‹ De l'école a la cité, études sur l'éducation populaireChapitre 44 sur 73 · DS MU AN A PARIS · texte numérisé non relu

DS MU AN A PARIS

continuer La lâche commencée, se concerter à nouveau entre ouvriers de la même œuvre. Elle adressa un appel à la Ligue française de l'Enseignement pour qu'en 1908, un deuxième Congrès de l'Éducation populaire fût organisé, et, coite l'ois, à Taris.

La Ligue française de l'Enseignement, Société d'initiative privée, paie aujourd'hui, avec allégresse, la lettre de change tirée sur elle au pays où le crédit est né et où l'on a su lui donner une si pratique et si ingénieuse extension.

Le Congrès de Paris préparé avec quelle précision, quelle patience, quel soin du détail par notre secrétaire général, est la suite, le prolongement du Congr« s de .Milan.

Même pour marquer l'enchaînement qui les unit, les questions posées à Paris sont, à peu de chose prés, la répétition des questions qui ont été débattues à Milan.

Il n'en pouvait être autrement. L'ordre et la marche étaient commandés par la logique des faits et aussi par les circonstances historiques.

Les problèmes que soulève l'Education populaire sont les mêmes dans tous les pays. Comme l'on est allé, partout, au plus pressé, comme on s'est occupé d'abord de l'Ecole, l'on est obligé de se tourner vers la seconde instruction, vers la seconde éducation.

Après avoir consacré : temps, sacrifices, dévouement à l'enfance, c'est vers l'adolescence qu'on se

170 de l'école aux congrès

penche, c'est elle qu'on entoure d'une sollicitude inquiète.

« Dans toutes les nations civilisées, et chez celles qui, au nord et à l'est, ont pris quelque avance sur leurs émules, et chez celles, qui, au sud, depuis quelques années seulement, se mettent en marche, l'action qui apparaît nécessaire a trait à la jeunesse ouvrière et rurale, de l'école... au régiment, ou bien de l'école... au ménage.

Quelles que soient les latitudes et les mœurs, toutes les nations, monarchies et républiques, sont entraînées par la poussée de l'opinion publique qui est mondiale, sont obligées de mener le bon combat contre l'ignorance et contre les ténèbres intellectuelles, toutes mettent à la base d'institutions disparates la culture de l'esprit, la formation professionnelle et sociale des générations ascendantes. C'est le support de l'édifice, c'en est la « force et la joie et le pilier d'airain », comme disait le poète.

Sans doute les théories s'aheurtent, diverses comme les traditions et les coutumes, les systèmes se combattent, différents comme les caractères des peuples.

Liberté, obligation ont leurs partisans et qui n'admettent pas de compromission. Étatistes et Solidaristes préconisent des méthodes antithétiques mais, tenants des libres collectivités ou bien de l'enseignement officiel et imposé, tous sont mus par le même sentiment, tous se réclament d'un môme idéal, tous sentent quels sont leurs devoirs et leurs

DE MILAN \ l'VIU< ITI

Responsabilités iris-à-vis «les (billes sur qui pèse l'ignorance née de la misèîè.

VA c'est l'honneur de notre tempe, qu'à l'appel, au désir impérieux d'instruction qui se manifeste

parmi le peuple, On ait répondu dans tous les pays, par plus de dévouement, par un don plus complet de soi. Ces! partout même élan de générosité intellectuelle et morale, même offre du savoir à même demande du savoir libérateur. C'est partout une Foi nouvelle qui monte, rapprochant les intelligences et les cœurs dans cette patrie universelle qu'est l'École et dent le culte n'exclut pas l'amour de la patrie oii l'on est né et à qui l'on doit une spéciale affection.

Aussi ne faut-il pas s'étonner que, favorisé et comme porté par ces sentiments, le Congrès international de l'Éducation populaire, placé sous la présidence d'honneur du Président de la République française et patronné par un Comité, où figurent tous les ministres, èl les plus hautes personnalités de l'État, ait provoqué de si nombreuses adhésions.

