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LA FORET-RETRAITE

11 y a une question de la Forêt-Retraite, comme une question du Maroc. La Forêt-Retraite, « haute maison des oiseaux bocagers », comme disait le poète ? Non pas. Mais la très prosaïque forêt pensionnant, sur leurs vieux jours, les hommes, ses hôtes, ses protecteurs, ses amis, qui la plantent, qui la soignent, la disputent à l'incendie, à la dent du mouton, à la hache destructive du bûcheron trop promptement avide.

La question de la Forêt-Retraite a été posée par un instituteur du Jura, « en Avignon... le petit », M. Mavet, et par un inspecteur primaire, M. Delseriès, alors à Saint-Claude. Les deux novateurs curent l'idée de fonder une Société scolaire forestière. Écolières, écoliers, aux heures de loisir, plantaient, sur la pente dénudée dîme colline, pins, sapins, mélèzes, épicéas.

D'Avignon... le petit, l'idée a gagné de proche en proche. Plus de deux cents « Forestières » et « Pastorales » ont été établies dans le Jura, le Doubs, en Meurthe-et-Moselle, dans les Vosges, ï'Ardèche, où

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un inspecteur primaire, M. Roux, s'est fait l'apôtre du reboisement.

Sur la coopération enfantine s'est greffée la Mutualité, donnant force et suite à la pratique innovation. La Mutualité scolaire, si souple, si vivante, toute prête à s'adapter aux besoins locaux, à s'ajuster au milieu économique, a pris à son compte l'expérience, qui est, à la fois, agricole et sociale. Elle a vu, dans la reconstitution des forêts, à la fois, une leçon de choses pour l'enfance rurale, un bienfait pour les régions montagneuses et un placement rémunérateur pour les apprentis sylviculteurs, car le semis devient arbuste, puis arbre, et, plus tard, la coupe des bois... mutualistes doit logiquement assurer une rente aux jeunes travailleurs devenus vieux.

L'exemple des bois communaux n'est-il pas probant? Combien de villages ne leur doivent-ils pas et parure et richesse ?

Les Mutuelles sylvicoles ont crû et prospéré. M. le sénateur Audiffred, dans la Loire, les propage d'une façon intensive. Le « fonds commun », en partie, est affecté, dans nombre de groupements, à la location ou à l'achat de plants, de terrains.

Mais la Forêt-Retraite n'a pas que des partisans convaincus comme cet homme d'initiative et de progrès qu'est M. Ballif, président du Touring-Club, comme les tenants de la Société des Amis des arbres : MM. Cachcux, Cardot, Dcscombcs.

On objecte, dans le camp des contradicteurs, que la forêt, la future fortune, le capital en devenir

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dos petits associés, sont guettés par combien d'ennemis : foi> es aveugles de la nature, bêtes et gens aussi, ei que bien des chances sont à courir avant que iu»s arrière-neveux lui doivent, un peu de pain. Proforestiers, antiforestiers mutualistes, disputent, font valoir force arguments pour e1 contre la Forêt- Retraite.

La solution du problème ne serait-elle pas, comme on le propose, dans une combinaison mixte, œuvre adroite et ingénieuse de conciliation financière, qui réconcilierait les contradicteurs, partis en bataille, et qui, au-dessus des débats théoriques, permettrait à la forêt de pousser et de lutter, par l'enfoncement de ses racines contre les eaux dévastatrices.

Le type de Mutualité scolaire forestière qui parait le mieux sauvegarder les intérêts des promotions successives, qui se solidarisent, doit s'employer au reboisement en couvrant les premières dépenses à L'aide du boni social et des « cotisations en argent des membres que leur état de santé ou leur éloigncment momentané du pays natal mettent dans l'impossibilité de fournir un travail effectif ».

C'est la solution élégante et fort équitable qu'introduisent deux habiles « ingénieurs sociaux », MM. Rochelle et Ratton, qui ont étudié, tourné et retourné tous les systèmes proposés. Ils ont établi des statuts modèles pour ces Sociétés qui, surtout parce qu'il s'agit d'enfants dont elles ont la tutelle, veulent des placements de tout repos et vraiment de « père de famille ».

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D'ailleurs, quelque hardiesse... prudente, sans doute, et avisée, quelque part d'inconnu et d'aléa, si restreinte soit-elle, entrent toujours dans toute expérience nouvelle. Qui ne tente rien n'a rien. Le proverbe est d'hier et même d'avant-hier, et il constate une vérité.

La mise au point se trouve à l'user. Ecolières et écoliers, institutrices et instituteurs qui, dans la Terre, voient une bonne et féconde Caisse des dépôts et consignations, et qui y déposent et consignent, avec confiance, petits sous des bas de laine et grands efforts des pioches, sont dans le vrai.

La foret, qui n'absorbera pas tout l'argent des cotisations, qui représentera un minimum de risques, mais qui sera due à la généreuse et réconfortante initiative des enfants et des éducateurs, sera entourée de tant de soins, si jalousement surveillée, si aimée, qu'elle élargira, autour des villages, sa frondaison luxuriante, qu'elle épanouira la beauté radieuse de ses branches, luxe et profit pour « ceux de demain ». Elle porte en elle la sécurité du présent en fixant le sol; de l'avenir en fixant la rente au sol.

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