LK CONGRES NATIONAL DBS PETIT
Quiconque s'intéresse au mouvenlent social comprenait l'importance qu'avaient ces assises de l'adolescence ouvrière el rural.', encadrée par institutrices ei instituteurs, ses guides et ses conseillers. Ce c'étaient pas «les théoriciens, ce n'étaient pas des éducateurs professionnels ou volontaires qui venaient, seuls, disserter et disputer des problèmes que soulève l'instruction. C'étaient les intéressés eux-mêmes qui, par l'entremise de leurs délégués, allaient donner leur avis sur des questions leur tenant à cœur, dire ce qu'eux, les humbles et les faibles, eux qui peinent sur l'outil ou sur la glèbe, comprennent et sentent nécessaire pour compléter leur savoir à la fois général et pratique, pour s'initier à leurs divers métiers, pour faire utilement leur apprentissage d'ouvriers et aussi de citoyens.
Comment discuteraient-ils ?Délibércraient-ils sans trop de fougue ? Sauraient-ils se soumettre, dans les Commissions, à une discipline, à une règle dont on ne peut se passer quand il v a nombreux concours de personnes? Sauraient-ils trouver les solutions justes, se garder de la déclamation, des longs discours?
Ils ont prouvé d'exemple que dans leurs Comités et Commissions de villes el de villages, ils avaient appris à discuter avec méthode, à présenter avec justesse leurs idées, à soutenir leurs opinions avec fermeté certes, mais avec courtoisie, et surtout qu'ils savaient aboutir, en se faisant de mutuelles concessions.
On a été frappé de voir quel esprit d'entente régnait entre eux, et aussi de quelle estime, de quelle déférente affection ils entouraient leurs maîtres de la veille. L'accord était vraiment curieux et touchant entre instituteurs et anciens élèves, ceux-ci voulant soulager les éducateurs dans leur tâche, assumer le travail dans les Petites A, ceux-là revendiquant, malgré le labeur scolaire, leur part de collaboration.
Même on se rendait compte qu'il y avait comme une émulation entre les deux éléments dont se composait l'assemblée et aussi que le sentiment que tous, maîtres et disciples, avaient de contribuer par le « lendemain de l'École » à la défense de l'École même, attaquée par ses adversaires, mettait un lien entre eux, leur imposait un effort consenti en commun.
2. 000 délégués représentant 1.100 petites A — et 1.500 auditeurs — ont suivi les travaux avec une attention passionnée et soutenue.
Il en était venu de tous les points de la France et aussi d'Algérie. C'étaient tantôt de fortes délégations envoyées par des Fédérations comme celles de Lyon, de Saint-Étienne, d'Amiens, qui sont riches et puissantes, tantôt de petits groupements villageois qui avaient pu gagner le Havre, après que, pendant de longs mois, la Caisse de leur modeste Société avait économisé les frais de route, de séjour et du frugal repas au Lycée, sur les cotisations des associés désireux d'affirmer au Congrès national
i E i ONGRÈS \ \ 1 1"\ vi. DES il.n rES \. \>~ I
l'existence de leur Petite A. El tous, citadins cl ruraux, étaient animés de la même foi sociale, accouraient à l'appel, se ralliaient au drapeau, voulaient jouerleurrôle dans les manifestations d'idées et <lo tendances qui se déroulaienl dans l'ouest normand.
Nombreuses étaient les femmes et les jeunes tilles. Au Havre, on a eu nettement l'impression que le féminisme pratique faisait de sûrs et profonds progrès. .
Deux Commissions — enseignement ménager et - — étaient de véritables petits Congrès féminins. On y a beaucoup et bien travaillé ; et l'on a pu se rendre compte que la femme était résolue à faire entendre sa voix, à donner sa consultation, quand il s'agit d'elle, quand on s'occupe de méthodes scolaires et sociales intéressant son foyer intellectuel et familial.
C'est un fait nouveau à souligner. C'est l'entrée dans la Cité <\<'< mères, dés sœurs, des filles, formées par l'École publique, qui sortent de leur isolement et de leur effacement et qui parlent et agissent avec une souple et ferme énergie.
Le Congrès national des Petites A a été préparé avec une remarquable précision par le Croupe navrais de la Ligue de l'Enseignement qui en avait pris l'initiative.
L'exécution en a été assurée par un comité dont M. René Coty, avocat, était le président, le DrAriste Decorde, le secrétaire général; M. Rots, le trésorier et qui avait un agent général actif et dévoué, M. Gonfreville. Tenue des séances, fêtes, réceptions, facilités pour le séjour : tout avait été réglé dans le détail, et ce n'était pas tâche aisée que de pourvoir au logement d'hôtes qui venaient accompagnés de leurs familles désireuses de voir les escadres du Nord et de la Méditerranée et faisant le voyage avec leurs filles et leurs fils.
Les problèmes à aborder se divisaient en questions générales et en questions féminines. C'était tout un plan d'action qui était proposé à l'étude et à l'examen des Congressistes.