OBSERVATION IV
— ÉCHOKINÉSIE —
Magnan (Progrès médical, 1886 ).
Débilité mentale. — Mouvements irrésistibles. — Impulsions
à imiter les mouvements. — Onanisme. — Frigidité. —
Délire ambitieux.
P., Alfred, âgé de vingt et un ans, est un enfant naturel. Sa mère est morte lorsqu’il était encore tout jeune ; ses grands parents maternels l’ont élevé. Pas de graves maladies dans son enfance. Pas d’accidents convulsifs. Cependant il est strabique, il blèse un peu par moments, même il bégaye. Sa tête est parfois animée daps son ensemble de mouvements convulsifs.il a reçu une éducation primaire sommaire. Déjà étant tout jeune, il avait des idées baroques, son caractère était bizarre. Faible d’esprit, mal équilibré, il ne pouvait se livrer à un travail suivi. Apprenti imprimeur, il était désordonné dans son métier. A cette époque, il y a quatre ans, il interrompait sa besogne pour exécuter des gestes bizarres. Il remuait le pouce ou le petit doigt de la main gauche, leur faisant exécuter plusieurs fois de suite des mouvements de subluxation... Il tira au sort, fut envoyé dans l’infanterie de marine à Cherbourg. Au bout de quinze jours, on le réforma ; il
revint à Paris chez ses parents. A la maison les mêmes mouvements irrésistibles continuent à s’effectuer ; il fait des grimaces à table et exécute des mouvements avec ses doigts, etc. Il avait retenu du régiment les manœuvres préliminaires de gymnastique, les mouvements rythmés des hras et des jambes. Parfois chez lui il prenait un bâton et le maniait comme à Vécole de soldat. Ou bien encore il se tenait debout comme à Vexercice militaire, tendit lés coudes au corps et exécutait les différents mouvements qu'on lui avait appris à Cherbourg... Ajoutons qu’aucun de ces mouvements n’avait la moindre utilité ; ils étaient accomplis par le malade sans qu’il pût les réprimer un seul instant. Uimpulsion était irrésistible... Depuis quelque temps il se laisse aller à son penchant pour l’ivrognerie ; il boit du vermouth, et de l’absinthe. Il se masturbe le soir en se couchant et le matin au réveil. Un jour, en proie à une excitation génésique intense, il entre dans une maison publique et, malgré les caresses d’une femme qui lui plaît et son ardent désir de cohabitation, il reste totalement frigide. Parfois il a des éjaculations la nuit au milieu de rêves lascifs... Il obéit à des impulsions spéciales : il imite les attitudes de certains malades qui Ventourent et contrefait irrésistiblement leurs gestes. Placé à table à côté d'un hémiplégique droit, il laisse, pendant toute la durée du repas, retomber le bras droit le long de la jambe immobile comme s'il étai^ lui-même paralysé. II sent bien qu’il est ridicule, mais une force irrésistible l’empêche pendant un certain temps de reprendre son attitude normale.
Réflexions. — Ce malade est dans un état de misère psychologique profonde ; d’où cette conduite désordonnée, cette provision de mouvements bizarres et irrésistibles. Il n’est pas une excitation mentale, pour ainsi dire, qui ne: se transforme en mouvement : c’est l’automatisme psychologique dans son épanouissement le plus complet.
A propos de cétte observation, où les désordres de la
motilité sont si complexes, nous nous permettrons de faire observer combien est artificielle l’entité morbide créée par M. Gruinon, sous le nom de maladie des tics conmlsifs et comprenant la triade symptomatique, tics, mots involontaires, idées fixes ^ Ges trois manifestations sont assurément fréquentes et souvent associées. Néanmoins, nous ne considérons la maladie des tics convulsifs que comme une des formes innombrables de la dégénérescence mentale. L’automatisme cérébral peut se manifester dans tous les actes de la vie psychique d’un individu. On passe par une série de transitions de l’individu sans caractère, incapable de spontanéité, à l’aliéné véritable, comme celui qui fait le sujet de cette observation.