Plus de cinq mille amis de l'Ecole se sont fait inscrire. Douze nations sont représentées.

La famille de ceux qui. dans et par l'Ecole, Veulent collaborer au progrès général, est au complet.

Le cadre, Messieurs, est vaste où est appelée à se mouvoir votre activité.

C'est l'ensemble des questions se rattachant à l'instruction et à l'éducation de l'adolescence que

vous avez à passer en revue : Sociétés d'instruction et Universités populaires, Conférences, Lectures et Bibliothèques, Mutualité scolaire, Enseignement ménager, Enseignement professionnel, échange international des enfants, colonies scolaires de peuple à peuple.

A l'encontre de la tradition qui s'est établie dans les Congrès annuels de la Ligue, et sur la demande même des Congressistes qui veulent suivre les discussions dans leur intégralité, les séances de Commission ont été supprimées et c'est en séance plénière que les débats se dérouleront et pourront ainsi prendre toute leur ampleur.

Huit rapports qui seront distribués résument avec une rigoureuse exactitude les 60 documents, mémoires et relations envoyés au titre individuel, ou bien au nom de groupements, et où les tendances de la pédagogie contemporaine, les essais qu'elle tente, les obstacles qu'elle rencontre, les résultats qu'elle obtient par ses innovations, sont signalés de toutes parts par d'éminents spécialistes.

La rédaction de ces Résumés analytiques a coûté, pendant la période des vacances, efforts et labeur à celui qui a assumé la charge de traduire les travaux écrits en tant de langues diverses et qui a gagné cette gageure et détruit ce paradoxe... d'être Français et polyglotte. Elle a coûté temps et travail aux éducateurs et aux éducatriecs qui ont su, en perfection, condenser en quelques pages la pensée française et étrangère.

DE MILAN A PARIS I l'A

C'est, une enquête écrite qui sert de préface à l'enquête orale que doil fournir le Congrès.

Cette enquête, Messieurs, nous la souhaitons large et approfondie. Sans doute, il sera malaisé, pour ne pas dire impossible, de dégager des solutions, de trouver des formules pouvant s'appliquer à chaque nation. Mais certaines tendances générales se préciseraient ei permettraient de passer de la théorie à la pratique dans la majorité des pays. lu plan, un programme d'action, surtout une orientation commune peuvent sortir de votre collaboration. Le Congrès de Paris, Congrès de documentation et de résultats, peut et doit être un Cons de propagande, de vulgarisation, grâce à un échange d'idéesqui, parmi nos hôtes et parmi nous, provoquera une durable émulation.

N'hésitez pas, vous, Messieurs, qui nous apportez l'air du dehors, à nous dire ce que nous désirons apprendre de vous. Enseignez-nous, délégués de la Suisse, quels moyens précis a employés la République helvétique pour rayer de sa carte la noire et honteuse tache de l'analphabétisme. Initiez-nous au mécanisme de vos écoles ménagères. Délégués de la Belgique, montrez-nous comment vous savez adapter aux conditions économiques de chaque province la nette et pratique devise qui dominait votre Exposition scolaire à Liège : « l'École pour la vie ». Délégués de l'Italie, où se manifeste, à l'heure actuelle, un si magnifique éveil de l'idée, introduiseznous dans vos Universités populaires qui ont su

vraiment rapprocher le travailleur intellectuel du travailleur manuel.

Délégués de l'Allemagne, de l'Autriche-Hongrie, qui avez reçu, avec une si cordiale hospitalité, nos missions d'étude, exposez les résultats que vous avez obtenus dans cette pressante question de lapprentissage où vous avez su unir : disciples, patrons, municipalités, Etats dans une entente féconde.

