‹ De l'Échinococcose SecondaireChapitre 53 sur 64 · EL · texte numérisé non relu

EL

Fig. 6.

Kystes kydatiques secondaires de l’épiploon, en involution (Obs. LVIII)

On voit que la cuticule échinococcique, au lieu d'être sphérique, tendue, régulière, forme des festons capricieux ; ses feuillets ne sont plus parallèles. La membrane germinale n'existe plus; la cavité kystique contient, par contre, une substance grenue amorphe qui s'est accumulée surtout dans le fond des plis. Dans certains kystes, cette substance, d'apparence caséeuse, occupe toute la cavité et même l'espace laissé entre la cuticule affaissée (quelquefois à peine reconnaissable) et l'enveloppe péri-

kystique épaissie. Il est impossible de découvrir dans ces kystes en involution le moindre scolex. Dans trois ou quatre seulement d'entr'eux nous avons pu trouver de rares crochets au milieu de la substance caséeuse. Il n'y a pas traces de processus inflammatoire autour de ces kystes : on note seulement par places, à la face profonde de l'enveloppe périkystique, quelques amas de cellules épithéhioïdes.

(La coupe que nous avons représentée montre bien, en outre, que les kystes n'étaient pas situés entre «les deux lames » de l'épiploon, mais sous l'endothélium péritonéal, dans du tissu conjonctif de néoformation : cette particularité est surtout évidente pour le plus gros kyste. On peut voir de plus que les trois tumeurs n'étaient pas contenues dans la même frange épiploïque : une cloison conjonctive transversale qui sépare en deux parties la masse cellulo-adipeuse, en apparence commune, démontre bien qu'il s’agit de deux franges distinctes, qu'on voit libres du reste aux deux extrémités de la coupe, et qui se sont soudées à la partie moyenne).

Nous rapprocherons de nos deux observations, celle de Peyrot et Milian (obs. L.). On trouva, dans l’épiploon, des kystes « mous, flasques, renfermant des vésicules filles flétries, vidées, plongées dans une sorte de boue grise formée d'une matière .&élatiniforme dans laquelle le microscope montre une grande quantité de cristaux de cholestérine ; certains petits kystes sont jaunes, durs, crétacés et morts certainement ». M. Milan a eu l'extrème amabilité de nous soumettre les coupes histologiques qu'il a faites de quelques-unes de ces granulations et de ces kystes dégénérés : nous y avons retrouvé une constitution absolument identique à celle qu'offraient ceux de nos observations (enveloppe périkystique épaissie, cuticule affaissée et plissée, absence de membrane germinale, substance amorphe, grenue, remplissant plus où moins complètement la néoplasie).

Nous avons retrouvé signalé dans quelques observations d'échinococcose du péritoine, un aspect macroscopique des kystes répondant sans doute à des lésions analogues. Wunderlich (172) note dans son observation qu’on trouvait disséminées entre les lames du mésentère, dans sa partie inférieure, ‘une demi-centaine de tumeurs échinococciques qui pour la plupart

Pr DES

étaient desséchées et d’un blanc bleuâtre : leurs dimensionsallaient de la grosseur d'une graine de pavot à celle d’un pois et d'un haricot, dont quelques-unes avaient la forme ».

Doléris (88) dit que dans son cas l'épiploon était AR de tumeurs de la grosseur d’un pois et contenant « des matières graisseuses »; l'examen microscopique fut nécessaire pour reconnaître leur nature hydatique.

Dupré et Devaux (observation XLIV) signalent que les kystes de l’épiploon et du mésentère qu'ils ont observés « sont pour la plupart infiltrés de masses calcaires qui rendent leur section . difficile ; quelques-uns sont complètement crétacés ».

Comment interpréter cette dégénérescence des kystes secondaires ? Faut-il invoquer un défaut de vitalité des germes ? Après un commencement d'évolution, les kystes se seraient arrêtés dans leur développement et seraient entrés en involution ? On pourrait faire remarquer en faveur de cette hypothèse que ces kystes étaient restés pour la plupart stériles : sur plus de 8o kystes examinés dans nos deux observations, trois ou quatre seulement contenaient dans leur cavité, plongés dans la substance caséeuse, des crochets témoignant qu'ils avaient été fertiles à un moment donné.

Cette stérilité est une particularité qui a été souvent notée dans les kystes du péritoine. Charcot et Davaine, qui l'avaient signalée dans leur observation(16), l'expliquaient par un défaut de vascularisation des kystes, et ils pensaient qu'elle était uniquement le fait des kystes pédiculés. — Mais on a noté depuis, dans nombre d'observations, que des kystes sous-péritonéaux sessiles et parfaitement vascularisés restaient également stériles : et d'autre part HELM (102) a trouvé des kystes fertiles bien que complètement pédiculés. — N'y aurait-il pas entre ces kystes stériles et fertiles une différence d'origine? Ne peut-on pas supposer que les kystes nés des vésicules filles deviennent généralement fertiles, tandis que les kystes nés des scolex resteraient habituellement stériles ? (Nous savons par une expérience de von Alexinsky, qu'ils peuvent, eux aussi, devenir fertiles dans certains cas).

On peut se demander d'autre part si dans ces cas il ne se formerait pas dans l'organisme un « anticorps » arrêtant les

Do

kystes dans leur évolution, s'ilne se ferait pas en un mot une vaccination naturelle de l'organisme. Cette hypothèse, si elle se vérifiait, ne permettrait-elle pas d’entrevoir la possibilité d’une «sérothérapie anti-échinococcique » ?

Quoi qu'il en soit, il semble résulter de ces faits que le pronostic de l’échinococcose secondaire, même dans sa forme confluente, n'est peut-être pas aussi fatal que les auteurs l'ont admis jusqu'ici. Vegas et Cranwell (173) n'écrivaient-ils pas encore dernièrement en parlant de l’hydalosis péritonéal : « Cette forme est en dehors des ressources de notre art et les malades sont condamnés à mourir dans un délai plus ou moins bref » ? Nous pensons que c'est là une opinion trop pessimiste : il n'est pas impossible que cette lésion ne puisse quelquefois, et au moins partiellement, rétrocéder par le processus de guérison spontanée que nous venons de signaler; en tous cas la survie peut être très longue. Nous dirions volontiers que dans ces cas le danger est surtout au bassin.

Page 1