INGRÈS NATIONAL DES PETITES
sortant <l ici, j'en suis convaincu, une certitude plus forte, après que vous aurez vu en quelles sources vives et pures peuvent s'alimenter, grâceaux efforts de leurs anciens, les générations appelées à les réali-
Au moment où M. le Président de la République v.i prendre la parole, boute l'assemblée se lève. .M. Fallières, en présence de cette manifestation à la fois grandiose et spontanée, a peine à contenir s! h émotion.
Il prononce son discours devant, l'assemblée qui I i joute tout entière debout, dans un silence imposant et recueilli, avec une attention respectueuse :
« Je vous dissimulerais la vérité, si je ne vous disais pas que la Municipalité du Havre, en m'invitant à si s fêtes, a particulièrement ^insisté sur l'importance et l'éclat de votre Congrès^ aussi bien que sur la lierté qu'elle éprouvait à l'idée de vous offrir un.- généreuse hospitalité. Je manquerais à la sincérité que je vous dois, si je ne vous donnais pas l'assurance que rien ne pouvait m'être plus agréable que de me rencontrer avec les délégués d'Associations qui couvrent la France entière des mailles tir leurs réseaux, et dont l'œuvre, qui se poursuit avec une patriotique persévérance, s'applique à combler une des lacunes les plus troublantes qui se puisse trouver, entre l'âge où l'enfant sort de nos écoles primaires et celui où il est en état de demander au travail ses moyens d'existence.
a Quelqu'un a dit, vous le savez : « Qui a l'École
« a l'àme de l'enfant, qui a l'âme de l'enfant a l'ave- « nir du pays. »
« Cet avenir, il s'agissait de ne pas le laisser compromettre.
« Voilà pourquoi vous vous êtes levés.
a Voilà pourquoi, sur tous les points du territoire, dans les plus grandes villes comme dans les plus petits hameaux, a passé, grâce à vous, comme un souffle de préservation sociale. Votre zèle s'applique partout, ou bien à consolider ou à développer ce que nos maîtres de l'Enfance se sont efforcés d'apprendre à leurs jeunes élèves des notions élémentaires et pratiques qui sont à la base des connaissances humaines, ou bien à ouvrir, pour la première fois, la porte à un enseignement dont bien des déshérités du sort — quelle tristesse à le confesser ! — n'ont jamais connu les plus simples éléments.
« L'œuvre à .laquelle vous avez, sous des formes diverses, voué vos généreux efforts, est digne de tenter toutes les ambitions et mérite de rallier toutes les sympathies.
« Dans une démocratie comme la nôtre qui se réclame, avec orgueil, des principes de la liberté de conscience et d'examen, des règles inviolables de- la justice et des lois réconfortantes de la solidarité, il faut que chacun soit à même de posséder un minimum de connaissances ou de préceptes puisés aux sources du savoir dont la lumière brille pour tous, et de la morale qui oblige, sans distinction d'étal ou de condition.
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Il ne faut pas, c'est bien ainsi que votre patriotisme l'entend, qu'un soûl enfant, garçon ou fille, entre dans la carrière où il cherchera son gagnepain, sans qu'on lui ait appris ce qui est bien et ce qui est mal. montré la voit1 à suivre ou l'écueil à éviter.
« Les cours d'adultes, les conférences, les lectures qui passionnent si fréquemment de jeunes auditoires avides de voir, d'entendre etde connaître, moyens suffiront-ils à cette tâche? Oui, si ces entreprises se multiplient dans l'avenir, comme elles se sont multipliées dans le passé, et tout fait prévoir qu'il en sera ainsi.
« Quel beau rôle, dans tous les cas, que celui des maîtres et des maîtresses de nos écoles laïques, qui continuent aux œuvres postscolaires ce qu'ils donnent d'infatigable dévouement à l'irréprochable tenue réglementaire de leurs classes!
« Quel beau rôle aussi que celui des braves gens qui, en dehors des cadres de l'enseignement officiel, se font leurs auxiliaires improvisés, volontaires du bien public, qui n'aspirent à d'autres récompenses qu'à la satisfaction que procure le sentiment du devoir accompli !
« Quelle douce jouissance ne doit-on pas éprouver à éclairer des esprits et des consciences menais rester dans une redoutable obscurité, et fatalement destinés par là à devenir, pour le malheur de tous, la proie guettée de l'ignorance, du vice ou de ia misère ?