Délégués de l'Angleterre, dites-nous, comment chez un peuple libre, l'ouvrier, l'outil posé à l'atelier, comprend que le plus urgent de ses intérêts corporatifs est de s'instruire, de s'asseoir au pied de la chaire qu'occupent des professeurs rémunérés à ses frais, comment chaque grande École, chaque Faculté savante se double de Lectures, Conférences, Cours généraux et techniques ouverts à une clientèle d'Etudiants populaires que haussent, vers le progrès et la lumière, fraternellement, les Étudiants universitaires. -

C'est l'enseignement que nous réclamons, que nous attendons de vous.

Et nous. Mesdames et Messieurs, nous essayerons, en échange, de vous faire passer en revue, rapidement, quelques-unes des Œuvres et institutions par quoi s'est affirmée l'éducation sociale en France.

Nous ne pourrons, comme à Milan, étaler devant vos regards une « Mostra Didattica », une Exposition scolaire insérée dans une Exposition univer-

Ue, Mais des visites à des Kcoles, Cours, Associations, Patronages, Mutualités, vous permettront

DB Mil . \N \ PARIS 17. >

d'étudier dos type? d'organisation originale où la solidarité se traduit en actes. Vous y ferez eonnaiseavec un Tari- qui n'est pas celui des fêtes et drs plaisirs, dos mondanités élégantes, qui n'est pas celui des exhibitions et dos publications malsaines contre lesquelles proteste la conscience nationale, mais que l'exportation l'ait bruyamment connaître à l'étranger.

Vous y verrez le Paris de la bonté et, de la fraternité enfantine. Vous prendrez contact avec le Paris du travail soolaire où. on belle santé morale, s'élabore l'avenir d'un peuple réfléchi, économe, riche de vertus domestiques, attaché à ses devoirs et à sa patrie. Et je suis bien sûr qu'après avoir vu ses tilles et ses lils ardents à l'ouvrage, faisant gaiement leur tâche sérieuse, pratiquant, dès l'enfance, l'cntr'aide matérielle et morale, vous en emporterez l'amour au cœur et que vous le défendrez contre les calomnies intéressées de ses détracteurs.

C'est, Mesdames et Messieurs, dans cette pensée de collaboration fraternelle que vous allez commencer vos travaux.

Mais dès l'ouverture du Congrès, votre rapporteur général a le devoir de vous informer que vous êtes saisis dune motion préjudicielle, d'un voeu de principe tendant à assurer un lendemain à ce Congrès du lendemain de l'École.

Les délégués italiens ont déposé au nom du Mité d'Organisation du premier Congrès international des Œuvres d'Education populaire, et sous la

signature du secrétaire général, M. Angelo Merlini, un rapport qui vous sera lu et qui sera discuté à la séance plénière de samedi matin et dont voici la conclusion :

Le Congrès, « Affirmant à nouveau l'utilité d'assises internationales où se discutent toutes les questions relatives à l'Education populaire;

« Proclamant également l'avantage qu'il y a pour les œuvres d'Education populaire (Institutions annexes de l'Ecole primaire, Bibliothèques populaires, Universités populaires et Cours pour la Culture du Peuple, Ecoles professionnelles) à maintenir en constante coordination leur activité ;

« Reconnaissant la nécessité d'une action continue et d'ensemble en vue d'établir et rendre permanente cette coordination, et parmi la diversité des œuvres, et parmi celle des nations;

« Décide la constitution d'une Fédération internationale des Œuvres d'Éducation populaire. »

La Fédération sera, au vrai, un Office, un Bureau d'informations documentaires.

Messieurs, vos travaux vont s'ouvrir. La Ligue de l'Enseignement leur souhaite plein succès. Elle sait l'esprit de concorde et d'union, l'unité d'inspiration et de discipline sociale qui vous animent. Dans cette Sorbonne, où l'Ecole primaire et l'École populaire, où le savoir vulgarisé sont traités à l'égal des Universités dédiées aux Etudes supérieures, à l'égal de la science inventrice à qui demain l'éloquence, en célébrant en votre nom, la gloire universelle de Ber-

Page 1