‹ De l'échomatismeChapitre 1 sur 14 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il y a deux ans nous eûmes l’occasion d’observer une malade bien connue à l’Hôtel-Dieu sous le nom de « femme-serpent » et chez laquelle le diagnostic de chorée hystérique avait été porté.

Surprise dans les champs par un énorme serpent qui se dressa tout à coup devant elle, la malade, terrifiée, tomba sans connaissance. Au bout de quelques minutes elle put se relever et regagner son domicile.

Le lendemain et les jours suivants l’image visuelle du serpent ne cessa d’être présente à son esprit, de l’obséder; elle percevait même sur la nuque le frottement des écailles du reptile,.elle entendait des sifflements... Enfin, au bout d’un mois, elle se mit à exécuter avec le tronc des mouvements de reptation, .sa tête se renversait en arrière, sa langue était ' projetée hors de sa

bouohe grande ouverte. C’était une véritable « métamorphose » ; elle était bien devenue (( temme-serpent ».

Telle est, en quelques mots, l’histoire de cette affection bizarre qui nous intéressa vivement et au sujet de laquelle nous entreprîmes des recherches bibliographiques. Notre but était non pas tant de rechercher des observations analogues que de trouver la clef de tels phénomènes, que de chercher à élucider, si c était possible, la patho génie d’un syndrome qui semble défier toute interprétation physiologique.

De nos premières lectures résulta pour nous la conviction qu’il serait possible de donner de notre cas une explication rationnelle et 'peut-être originale. Nous nous décidâmes alors à en faire le sujet de notre Thèse inaugurale.

Mais, en approfondissant nos recherches, notre illusion d’originalité ne tarda pas à se dissiper. Les réflexions que nous avait suggérées notre observation, nous les trouvions écrites à chaque instant et dans des ouvrages émanant, d’auteurs déjà anciens.

Bref, le découragement commençait à nous gagner quand nous comprîmes que c’était folie de notre part que de prétendre à l’originalité.

Les données du problème étaient éparses : notre but, désormais plus modeste, fut de les réunir en quelques pages. Et ces données, qui peuvent éclairer non seulement notre cas,mais les cas analogues, nous les avons puisées pour une part dans la Physiologie, pour l’autre part dans la Psychologie.

On nous pardonnera cette incursion dans le domaine de

la Psychologie. Le problème, que nous avons entrepris de résoudre, comporte un côté psychologique que nous ne pouvions négliger, sous peine de nous arrêter au seuil même de nos recherches. '

Du reste, nous n’avons pas la prétention, nous le répétons, d’exposer des idées personnelles. Toute notre ambition sera satisfaite si nous parvenons à être le fidèle interprète des auteurs dans lesquels nous avons puisé les éléments de notre travail. Et ces auteurs, comme on s’en convaincra bien vite, ne sont autres, pour la plupart, que les noms les plus en vue de la médecine. Nous écarterons systématiquement tout ce qui touche à la métaphysique que nous avons en médiocre estime ; nous nous appuierons exclusivement sur les recherches faites par des naturalistes ou avec la méthode rigoureuse de ceux-ci.

Pendant les trois dernières années de notre internat, nous avons trouvé auprès de notre maître, M. le professeur Teissier, encouragements, conseils éclairés, affectueuse sollicitude. Tout en affirmant que notre dette envers cet excellent maître est dé celles dont on ne s’acquitte pas, nous sommes heureux de lui adresser ici un témoignage public de notre reconnaissance.

DE

L’ÉCHOMATISME

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