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LA MUTUALITÉ SCOLAIRE

improvisé, se réclamant de l'école sentimentale et qui se révélait éducateur sans le savoir.

Ce que sont ces groupements solidaristcs d'enfants, quels services ils rendent, on ne saurait trop le rappeler.

Chaque écolière, chaque écolier apportent dix centimes, le lundi matin, à l'institutrice à l'instituteur. De ces dix centimes, deux parts sont faites.

D'un côté le sou de la prévoyance de l'économie personnelle, qui est placé sur le livret individuel du sociétaire et à la Caisse nationale des retraites, rapporte 3 1/2 p. 100 d'intérêts.

D'un autre côté, le sou de la bonté de l'entr'aide sociale, qui sert à payer aux camarades atteints dans leur santé, cinquante centimes par journée de maladie, pendant les deux premiers mois.

Or, en moyenne, le sou de la fraternité agissante n'est dépensé qu'à demi. La maladie ne retient, pour son compte, que deux centimes et demi par semaine.

Que faire des deux centimes et demi, du demisou de « boni », qui restent ?

M. J.-C. Cave — et c'est là l'originalité de son invention sociale — eut l'idée d'ajouter le reliquat pour grossir la pension de retraite, au livret de l'enfant.

Or, un demi-sou par semaine représente, au bout de l'année, \ fr. 30 »

Ed. Petit. 15

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Et ce l fr. 30 est productif d'intérêts que l'État accorde avec une prévoyante largesse aux prévoyants, car tout ce qui est accordé à l'épargne collective diminue les sacrifices imposés par l'Assistance. D'après la loi du 1er avril 1898 sur les Sociétés de retraite et de secours mutuels, sur ce 1 fr. 30 se greffe une capitation d'un franc, un quart de la somme versée : soit trente centimes et le 3 1/2 p. 100 légal.

Au vrai, l'enfant mutualiste a, par un joli geste cordial et humain, secouru aux jours d'épreuve son coassocié, il a reçu une admirable leçon de morale pratique par l'exemple et par l'acte, et s'il a réalisé une opération financière, il a opéré un placement de « tout premier ordre, » de futur père de famille. Sa bonne action ne lui coûte rien. Le 1 fr. 30 qu'il a dépensé se retrouve tout entier, Les dix centimes de sa cotisation de sa « Semaine mutualiste » sont totalement reconstitués.

De plus, comme il commence tôt à épargner pour sa retraite, l'avance prise aux années d'enfance lui assure une pension qui, s'il a débuté à trois ans, dès l'école maternelle, lui procure 120 francs de rente pour la 6oe année.

C'est l'ingéniosité, très simple et très savante à la lois, de la combinaison à la fois économique et morale imaginée par J.-C. Gavé qui en explique l'étonnant succès.

La Société-Mère du XIXe arrondissement de Paris, quia servi de type aux 3.000 sociétés existantes, n'a

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pas moins de 500 000 francs mis de côté, par pièces de dix centimes.

I es départements où la Mutualité scolaire a le plus pénétré son! : Ardennes: 8.599 filles, 10.71 (S gar- - : Gironde : 7.093 filles, 9.802 garçons ; Landes : 7.063 filles, 9.562 -arçons; Nord : 14.962 filles, 27.127 garçons ; Oise : 10. .vil filles, 12.047 garçons; Pas-de-Calais : 12.776 filles, 1 9.646 garçons ; Seine- Inférieure : 14.514 filles, 18.419 garçons ; Somme : 10.705 filles, 13.228 garçons; Yonne : 7.030 filles, 8.180 garçons.

La Mutualité scolaire dans Paris et la Seine alleinl l'effectif de 86.979 adhérents, dont 39.040 filles, i7.îK-}9 garçons.

La Mutualité scolaire permet à l'enfance populaire d'économiser 4 millions et demi par an, de répartir un million entre écolières et écoliers, au titre de : journées de maladie.

La Mutualité scolaire a fondé une inion nationale qui établit un lien solide entre les groupements. Elle a été introduite en Italie, en Belgique, en Suisse et elle répand au loin la pratique de l'éducation sociale et de la solidarité.

