‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 133 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'âme est nécessaire pour compléter l'homme, qui, sans elle, serait

imparfait.

Souvent, m'éveillant du sommeil du corps pour aller jusqu'à moi, et sortant de tout le reste pour entrer en moi-même^), voyant cette admirable beauté, sentant que je jouis alors de la destinée la plus belle , car je produis alors la vie la meilleure, confondu avec l'élément divin, et m'appuyant fermement sur lui dans cet acte, me plaçant ainsi moi-même au-dessus de tout ce gui est intelligible ; et puis, après ce repos dans le divin, redescendant de l'intelligence au raisonnement, je me demande comment alors je puis ainsi descendre, et comment mon âme a pu un jour entrer ainsi dans mon corps, étant ce qu'elle vient de m'apparaître considérée en ellemême, bien qu'elle soit actuellement dans le corps. Heraclite, qui conseille de faire cette recherche, admet qu'il y a des changements nécessaires des contraires les uns dans les autres :, il admet qu'il y a une route à descendre et une route à monter, et qu'a-

(1) Voir plus haut le rapport, page 103.

près le changement il y a repos. Il est bien pénible de reprendre ces laborieuses investigations : et il n'a guère donné que des commencements d'indication, négligeant de nous éclaircir sa pensée : il faudrait chercher encore après lui comment il s'y est pris dans ses recherches pour atteindre son but. Empédocle, en assurant que ce sont les âmes qui ont péché qui subissent la loi de tomber sur cette terre, et que lui-même, exilé du séjour divin, est venu ici-bas bien sûr d'y trouver cette furieuse discorde, n'a pas levé plus le voile, à mon avis, que ne l'ont fait Pythagore et ses disciples, sur ce sujet et sur tant -d'autres. Du reste, Empédocle pouvait n'être pas clair 5 et la poésie excuse son obscurité. Reste donc le divin Platon qui nous a appris tant de vérités admirables sur l'âme, qui dans ses ouvrages «1 tant de fois parlé du départ de l'âme, que nous pouvons justement espérer de lui quelque éclaircissement. Que nous apprend donc ce philosophe? Nous ne le trouvons pas toujours si bien d'accord avec lui-même qu'on puisse savoir précisément quelle est sa pensée. Mais partout il rabaisse les sens-, il déplore le commerce de l'âme avec le corps : il dit qu'elle esta la chaîne, et que le corps est son tombeau. Il affirme que c'est un grand précepte que celui des mystères qui nous enseigne que l'âme est ici-bas placée en sentinelle. Cette caverne de Platon, cet antre d'Empédocle, c'est, à ce qu'il

IVe KNHEADK. L1V. VIII, CHAP. VIII. 247

me semble, cet univers où l'homme est placé : et quand il dit que l'âme peut sortir de ses liens et de sa caverne, c'est en s'élevant jusqu'à l'intelligible qu'elle le peut. Dans le Phèdre, il assure que si elle tombe ici-bas, c'est qu'elle a perdu ses ailes : certaines périodes régulières la ramènent sur la terre : et elle est soumise à des jugements, à des destinées, à des fortunes, à des nécessités qui l'éprouvent, longs regrets de l'union de l'âme avec le corps. Dans le Timée, partant de cet univers, il loue bien le monde, il dit bien que Dieu est heureux; mais l'âme est donnée par le démiurge à ce monde, pour que ce monde soit intelligent; car il faut bien qu'il le soit, et sans Târne il ne peut pas l'être. Tel est donc le motif qui a fait que Dieu envoya l'âme dans l'univers aussi bien que dans chacun de nous, afin que l'univers fût complet, puisqu'il fallait que les mêmes espèces d'êtres qui sont dans le monde intelligible, se retrouvassent aussi dans le monde sensible.

Page 1