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LE SIÈCLE DES CONGKÈS

On a dit que le x.V siècle serait le siècle de l'association. L'évolution est en cours. Le xxe siècle s'affirme déjà comme le siècle des Congrès, formes passagères des groupements qui travaillent à organiser de façon durable la solidarité.

Les Congrès abondent. Il s'en tient partout, à l'étranger comme en France. Arts, sciences, métiers ont leurs réunions. Ce qui était, hier encore, échange occasionnel et rare d'idées devient institution permanente, revenant à dates fixes. Des manières de Parlements stables s'établissent qui succèdent aux parlotes improvisées.

Les Congrès ont leurs statuts, leurs règlements, leur rythme, presque leur rite ! Ils ont, pour chaque spécialité, leurs organisateurs, leurs dirigeants, leurs orateurs, leurs clients, et qui sont fidèles.

Sans doute ils n'échappent pas ;'i la raillerie. On y voit, pour quelques amateurs et profiteurs, le motif et le prétexte de sorties, déambulàtions et excursions agréables. 11 est des congressistes qui « sont

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du voyage » plutôt que du congrès, et qui, l'adhésion donnée, la carte obtenue, n'assistent guère aux séances, visitent sites et monuments.

J'en sais qui sont ainsi, et qui pourtant tirent encore profit du déplacement. Malgré qu'ils en aient, ils voient, s'instruisent, élargissent leur horizon intellectuel, tout en s'offrant d'économiques distractions. Le congressiste... à côté ne perd pas son temps à prendre l'air du dehors, à changer de milieu. Il s'assimile un savoir, empirique certes, mais qui s'impose à son cerveau.

On dit aussi : « Mais les Congrès ne servent de rien. Ils émettent des vœux qui, neuf fois sur dix, demeurent platoniques. Les vœux d'un Congrès reviennent, en obsédant défilé, dans les Congrès suivants, comme figurants de théâtre, comme chevaux de cirque. On n'en tient guère compte et l'acte ne suit pas la parole. »

C'était tout à fait exact hier. Cela l'est moins aujourd'hui. Le retour régulier des congrès, le caractère de stabilité qu'ils revêtent de plus en plus, la persistance pour chacun de la doctrine, la suite énergique des désirs indiquant un ferme vouloir, attirent sur eux l'attention. Ils ne sont plus simples accidents et rencontres aussitôt oubliés que notés. On est bien obligé, dans chaque administration, dans chaque corporation, de voir en eux des manifestations constantes et sérieuses, pensées, voulues et réalisées par dos hommes libres en un Age de liberté. Ils représentent l'opinion de compétences

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et de dévouements qui. après enquête, discussion et vote, disent avec netteté leur avis sur tel problème de la vie littéraire, scientifique, économique, aie. Ils commencent à jouer le rôle auquel ils cuit droit. Ils éclairent presse, public. Parlement.

Force est bien de s'appuyer sur eux, de s'inspirer de leur volonté; surtout quand elle a été exprimée de lâÇOn répétée^ C'est, un pouvoir nouveau qui monte, qui grandit d'année en année, et qui sert patiemment et puissamment la cause du progrès dans tous pays.

Ce n'est pas, en effet, la seule voix de la France qu'ils font entendre, mais la voix du monde civilisé.

Limités d'abord aux intérêts «les penseurs et des travailleurs dans chaque patrie, ils sont devenus, de nationaux, internationaux. Ils rapprochent des hommes de mœurs, de mentalités différentes. L'harmonie professionnelle les amène à dégager de leurs efforts concertés une pensée commune.

Parfois, dans un Congrès, éclate la nouvelle d'une découverte dont la foule humaine bénéficie. C'est dans un congrès que le docteur Roux annonça que le croup était vaincu. C'esl dans un congrès que le bacille de koeh fut révélé. Tout Congrès desavants fixe le point d'arrivée, constate les résultats acquis dans un ordre précis de connaissances, sert de point de départ à des recherches, à des acquisitions nouvelles.

Une bibliothèque pourrait être composée — et nul encore ne l'a constituée — des documents, écrits,

rapports, composés pour des Congrès. Souvent en quelques pages il y a plus de sens, plus d'idées pratiques, qu'en de gros volumes dont le dépôt est exigé dans les collections de l'État.

Il deviendra nécessaire, vu la multitude des Congrès, vu l'importance prise par nombre d'entre eux, qu'un Office soit fondé qui serve de lien entre eux, qui établisse une sorte de Permanence assurant la continuité de leur action dans l'intervalle des tenues, qui soit comme un Conservatoire de leurs « imprimés ». C'est un organe que ne saurait manquer de créer la fonction. Et la France se doit de le donner au monde civilisé.

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