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CHAPITRE PREMIER

Des plus anciens temps de la Grèce.

Les Grecs , dont je vais développer les institutions sociales , sont un peuple mieux connu que ceux dont j'ai traité précédemment , à l'exception des Juifs. Les ouvrages d'une partie de leurs historiens sont parvenus jusqu'à nous; ceux de quelques-uns de leurs orateurs , de leurs philosophes , poètes et littérateurs existent aussi; ils fournissent beaucoup de matériaux précieux. Cependant, malgré tous ces secours, d'immenses lacunes existent encore ; les modernes , qui ont écrit l'histoire, les ont adroitement déguisées: le genre de leur composition, qui concernai plus les événemens que les institutions , let leur permettait ; elles paraîtront davantage dans mon travail , parce qu'ayant à dévelop-

per le mécanisme des divers gouvernemens de la Grèce et leurs systèmes variés d'adminisrration , il me serait impossible de suppléer aux informations qu'ils ne nous ont pas données.

Nul peuple n'a inspiré autant d'intérêt que les Grecs : chez eux , aucune entrave ne gênait L'entier développement des caractères; aucun despotisme , religieux ou politique » n'en comprimait l'essort. L'amour de la liberté y était dans toutes lésâmes; ils chérissaient leur pays parce qu'ils y vivaient heureux ; et la fermentation continuelle , qui imprime un mouvement de vie aux états républicains , contribuait encore à former dans leur sein ces beaux caractères et ces grands talents que nous admirons, et qui s'élevaient au niveau des scènes dont ils devenaient les acteurs. Aucune nation n'a fourni autant d'exemples de ce véritable héroïsme qu'enfante l'amour de la patrie. Ajoutez à ces grandes qualités, qui rendent les Grecs si recommandantes, une aménité de mœurs qu'ils devaient à la culture de leur esprit , à leur amour des arts , comme aussi à leurs habitudes sociales. Tout cet ensemble séduit attache à eux, et pour peu que l'historien y

ajoute le prestige de son talent , on est disposé à leur créer , en imagination , un caractère idéal de perfection exagérée. Mais, à côté de ces qualités si séduisantes , parait chez eux une mobilité desprit qui influait fortement sur leur caractère et les faisait passer rapidément d'un extrême vers l'autre opposé: aucun peuple n'a mérité autant qu'eux , sous ce rapport, qu'on dise de lui ce mot connu:. // fut brave tel jour.

Beaucoup de traits de ce caractère national des Grecs anciens ont résisté aux causes diverses qui auraient dû les effacer. Au foyer même de leurs maux , à Constantinople , ceux de leurs descendans qui habitent le quartier de Fanal , ont conservé plusieurs coutumes de leurs ancêtres et beaucoup de la tournure de leur esprit (i). Mais c'est principalement dans les îles et dans le Péloponèse que, moins exposés aux atteintes du gouvernement turc , ils en ont conservé des traces plus nombreuses : ni l'influence d'un long de .cpoîisme qui a pesé sur eux , ni celle d'un culte sérieux quia pris la place d'une religion riante dans ses formes, n'ont pu les faire dispa-

(i) Le Cher, Voy. d* la Propontid». Part 4. ch. 18.

raïtre. Plusieurs voyageurs se sont attachés à les faire connaître par des rapprochement plus ou moins intéressans ; l'un d'eux , surtout, à su leur donner le colons brillant et animé que cette nation si poétique imprime à toutes ses conceptions; on croirait lire un Grec écrivant sur sa patrie (i). J'ai vu les Grecs actuels , également poétiques dans leurs

idées, saisissant tout avec Vivacité, passant rapidément d'une impression à une autre souvent opposée. Je les ai vus enfin crédules à l'excès, mais donnant à leurs plus absurdes superstitions un certain degré d'intérêt, parce qu'elles prenaient de la tournure de leur esprit, une forme nouvelle. Il ne faut à ce peuple , pour qu'il reprenne son ancien essort, que la liberté, un bon gouvernement et une instruction solide, qui mette des bornes à cette tendance à la crédulité, qui lui donne un gout si marqué pour le merveilleux.

Tels ils sont, tels étaient leurs ancêtres: dont les écrivains les plus estimés fournissent des exemples multipliés de ce penchant. Ontils ployé sous le torrent de l'habitude? ontils voulu capter l'attention de leurs lecteurs ,

(i) Guy», Lettres sur la Grèce.

parle récit de tant de choses extraordinaires? je l'ignore , mais le fait n'en est pas moins constant ; aussi l'accusation de Juvenal estelle loin d'être sans fondement:

; ' Et quidquid Gracia inendax

Aud«t in historia. (i).

