LX PREFACE
les premières années se sont écoulées dans la vie de collège et sous l'empire d'un système d'éducation qui sacrifie les forces physiques au développement des forces intellectuelles, celui-là ne sera jamais qu'un mauvais cultivateur, et la charrue qui enrichit le fermier sera fatale à sa fortune. Je me défie de ces amateurs qui n'ont pas quitté le drap fin de la ville pour la blouse gauloise, et qui font de l'agriculture en gants glacés beurre irais; ils croient, les imprudents, faire valoir leur bien ; ils le perdent en essais maladroits, en dépenses mal entendues, en gaspillages sots et ruineux. J'aime sans doute qu'un propriétaire soit assez instruit des procédés agronomiques pour exciter le zèle de son fermier, pour l'éclairer de ses conseils, pour surveiller et prévenir ses écarts. J'applaudis aussi au zèle des savants ([ui appliquent aux expériences agricoles leurs connaissances en chimie, en physique, en géologie, en histoire naturelle, etc. L'agriculture gagne à leurs essais ; ils cherchent d'abord et tâtonnent, au risque de s'égarer dans des routes inconnues ; hientôt ils retrouvent le droit chemin, et d'heureuses découvertes finissent par récompenser et leur patience et leur dévouement î Mais je ne voudrais pas, je l'avoue, de ces savants pour mes fermiers; ces essais sont des hasards où s'engloutissent beaucoup de capitaux ; le fermier, lui, doit marcher à coup sûr ; il n'est pas assez riche pour se livrer à des chances aventureuses ; il est trop peu maître de la terre pour compromettre les revenus que le maître en attend.
Or, ce que ne ferait pas un fermier ne doit pas être fait par celui qui veut être son fermier à lui-même. 11 faut surtout qu'il puisse faire tout ce que son fermier fait par ses propres mains; s'il n'a pas son tempérament, sa vigueur, son activité, ses habitudes de vivre de peu, il échouera misérablement. Ce sera un naufrage de plus à ajouter aux naufrages des cultivateurs en chapeau noir; ce sera une conquête de plus pour les vrais et bons cultivateurs qui empiètent déjà tant sur la propriété oisive.
Ce qui me paraît devoir plus particulièrement attirer les placements, que le haut prix de la propriété rendra de plus en plus difficiles en fonds de terre, c'est le grand-livre de la dette publique. Le grand-livre sera l'asile le plus sûr et le plus profitable. Ce sera aussi le plus patriotique. L'Dtatdeviendra le dépositaire de la fortune d'un nombre immense de citoyens, et la société se trouvera organisée sur la base d'une mutualité dont la puissance balancera cet esprit d'individualisme qui fait aujourd'hui la plus grande partie de nos maux.
Mais pour arriver à ce résultat, qui commence déjà à r-e faire jour, il faudrait dès à présent accoutumer les capitaux à se diriger vers cette voie ; et toutefois une imprévoyance