‹ De l'école a la cité, études sur l'éducation populaireChapitre 63 sur 73 · J.-C. CAVE · texte numérisé non relu

J.-C. CAVE

J.-C. Gavé, mutualiste, éducateur est mort à Paris, le T septembre 1900 dans l'accueillante demeure de la rue du Ranelagh où fréquentaienl les amis des Œuvres sociales.

J.-C. (Jean Cyrille) Cave était né à Paris le 19 mars 1833. Il appartenait à une vieille famille de l'Aisne et il me souvient que lors d'un voyage à Soissons, il me montrait place, rue et champ où, au temps de son enfance, il venait passer les jours de congé.

11 fut élevé dans une de ces pensions où l'on conservait l'amour des idées libérales, à l'institution Massin, et il suivit les classes du lycée Cliarlemagne. 11 m'a souvent conté qu'il avait eu une prédilection pour les sciences, que môme il avait fréquenté le cours de mathématiques spéciales. Son rêve eût été de passer par l'Ecole polytechnique.

Les hasards de la vie aiguillèrent son activité sur une autre voie. Son* père mourut. Il fut obligé

de prendre tout jeune, à la Villette, la succession du commerce paternel. Il exerça le négoce des vins.

Ainsi cet homme qui laissera un nom dans l'histoire de l'éducation sociale, ce quasi-universitaire dont on m'a demandé si souvent après avoir entendu sa parole nette, sobre, si correctement classique : « Où a-t-il enseigné? Dans quel Lycée, dans quelle Faculté a-t-il professé?» n'était pas un professionnel de l'enseignement. Il appartenait à cette élite du commerce qui allie à une forte culture générale le sens des réalités pratiques. Il avait su coudoyer tous les mondes, tout en conservant délicatesse dans le goût, élégance dans l'esprit.

Au début de sa vie, il voyage. Que de fois, quand, avec « le bon compagnon » du tour de France, je parcourais tel pays de vignobles, telle ville industrielle, il me disait : « J'ai passé là, il y a quarante ans. On n'y venait pas, commodément, comme aujourd'hui, en chemin de fer. Ici j'ai circulé en carriole, là, à cheval en faisant mes achats, en visitant ma clientèle. » Il se souvenait, avec une joie reconnaissante de ces tournées annuelles qui avaient étendu son savoir, lui avaient permis de voir musées et monuments, car il était fort épris d'art. Il leur attribuait, et à raison, la connaissance qu'il avait des ressources économiques offertes par le pays, de ses facultés d'épargne, d'entr'aide fraternelle qu'il s'agissait de stimuler et démettre en œuvre.

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Fixé île façon sédentaire à Paris, il remplit deux fonctions qui ont exercé une influence décisive sur

sa destinée.

Il fut élu présidenl de la Société de secours mutuels et de retraite du XIX" arrondissement. 11 fut nommé juge au tribunal de commerce de la Seine, puis Président de Section et le demeura dix ans, se livrant a un labeur acharné, s'initiantau détail du contentieux dans les affaires si souvent enchevêtrées qu'il rapportait avec une science qui se doublait de conscience, avec le désir passionné d'être juste et d'être humain.

Juge, il échappait déjà à l'individualisme, à isme du bonheur satisfait. Président d'une société de secours mutuels, il fut mis en contact avec la misère humaine, il en reçut le coup au cœur, et les sentiments de générosité, de pitié qui étaient au profond de son être purent émerger et s'épanouir largement.

J.-C. Cave fut un président qui sut vraiment présider. 11 De se contente pas de siéger au fauteuil, d accepter, aux jours de réunion, l'hommage d'un titre pompeux et llalleur. Il travaille, ilétudie à fond les rouages de l'institution solidariste dont la gestion lui est confiée et qui, à la Villette, est constituée entre ouvriers et offre un pratique terrain d'expérience.

Il devient un technicien consommé, au courant de toutes les subtilités juridiques. Il acquiert même une compétence si spéciale que de tous côtés on

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s'adresse à lui et que, pendant cinquante ans, il doit faire face à une correspondance écrasante. Chacune de ses lettres fait autorité en la matière et les mutualistes invoquent son opinion comme la loi vivante.

Dans cette manière de magistère qu'il exerce dans le monde mutualiste, J.-C. Cave se rend compte, à l'user, que la plupart des sociétés de secours mutuels, outillées surtout pour la lutte contre la maladie, sont désarmées pour l'établissement des retraites. Il m'a répété souvent:

« Si j'ai songé en 1881, à la Mutualité scolaire, c'est qu'à ma société d'adultes du XIXe, mes coassociés versent dix-huit francs par an, et, quand le médecin et le pharmacien ont présenté leur note, on obtient en tout, à 65 ans, cinquante francs de pension. »

Son idée, son invention sociale fut d'une simplicité ingénieuse. Ce que l'adulte ne pouvait acquérir, faute de temps, l'enfant, grâce à l'avance des premières années, devait logiquement le conquérir.

Ce fut la nouveauté de l'œuvre, — et ce qui constitua aussi son originalité, c-'est que l'habile combinaison, d'un balancement si subtilement exact, d'un équilibre si savant, entre les cinq centimes de l'épargne et les cinq centimes de la fraternité enfantine, apparaissait surtout comme une leçon de morale vivante donnée aux écolières et aux écoliers par ce négociant, par ce juge, par cet actuaire

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