Ce n'est pas seulement sur les pays éloignés que s'est exercée Jeur imagination* mais même sur des faits et des lieux qui concernaient leur patrie. Ainsi nous lisons dans leurs écrits , qu'en Illyrie , les jumens mettaient bas cinq petits d'une portée , qu'en Rœotie, il existait un lac d'où sortaient deux rivières, dont Tune teignait en noir la toison des brebis blanches, et l'autre en blanc celle des brebis noires : cependant l'illyrie était frontière de la Grèce , et la Bœotie était vers son centre.

Les temps les plus anciens des Grecs nous sont inconnus; leur histoire ne remonte pas au-delà de huit siècles avant l'ère actuelle et encore les personnages et les événemens rapportés à ces époques reculées, sont mêlés .d'une infinité d'allégories mythologiques. Cet amalgame dénature tellement les faits, qu'on peut admettre comme vraisemblables, qu'il est

(i) Juv. Sat io. 174.

autre peuple sans en connaître la clef et par pureimitation , elles porteraient l'empreinte du climat où elles avaient été conçues. Mais dans les leurs, tout se rapporte au climat et aux localités de la Grèce; les Grecs de cette époque étaient donc instruits en astronomie ; ils étaient, par conséquent, civilisés, car nulle instruction ne peut exister sans être accompagnée de civilisation. L'origine des jeu* olympiques , dit Pausanias , se perdait dans la nuit des temps (1). A l'époque où cette institution , qui a servi pour le comput des temps , a pris naissance ; l'instruction devait être fort avancée : puisque le retour de leur célébration avait lieu toutes les années bisextiles ( 2, ). On savait donc alors déjà que Tan- née se composait de quelques heures de plus que trois-cent-soixante et cinq jours et qu'en les ajoutant ensemble, elles composaient un jour qu'il fallait joindre à toutes les quatrièmes années. La première Olympiade, comme comput des temps, correspond à l'an 775 avant notre ère; mais une pareille combinaison ne

(1) Paus. in Arc.

(ï) Paus. iii El. Dupuis , Orig. des cultes. T. i, p. 16a.

peut avoir été conçue que par un peuple bien plus anciennement civilisé.

Il n'est pas à présumer que les Grecs soient restés constamment isolés des autres nations et sans former avec elles aucun mélange: la position géographique de leur pays, tout en côtes et composé d'îles , rendait la chose impossible. Diverses traditions ont conservé le souvenir de colonies qui y sont arrivées de différens côtés, et quelques traces restées dans ses plus anciens monumens leur ont servi de confirmation. D'ailleurs la civilisation existe rarement sans le commerce et ce dernier entraîne naturellement le mélange des peuples , lorsque des préventions religieuses n'élèvent pas des barrières pour les isoler. A ces moyens de communication , il faut ajouter , d'après le témoignage de l'histoire , que c'est hors de leur patrie que les philosophes et législateurs de la Grèce sont allés chercher les lumières qu'ils ont appliquées ensuite à l'avantage de leurs concitoyens (i). Faut-il en conclure que les Grecs, leurs contemporains, étaient des barbares? je ne le pense pas. Ces philosophes ont pu '— — — — i. . . , ~

(i) Euseb. prap. «?Tang. L. 10, c. 4 » etc.

aller au loin acquérir de nouvelles connoissauces, peut-être aussi s'instruire d'autres systèmes religieux (i) qu'ils voulaient introduire dans leur patrie. Mais il n'y a qu'un peuple déjà éclairé d'où peuvent sortir des hommes dans l'intention d'aller puiser ailleurs une instruction nouvelle , bonne ou mauvaise ; jamais peuple sauvage n'a envoyé chercher une civilisation dont il ne peut pas avoir l'idée.

Des rapports de commerce , de colonies , ou peut-être même d'invasions ont établi des points de contact de la Grèce avec les habitans de l'Ethiopie , peuple éminemment civilisé, à ces époques reculées, et auquel les Egyptiens mêmes reconnaissaient devoir leur civilisation et leur culte (2). 11 paraît, qu'à la suite de crises intestines, sur lesquelles on ne peut former que de vagues conjectures, il en est sorti de nombreuses émigrations, qui se sont répandues dans le midi de l'Europe et dans la portion de l'Asie que baigne la Méditerranée. Ce sont ces émanations

(1) C'est ce qu'on peut dire surtout de Pythagore dont je parlerai plus particulièrement lorsque j'aurai à traiter des colonies grecques de l'Italie.

(2) De l'Econ. publ, et rnr. des Egyptiens , p. i et seq.

dont les historiens ont parlé sous le nom de felasges , sans rien dire sur leur origine que sans doute ils ont ignorée (i), et qui, après avoir long-temps erré sur les mers et fait des tentatives d'établissemens sur difFérens points , ont fini par disparaître , tant par leurs pertes répétées, que par leur lente incorporation chez les peuples où elles ont séjourné.