En 1895, la Ligue française de l'Enseignement a célébré à Paris et dans trente mille communes de France le 2;je anniversaire de la fondation des « Petits Cave », et ces noces d'argent permirent aux collaborateurs de J.-C. Cave de lui rendre un hommage qui ont le caractère d'une manifestation nationale.

En 1910, plus de 900.000 pupilles sont inscrits sur les registres de la Mutualité scolaire.

Demain ils seront un million et peut-être, grâce au jouet instructif qu'ils manient dès l'enfance, fourniront-ils une des solutions les plus pratiques et les plus économiques au complexe et troublant problème des retraites nationales.

Sans doute si l'œuvre a prospéré, c'est que les calculs avaient été bien faits, que l'innovation venait à son heure et coïncidait avec le mouvement de solidarité qui commençait à se dessiner dans le pays, sous l'impulsion de M. Léon Bourgeois, c'est que l'école publique élargissait ses cadres, se laissait gagner aux idées d'association organisée ets'étayait d'annexés sociales fortifiant son influence et l'étendant.

Mais la raison des progrès réalisés par les sociétés scolaires tient aussi et surtout à des causes non financières, non économiques, non extérieures, mais morales et intimes.

Les Petites Cave ont grandi parce que leur fondateur a possédé un ensemble de qualités personnelles qui ont déterminé la victoire. Et une leçon se dégage pour tous, de cette étonnante et rapide expansion due au caractère de l'homme qui a eu le bonheur de voir son rêve réalisé, dès son vivant, parce que, ce bonheur, il le méritait.

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D'autres novateurs peuvent être plus éloquents, plus brillants, avoir plus d'envergure que Cave. Mais il avait un don de aature qui, à l'heure actuelle, semble aller se perdant dans la mêlée dos intérêts qui se heurtent : l'amabilité. Non point une amabilité banale et à ûeur de peau qui est une forme de dilettantisme sceptique et qui promène compliments et louanges indifféremment sur tout et sur tous, mais une politesse prévenante qui émanait spontanément de la bonté et qui était affable et séduisante, sincère ei -aire, inspirant confiance, montrant à nu le cœur, allant au cœur d autrui.

Vous connaissez sans doute ce joli mot de Talleyrand ? Un jour qu'il était consulté sur l'avenir d'un lils par un de ses amis, lui demandant de donner un conseil sur l'art de parvenir au jeune homme qui cherchait sa voie, il répondit avec un lin sourire, en s'adressant au débutant : « Soyez aimable ».

Cave fut aimable, mais sans arrière-pensée diplomatique, sans désir d'arriver à ses fins, — ce qui est souvent le plus sûr moyen d'y atteindre, — avec une absolue franchise dans les manières, dans le langage qui, d'emblée, conquit sympathies et adhésions à son système. Il le fut de façon aussi charmante, aussi bienveillante, et aussi fine, aussi enjouée et amusée que Jean Macé à qui l'unissait une vieille affection.

Il avait une autre qualité, et au suprême degré : la p'rsévérance. Même, quand nous avions éprouvé ensemble quelque déboire, au cours de ces voyages

de propagande qui nous ont conduits aux quatre coins du pays, même quand nous avions essuyé un refus et qu'on avait méconnu nos intentions, jamais je ne l'ai vu découragé.

Il avait une patience réfléchie, douce et souple, qui, à la longue, désarmait les résistances.

Vingt fois il recommençait une démonstration, corrigeant une erreur, réfutant un argument, sans donner jamais le moindre signe de lassitude.

Au début de la campagne de propagande que nous avions entreprise en commun en 1895, et qu'il commençait à plus de soixante ans, il éprouvait, par timidité, quelque embarras à se produire en public. Il voulut apprendre à parler devant des auditoires nombreux. A force d'énergie, il y parvint.

Ajoutez à cela un complet désintéressement, une aversion instinctive pour les honneurs que la poursuite obstinée dont ils sont en général l'objet rendait plus frappante par l'antithèse et la comparaison, une modestie qui faisait reporter sans cesse sur autrui, surtout sur les instituteurs, qui d'ailleurs ne lui ont pas ménagé ni temps ni dévouement, tout le mérite de ses efforts, un désir d'effacement dont les preuves ont été données par lui jusqu'à son dernier souffle, puisqu'il a refusé l'apparat de tout discours, de tout cortège militaire, de tout ce qui eût été faste et orgueilleuse manifestation et eut fait contraste avec l'humilité volontaire de sa vie, et l'on aura une faible idée de ce que fui ce sage qui donna un si bel

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exemple de ferme et souriante philosophie parmi les tortures (l'une longue maladie.

