CHAPITRE XXXII
Dieu n'a ni forme ni grandeur. — Amour de Dieu (i).
Où est donc celui qui a fait cette admirable beauté, cette admirable vie, qui a créé l'essence? Vois-tu la beauté clans toutes ces choses si variées, si diverses entre elles? Est-il beau d'y rester ? Mais puisque toutes ces choses sont dans le beau, il faut voir d'où elles viennent, et pourquoi elles sont belles. Il ne faut pas qu'il (que Dieu) soit une seule de ces choses. Il serait l'une d'elles : il serait alors une partie. Il ne peut donc pas être telle forme : il ne peut pas être telle puissance : il n'est pas même toutes les formes, toutes les puissances que nous voyons ici-bas. Il est au-dessus de toutes les puissances : il est au-dessus de toutes les formes. Le principe est ce qui n'a pas d'espèce : il est ce qui n'a pas besoin de forme : c'est ce dont vient toute forme intelligible. Ce qui naît, quand il naît, doit devenir telle chose spéciale; il doit prendre une forme propre. Mais ce que personne n'a fait,
(1) Voir plus haut le rapport, pages 111 et suit.
qui pourrait le faire? Il n'est donc rien de ce qui est : il est tout : il n'est rien parce que tous les êtres sont postérieurs à lui : il est tout, parce qu'ils viennent tous de lui. Pouvant tout faire, quelle grandeur pourrait-il avoir? Peut-être sera-t-il infini; mais s'il est infini, il n'a aucune grandeur-, car la grandeur ne se trouve que dans les derniers êtres. De plus, il faut, si c'est lui qui fait la grandeur, qu'il n'ait pas de grandeur. Ce qui forme la grandeur de l'essence n'est pas une quantité : il faut que ce soit quelque chose après lui qui ait la grandeur. Sa grandeur, c'est que rien ne puisse être plus puissant que lui : c'est que rien ne lui puisse être égalé. Car comment les êtres qui dépendent de lui pourraient-ils jamais devenir ses égaux, n'ayant pas une nature identique à la sienne? Quand on dit que Dieu est toujours et partout, ce n'est pas lui donner une mesure : ce n'est pas non plus la lui refuser : car alors, comment mesurerait-il tout le reste? Ce n'est pas même lui donner une forme. Cet être, dont, tout aimable qu'il est, nous ne pouvons nous représenter ni la figure ni la forme, est le plus désirable, le plus aimable de tous : et l'amour que nous lui portons n'a pas de bornes. L'amour pour lui n'a pas de limites, parce que l'être aimé n'en a pas davantage. L'amour que nous éprouvons pour lui est infini, et sa beauté est tout autre : c'est la beauté au-dessus de la beauté.