CHAPITRE II
L'âme est active dans la sensation (1).
Mais si cela n'est point ainsi, comment les choses se passent-elles donc? L'âme peut-elle parler de ce qu'elle n'a pas? La puissance consiste, non point à souffrir quelque chose, mais à pouvoir, et à faire ce à quoi l'on est destiné. C'est ainsi, je crois, que l'âme pourrait distinguer et l'objet qui est vu et le son qui
(1) Voir plus haut le rapport, pages 34 et 150.
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est entendu, si l'un et l'autre sont non pas des images, et, à défaut d'images, non pas des impressions passives, mais des actes relativement à l'objet qu'ils concernent. Mais nous, tout en croyant qu'une force quelconque ne peut connaître l'objet qui se rapporte à elle, si elle en est frappée, nous n'en admettons pas moins qu'elle souffre de l'objet qui est proche et non qu'elle le connaisse : et pourtant l'âme a le pouvoir de le dominer, loin d'être dominée par lui. Il en est absolument de même pour l'ouïe. On pourrait dire qu'il y a une image dans l'air qui vient frapper l'oreille comme un coup, et qui ressemblerait à des lettres écrites par celui qui produit les sons de la voix : on pourrait ajouter que le pouvoir et l'essence de l'âme consistent à lire ces images écrites dans l'air, et qui s'approchant d'elle, lui deviennent, en quelque sorte, visibles par leur nature spéciale. Quant au goût et à l'odorat, il y a des impressions pour eux : mais toutes les sensations éprouvées, tous les jugements portés à leur occasion, sont des connaissances de ces impressions fort différentes des impressions elles-mêmes : or la connaissance ne s'applique qa'à des choses intelligibles : elle n'a besoin ni d'impressions ni d'images. Elle vient, en quelque sorte, du dedans et s'épand au dehors : les impressions et les images viennent de l'extérieur, et ce sont les connaissances qui sont surtout des actes, et les plus spéciaux
de tous. Ils viennent de l'âme , ou plutôt ils sont l'âme elle-même agissante. Gomment l'âme se voitelle donc comme deux, comme autre qu'ellemême? Comment l'intelligence est-elle un, et comment les deux se réunissent-ils en un? C'est ce qu'on doit dire ailleurs.
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