Il consolait, soutenail ses amis el sa famille. Ce républicain de 1848, élevé à l'école «les llippolylc Carnot, des Renouvier, ce parfait exemplaire de l'honnête homme tel qu'il doit être dans une démocratie: — l'homme de pensée et d'action se dévouant à l'intérêt publie, — s'en est allé réconforté par l'idéal de foi sociale qu'il avait réalisé au cours d'une vie déjà longue, trop courte pourtant au gré de ses disciples.

Cave laisse un nom et une oeuvre que ses collaborateurs ont le devoir de continuer. Ils n'ont qu'à suivre la voie tracée, qu'à faire effort progressivement pour qu'à la suite de l'enfance assistée* d'une part : l'enfance pauvre aidée par la collectivité, d'autre part : l'enfance et l'adolescence aisée, appartenant aux lycées et collèges, entrent dans la famille mutualiste constituée par les Sociétés scolaires, par les « Petites Gavé ».

L'idée fait son chemin. Gomme base, comme suite et conséquence de la loi sur les retraites nationales, nombre de mutualistes, de parlementaires ont songé à utiliser la mutualité scolaire.

De libre, elle deviendrait obligatoire. Ainsi le veulent l'évolution, aussi la logique des faits, le progrès même de l'Œuvre.

Déjà neuf cent mille enfants sont inscrits sur ses registres, versant leurs dix centimes hebdomadaires.

Déjà, dans soixante et onze départements (car l'Indre-et-Loire, le 1er janvier 1909, s'est jointe à la Seine), les enfants assistés ont grossi la jeune armée de la prévoyance.

Quatre millions, deux sous par deux sous , son consacrés par les pères et les mères à l'aide mutuelle, à l'économie collective et individuelle. Près d'un million est attribué aux «journées de maladie»; 50 millions, depuis quelques années, ont pris le chemin soit de la Caisse des dépôts et consignations: fonds commun à 4 1/2 p. 100, soit de la Caisse

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nationale dés retraites : livret individuel, 3 1/2 p. 100.

Les cadres sont formés. La propagande a conquis, après quinze ans d'action, à l'heure actuelle, tous les départements sans exception. Il n'y a plus que dix arrondissements à gagner.

Les mœurs ont précédé la loi, qui pourrait être dès demain votée, et qui serait appliquée, avec i assentiment unanime des familles et des éducateurs.

Quelle serait la situation de l'enfant, puis de l'adolescent et de l'adulte, si l'on se décidait à rendre la Mutualité scolaire obligatoire, solution à laquelle s'était rallié le fondateur de l'œuvre, M. J.-C. Cave?

L'obligation de la Mutualité scolaire serait liée à l'obligation scolaire. Même on placerait l'action de la Mutualité scolaire avant l'école.

L'enfant serait saisi dès la naissance, ou, dès trois ans, à l'entrée de l'école maternelle.

Les deux sous, le sou de l'épargne, le sou de la solidarité, combinés, feraient vite boule de neige.

o fr. 20 paran, — c'est le montant de la« semaine» écolière et mutualiste — versés de trois ans à vingt et un ans, et capitalisés jusqu'à l'âge de la retraite, jusqu'à soixante-cinq ans, donnent 120 francs, soit le tiers environ des 3t>0 francs, moyenne de la retraite nationale. L'effort final de l'État pour compléter la rente de vieillesse serait singulièrement réduit.

Et voyez comme la réalisation du plan serait aisée.

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L'inscription à l'école se doublerait, en toute facilité, de l'inscription à la Mutualité ; l'une entraînerait, impliquerait l'autre.

Le père, la mère paieraient pour la « Petite Cave », comme ils font, et chaque jour, pour la cantine scolaire ; impôt accepté sans réclamation comme part de dette sociale.

Grosse objection : mais les enfants pauvres? Seraient-ils exclus de la loi?

