‹ De l'Ecole d'AlexandrieChapitre 151 sur 161 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

On ne peut concevoir aucun altribut en Dieu sans le limiter et le réduire : on ne peut même iui attribuer ni la pensée ni l'être (1).

L'intelligence a bien l'air de n'être qu'un secours donné à des natures qui sont divines sans doute, mais inférieures pourtant; c'est un œil donné à des

i Voir plus haut le rapport, pages 104, 140 tl suiv.

aveugles. Mais l'œil , de quoi aurait-il besoin pour voir lêtre, s'il était lui-même la lumière? Mais ce qui a besoin de voir, cherche la lumière par le moyen de l'œil, parce qu'il n'a en soi que l'obscurité. Si donc penser c'est la lumière, et que la lumière n'ait pas à chercher la lumière, cette même lumière qui ne cherche pas n'a pas besoin de chercher à penser : penser ne lui convient en rien. Que fera la pensée pour penser? Que lui faudra-t-il s'ajouter à elle-même pour qu'elle pense? Il ne se sent donc pas lui-même : il n'en a pas besoin : il n'est pas deux. Bien moins encore, la pensée n'est pas plusieurs fois Lui : car il n'est pas du tout la pensée. Il faut donc que l'objet pensé ne soit que le troisième. Si l'intelligence, la pensée, l'intelligible se confondent et s'unissent en un seul terme, elles disparaîtront les unes dans les autres; et séparées, elles seront autres et ne seront pas Cela, le premier principe. Il faut donc laisser de côté tout le reste pour cette nature excellente qui n'a besoin d'aucun appui. Tout ce que vous y ajoutez la diminue, puisqu'elle n'a besoin de rien. La pensée est pour nous une beauté, parce que l'âme a besoin d'avoir la pensée; c'est une beauté pour l'intelligence, parce que son être se confond avec la pensée, et que c'est la pensée qui la produit. Il faut donc qu'il soit uni avec la pensée : qu'il ait l'intelligence éternelle de soi, parce qu'en lui les deux ne font qu'un. Mais

VIe ENNÉADE. LIV. VII, CHAP. XLI. 287

s'il est seul, absolument seul, il se suffit à lui-même; et il n'a besoin de rien recevoir. Le Connais-toi toimême ne peut s'appliquer qu'à ceux qui, à cause de leur propre pluralité, ont de la peine à se compter eux-mêmes, et à savoir tout ce qu'ils sont et ce qu'ils font, qui ne savent pas tout, et qui même ne savent rien, ni quel est le principe, ni quel rapport ils soutiennent avec lui. S'il y a quelque chose en Dieu, il est beaucoup trop grand pour se connaître, se penser, se sentir lui-même; car il n'y a rien en lui. Il ne rapporte rien à lui : car lui seul suffit. Le bien n'est pas même en lui : il est dans les autres. Les autres choses en effet ont besoin de lui : mais lui ne peut pas avoir besoin de lui-même. Ce serait chose ridicule qu'il eût besoin de lui-même. Il ne se voit même point; car de ce regard même porté sur lui, il y aurait, il naîtrait quelque chose pour lui. Toutes ces choses, il les a abandonnées à ce qui vient après lui : mais rien de ce qui appartient aux autres ne lui peut appartenir, et par exemple l'existence. Ainsi donc penser même ne lui convient pas, puisque là se retrouve l'existence : et que la pensée première, la pensée proprement dite, est tout à la fois être aussi. Ainsi donc la raison ne lui convient pas davantage , non plus que la sensation ni la science, parce que de fait on ne peut concevoir en lui la présence d'aucun attribut.

288 EXTJRAITS i)lL PLOTIK.

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