii, t. II, p. 180.

«) Infrà, p. 126.

"■'bbon, 1.1II, p.â87.

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