^ La Grèce est au nombre des pays où d'anciennes traditions disent qu'ils se sont établis (2) et plusieurs traces de leur mélange avec les Grecs sont restées soit dans leur culte, soit dans leurs usages sociaux. Leurs écrivains disent que le culte des douze grands dieux leur est venu de l'Afrique (3). La légende de leur Zeus àpomyos ou dieu chasse-mou che,qui paraît si inepte (4) cesse de l'être lorsqu'on la rapporte au climat de l'Ethiopie (5). La ville de • —

(1) On peut voir les preuves sur lesquelles je fonde cette origine que je leur attribue , dans mon Economie publ. et rur. des Egyptiens et des Carthaginois, p. i3. et suiv.

(2) Herod. L. 1. c 5 7. L. 6. c. i37. ïhuc. hist. L. i. c. 3. L. 4. c. 10. Pans, in Arc. Str. Geogr. L. 7 et 9. Serv. in ^Encid. L. 8. v. 600..

(3) Herod. L. a.c 4 et 5o. Thuc. hist. L. 6. c. 54.

(4) IJaus. in EL c. 14, in Arc. c 26. Ciem. Alex, admon. ad gentes , etc.

(5) Voyez le Mémoire particulier -que j'ai publié sur ce

Dodone a été fondée par les Pelasges (i) et sans doute ce sont eux aussi qui y ont introduit son oracle, plutôt que des prêtresses de Thèbes d'Egypte , enlevées , comme le dit Hérodote, par des corsaires qui les ont vendues en Grèce ; car des corsaires n'enlèvent pas des personnes à deux-cents lieues à l'intérieur des terres (2). Cet historien dit aussi que les initiations à Cérès ou Thesmophories ont été apportées d'Egypte aux Pelasges établis dans la Grèce (3): mais il ignorait que ce peuple était sorti de l'Ethiopie, où l'Egypte avait puisé son culte ; il parait plus naturel de penser que ce sont les Pélasges qui l'ont introduit eux-mêmes.

On a -dit aussi que la Grèce a reçu son ' agriculture, et la civilisation qui s'y lie tou-

jours , de Cadmus venu de Thèbes d'Egypte et fondateur de celle de Bœotie (4) : ce personnage étant allégorique, et paraissant figu-

sujet dans la Revue philosoph. an 14, Messidor 3o , ainsi que ce que j'en ai dit dans l'Econom. publ. et rur. des Perses et des Phen. , p. 3 26 , Idem des Juifs, p. ia5. (t) Herod. L. 2. c. 56.

(2) Herod. L 2, c 54.

(3) Herod. L. a. c. 171.

(4) Diod. Sic L. 1, c. 14.

net la constellation du serpentaire (t), rie peut être ni le fondateur d'une ville , ni celui de l'agriculture en Grèce. Il est à remarquer aussi que cette fable ne se trouve ni dans les poèmes d'Homère, ni même dans ceux d'Hésiode, et ce dernier 4 né en Bœotie, et auteur d'un poème sur l'agriculture , aurait été plu» que personne dans le cas d'y*fiire figurer ce personnage, s'il avait ajouté foi à son existence et au rôle qu'on lui a fait jouer»

D'après le témoignage de plusieurs écrivains, les plus anciennes statues des divinités de la Grèce avaient, tant par leur roideur que par leur composition monstrueuse, une très-grande analogie avec celles de l'Egypte (2) ; ce qui tenait moins à l'imperfection de l'art qu'à l'adoption de formés convenues et emblématiques voulues par le culte , qui prouvent qu'il y avait des rapports entre les opinions religieuses de ces deux peuples. La même ressemblance existait dans leur architecture; Pausanias compare celle de Tyrinthe et de Lycosure à celle des monumens égyp-

(1) Dupuis, Orig. des cultes, T. a , p. 3 et 28. (-) Pans, in Lac. in Cor. Herod. L. 2 , c. Si. Str. geogr. L. ij.

tiens ( i ). La description qu'il donne du temple de la déesse Onga, dans la Laconie, est parfaitement celle d'un temple monolythe de l'Egypte et de l'Ethiopie (2). J'ai déjà fait observer ailleurs l'ancienneté de la confiance que les Lacédémoniens ont accordée à l'oracle de Jupiter Ammon en Lybie (3); ce peuple , qui ar été si longtemps sans marine , n'a pu en avoir la connaissance que par son mélange avec les Pelasges, sortis de l'Ethiopie d'où cet oracle avait aussi pris naissance.

Les Grecs de ces époques reculées ont eu aussi des relations avec les peuples du nord de l'Europe. Il est certain que leurs plus anciens écrivains montrent, dans les fragmens conservés de leurs ouvrages , une connaissance bien plus précise des régions septen-

(1) