‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 150 sur 161 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

On ne peut pas même accorder à Dieu la pensée de lui-même, a plus forte raison celle des choses (1).

Ceux qui ont accordé au premier principe la pensée ne lui ont pas donné du moins la pensée des choses qui sont moindres que lui, et qui viennent de lui. Pourtant quelques-uns soutiennent que c'est une absurdité de croire que Dieu ne connaît pas les autres choses. Mais d'autres, ne trouvant rien de plus grand que lui, lui ont accorde la pensée de lui-même,

(V Voir plus haut ta rapport, pages 104, 140 rt auiv.

comme si la pensée devait le rendre plus grand , comme si penser était meilleur que d'être ce qu'il est, et comme si lui-même n'était pas ce qui donne à la pensée sa grandeur. En effet d'où viendra sa majesté suprême? Est-ce de la pensée, ou de lui seul? Si c'est de la pensée , la majesté ne lui appartient donc pas en propre, ou elle lui appartient moins : si elle lui appartient en propre, il est donc parfait antérieurement à la pensée : ce n'est pas la pensée qui le rend parfait. S'il faut croire qu'il est acte et non pas seulement puissance , s'il est une substance toujours pensante, et que ce soit là ce qu'on entend par acte, on dit alors ici deux choses, la substance et la pensée : on l'exprime par un principe simple : mais on lui adjoint encore quelque chose d'étranger, comme on dirait des yeux qu'ils voient en acte s'ils voyaient toujours. Si l'on dit que le premier principe est un acte, parce que la pensée aussi est un acte, il suit qu'il ne penserait pas étant la pensée, de même que le mouvement n'est pas mu. Pourquoi ne dites-vous pas alors aussi que les choses sont substance et acte? Mais vous convenez que les choses sont multiples; nous convenons qu'elles sont autres et que le premier principe est simple : et nous accordons à l'être qui vient d'un autre, la faculté de penser et de chercher en quelque sorte sa substance, en se pensant lui-même, et en pensant celui qui l'a fait. Transformé dans la

VIe ENNEADE. LIVRE VII, CHAP. XLI. 285

contemplation et parvenant à connaître, nous disons alors qu'il est intelligence : et c'est avec raison. Mais ce qui n'a point été créé, ce qui n'a rien au-dessus de soi, ce qui est éternel, comment pourra-t-il avoir cause de penser? C'est pour cela que Platon a si bien raison de dire que la pensée est éternellement pensante. Une pensée qui ne pense pas ne peut être pensée : ce qui par nature est fait pour penser, quand il ne pense pas, est tout à fait inintelligible. Ce qui n'a rien à faire, comment pourrait-on l'accuser, en lui assignant une fonction, de ne point l'accomplir, en supposant qu'il ne la remplît pas? par exemple, si on l'accusait de ne pas guérir nos maladies, comme le fait le médecin. Nous n'avons pas à lui assigner d'œuvre, parce qu'il ne lui appartient pas de faire quoi que ce soit. Il suffit seul, et il ne faut rien chercher outre lui au-dessus de tous les êtres qui sont. Il suffit à lui-même et aux autres, en étant ce qu'il est.

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