‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 135 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La grandeur de l'âme bien comprise doit relever l'homme à ses

propres yeux.

Comment se fait-il que les âmes oublient Dieu, leur père, qu'étant issues du ciel, issues de Dieu, elles le méconnaissent, et se méconnaissent ellesmêmes? Le principe du mal en elles, c'est l'orgueil, c'est la naissance, c'est cette première différence, ce désir de vouloir ne dépendre que d'elles seules. Enivrées de leur indépendance, usant du pouvoir de se donner à elles-mêmes le mouvement, elles accroissent le plus qu'elles peuvent la distance qui les sépare de Dieu 5 elles en arrivent à ne plus savoir qu'elles viennent de lui. C'est comme des enfants qui, séparés de leurs familles, et nourris longtemps loin d'elles, en arrivent à ne plus reconnaître ni euxmêmes, ni leurs parents. Ne voyant plus, ni Dieu, ni elles-mêmes, se dégradant par l'oubli de leur ori-

252 EXTRAITS DE PLOTIW.

gine, estimant des choses toutes différentes, admirant tout plutôt qu'elles, et se plaisant dans cette admiration insensée, éblouies par ce spectacle qui les ravit, elles s'éloignent autant qu'elles le peuvent de ces divins objets qu'elles ont d'abord dédaignés; et l'estime qu'elles font des choses périssables, et l'oubli qu'elles ont d'elles-mêmes, les poussent à méconnaître tout à fait Dieu. C'est tout autre chose qu'elles poursuivent, qu'elles admirent; et cet être même qui poursuit et qui admire, convient qu'il est au-dessous de ce qu'il recherche. Il devient pire que ces choses qui naissent et qui périssent, le moins estimable, le plus mortel de tous ces objets qu'il estime, oublieux dans son cœur, et de la nature et de la puissance de Dieu. Tl y a donc ici deux fois à éclairer ceux qui sont dans cette déplorable situation, si l'on veut les ramener, et aux choses contraires à celles qu'ils aiment, et aux choses supérieures; si l'on veut les élever jusqu'au faîte, jusqu'à l'Un, jusqu'au Premier. Et quels sont ces deux conseils à leur donner ? L'un c'est de leur faire voir l'indignité des choses que l'âme estime maintenant, et c'est un avertissement que nous avons exposé ailleurs : l'autre, c'est de leur apprendre, c'est de leur rappeler l'origine de l'âme, et sa grandeur. Ce dernier conseil doit venir avant l'autre : bien éclairci, il rendra l'autre non moins clair, et c'est de lui qu'il nous faut ici parler. C'est

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un sujet bien voisin de celui que nous étudions, et il s'y rapporte facilement. Ce qui cherche, c'est l'âme, et ce qu'elle est pour chercher ainsi, doit lui être connu, afin qu'avant tout elle se connaisse ellemême, afin qu'elle sache si elle a la force de chercher ces choses, si elle a la vue capable de les voir, et s'il convient de les chercher. Si en effet ce sont là des choses qui lui soient étrangères, pourquoi les chercher? et si ce sont des choses analogues à elle, il convient de les étudier, et elle peut arriver à les connaître.

Que toute âme se dise donc bien d'abord en ellemême, que c'est l'âme qui a fait tous les animaux, qui a soufflé la vie à tous ceux que la terre, que la mer nourrit, à tous ceux qui sont dans l'air, à tous ces astres divins qui remplissent le ciel, que c'est elle qui a fait le soleil, que c'est elle qui a fait ce vaste ciel, elle qui l'a orné, elle qui y maintient l'ordre, étant une nature autre que les choses qu'elle gouverne, qu'elle meut, qu'elle fait vivre, nécessairement supérieure à tout cela, tout cela naissant quand Tâme les anime, mourant quand elle les quitte, étant elle-même éternelle, parce qu'elle ne cesse jamais (1).

(1) Voir plus haut le rapport, page 106.

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