‹ De l'échange et du louageChapitre 36 sur 110 · PRÉFACE. LIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. LIX

Des esprits généreux qui ont aperçu la tendance que je signale, se sont dit : La propriété foncière est trop précieuse pour que nous consentions à la laisser s'échapper de nos mains. Faisons-nous donc agriculteurs, puisque c'est le moyen delà retenir. L'agrirulture est la plus noble des occupations ! L'on se plaint que la France est tombée sous le joug des avocats, des journalistes, des banquiers. Eh bien ! cherchons dans les utiles travaux de la campagne des influences qui biilaiicent la leur. Remplaçons nos fermiers, pour qu'ils ne nous remplacent pas un jour. Ce sont eux qui nous éloignent des champs et font de nous des oisifs ennuyés et ituitiles. Travaillons donc comme ils travaillent, afin de nous maintenir dans une position qu'ils nous envient. Autrefois les seigneurs furent punis de leur mépris pour les formes judiciaires par leur exjtulsion des tribunaux ; les légistes vinrent prendre la place qu'ils avaient laissée vacante. N'imitons pas cet imprudent dédain. Quiconque aujourd'hui dédaigne l'agriculture, est menacé de se voir remplacé par le fermier, (|ui sait le prix du travail appliqué à la terre.

Cette pensée est excellente sans doute; mais je ne pense pas que sa réalisation puisse amener des rés^ultats généraux profondément décisifs.

L agriculture n'est rien moins qu'une théorie ; elle veut, comme toutes les sciences, être éclairée par la pratique, et c'est souvent en mettant la main à l'œuvre qu'on s'aperçoit du vide et des mécomptes des méthodes spéculatives. Or, pour pratiquer l'agriculture avec quelques succès, il faut surtout être doué d'une vigueur de corps qui n'est ordinairement l'apanage que de cette classe robuste que les travaux des champs ont de bonne heure endurcie à la fatigue. Si vous pouvez, comme votre fermier, devancer l'aube matinale pour réveiller vos serviteurs qui dorment encore ; si vous avez un corps de fer qui vous permette de saisir le soc d'une main calleuse, de le conduire aux ardeurs du soleil, de laisser percer vos vêtements par la pluie froide de l'hiver, de traverser des chemins difficiles à pied, à cheval ou dans de dures charrettes, par le froid ou par la chaleur ardente de la canicule, pour suivre le cours des bestiaux, des laines, des blés dans les foires et marchés des environs ; eh ! mon Dieu ! soyez vous-même l'entrepreneur de vos fermes, et vous gagnerez ce que gagnait votre fermier ; vous travaillerez pour vous et vous travaillerez mieux; vous donnerez à la terre les avances qu'elle demande pour en rendre les fruits avec usure ; économe de ses forces, vous ne serez avare que pour les ménager.

Mais si quelques-unes de ces conditions vous manquent, gardez-vous d'une tâche au-dessus de vos forces. Celui dout

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