Les municipalités paieraient pour eux, — après constatation sérieuse de l'indigence familiale. Même système, mais plus rigoureux, plus strictement contrôlé, que pour l'exonération du versement à la cantine.

Mais il en coûterait cher? Moins qu'on ne pense. Le maire de Nantes, qui est membre du conseil supérieur de la Mutualité, M. Guist'hau, a fait dresser le bilan de ce que représenterait le paiement de la cotisation des enfants pauvres dans la cité qu'il administre (cent vingt-cinq mille habitants). La note à payer serait de 10.000 francs par an pour les élèves des écoles incapables d'effectuer le versement.

Autre objection. Le projet ne nuirait-il pas à l'application de la loi votée parle Parlement.' Ne constituerait-il pas une entrave?

11 en serait, au contraire, l'aide, la préparation et le soutien.

L'École apporterait à la Nation, organisant, d'une part, grâce aux Mutualités d'adultes, d'autre part,

Dl L ECOLE A LA RETRAITE li'^

■ à la loi Yiviani. les retraites ouvrières et paysannes, et contingenl tout recruté, et argent en grande partie trouvé ei amassé.

loi sur 1rs Retraites aurai) pour elle l'avance pécuniaire que donnent les années d'enfance et d'adolescence.

A vingt et un ans. — à quinze ans, si l'on veut, puisque la loi enrégimente l'apprenti de la ferme et de l'atelier à quinze ans, — le mutualiste scolaire et poslscolaire pourra faire son choix.

Ou il versera pour la retraite à une Société de secours mutuels d'adultes — comme il versera pour le service maladie.

Ou il versera à l'Etat — comme il aura fait aux années de son initiation mutualiste obligatoire.

Des deux façons, il s'assurera les soins médicaux et pharmaceutiques, dune part, de l'autre, il accroîtra sa pension de retraite.

Et quand, à cinquante ans environ, il aura atteint le total des 360 francs auxquels il peut prétendre, il cessera de payer une cotisation pour la retraite^ Il se contentera de donner une demi-cotisation, pour avoir droit à l'indemnité de maladie.

Il sera libéré du service retraite. Il se sera acquitté de ce qu'il doit à lui-même, de ce qu'il doit à la collectivité, qui ne peut sans cesse gonfler le budget de l'assistance. Et à cinquante-cinq ans, il pourra, aux termes de la loi, jouir de la pension qu'un « assujetti » ordinaire commençant ses versements à l'atelier n'obtiendra qu'à soixante-cinq!

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Mais, en attendant que les générations ascendantes arrivent à la soixante-cinquième année, que la Mutualité scolaire produise tous les résultats financiers et sociaux qu'on peut attendre d'elle, que faire des aînés, des vétérans du travail, qui n'ont pu bénéficier de l'originale et pratique institution ?

Les abandonnera-t-onàla misère ?Prolongera-t-on leur attente? La changera-t-on en déception et en colères?

Non certes. On donnera souplesse, élasticité, pendant quelques années, à la loi d'assistance aux vieillards, on en abaissera le palier, on élargira le nombre des ayants droit.

Et la période de transition passée, quand la loi pour les enfants et adolescents, et la loi pour les adultes joueront pleinement, quand les promotions des débutants mutualistes auront rejoint les promotions partant de la quinzième année, l'Etat n'aura pas à craindre d'inscrire à son budget 250 ou 300 millions par an.

Grâce aux dix, aux douze années de stage, d'apprentissage, imposé à quatre millions et demi d'écolières et d'écoliers, la charge financière et sociale de la République serait singulièrement allégée. Et une grande réforme populaire serait accomplie.

D'ailleurs, même si la Mutualité scolaire n'est pas rendue obligatoire, il faut la propager, la vulgariser, car son libre développement rendra possible l'application de la retraite, légalement organisée par l'Etat. Elle en est la Préface et le support.

Et déjà les Petites Cave s'acheminent vers leur premier million d'adhérents.

Le chiffre sera bientôt atteint, si l'importance de l'effort réalisé apparaît à tous les collaborateurs de la bienfaisante institution, et s'ils poursuivent énergiquement et avec suite leur travail, qui a la portée d'une entreprise nationale.

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