« A ces jeunes filles, qui suivent et méditent des leçons quelles n'ont reçues ni à l'école ni au foyer de la famille, vous enseignez comment on arrive à la pratique de toutes les vertus domestiques.
« A ces jeunes gens, que vous enrôlez sous les drapeaux de vos Associations, vous faites voir comment on devient des hommes et des citoyens. Vous apprenez à ceux qui ne le savent pas, qu'ils appartiennent à un noble pays, qui mérite qu'on l'aime pour les services qu'il a rendus à l'humanité, qu'on le serve pour l'aider au développement régulier de ses glorieuses destinées et au maintien de la grande place qu'il occupe dans le monde, et à laquelle sont habituées les nations qui l'entourent.
« Combien on se sent porté vers vos Associations pour tout le bien qu'elles font, avec un dévouement et une persévérance que ne rebute aucun obstacle, avec une simplicité qui donne tant de prix à leur véritable apostolat.
« Le Gouvernement de la République a voulu vous apporter le témoignage de sa profonde estime et de sa confiante reconnaissance. 11 le devait.
« Aux paroles éloquentes du ministre de l'Instruction publique, j'ai tenu à ajouter mes cordiales félicitations (il mes fermes encouragements. »
Le discours du Président de la République est accueilli par un indescriptible enthousiasme, et la séance est levée au milieu des cris de : « Vive Fallières! Vive la République ! » poussés par les mil-
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liers de délégués • ■! d'assistants qui se pressent sur Ie^ gradins du Cirque.
La Fête de l'École continue, réglée par M. Poitrinal. inspecteur primaire. C'est, pour terminer la journée, le défilé des -Mutualistes scolaires, — 6.000 d'entre eux sur 10.000 que compte la circonscription du Havre, — qui forme un charmant et délicieux épilogue à la manifestation de la Jeunesse populaire prolongée par la théorie et les chants de la Jeunesse scolaire.
Autour du Terre-Plein, face à la mer, entre le quai grouillant de monde et les verdoyantes hauteurs de Sainte-Adresse, sont rangés les petits mutualistes, garçons et tilles, chaque Lcole avec son drapeau portant le chiffre du canton.
Au centre de l'immense quadrilatère formé par ces milliers d'Écolières et d'Écoliers, sont massés d'autres enfants qui, soutenus par la musique militaire, chantent l'Hymne de la République, l'Apothéose de Maurice Bouc hor, et la Chanson française, pendant qu'au pas, en bel ordre, devant le Président de la République, passe, saluant du drapeau, la petite armée de la prévoyance et de Tenir' aide fraternelle. La marche qui se déroule dans les rayons du soleil, la marche de l'enfance vers l'avenir, excite, par son entraînante précision, sa fougue disciplinée, une émotion profonde et joyeuse parmi
l'assistance qui emporte, gravée au cœur, une impression de réconfort et d'espérance.
D'autres fêtes avaient eu lieu, dont le Congrès avait été le prétexte : Visite à l'escadre faite par les délégués des Petites A, dont la plupart n'avaient jamais vu la mer, bal à l'Hôtel de Ville, championnat de tir, fête de natation, etc.
Et maintenant que les échos des « Festivités » se sont tus, que les délégués des Petites A, ont regagné leurs foyers et leurs Écoles, quelle conclusion peuton tirer de ce « Congrès de Jeunesse », quels résultats est-il permis d'en attendre, quelle orientation nouvelle de l'adolescence ouvrière et rurale ?
Quiconque a suivi les travaux du Congrès du Havre, n'a pu s'empêcher de constater combien la Jeunesse populaire donnait la prééminence aux questions sociales sur les questions politiques.
A l'œuvre de leurs pères, qui a été de fonder l'Ecole et la République, « ceux de demain » veulent ajouter leur œuvre propre, qui est de la rendre réformatrice, progressivement, par une action éducative, de lui donner son organisation rationnelle.
Une génération se lève, plus instruite de jour en jour, et d'une façon plus pratique, des « hommes nouveaux » apparaissent qui hâteront l'évolution. 11 faut s'attendre à ce que, groupés dans leurs Associations, appuyés sur les groupements solidaristes qui se fortifient, étendent leur autorité, ils se fassent place au sortir des Cercles et Bureaux postscolaires, dans les Assemblées municipales, et ailleurs aussi.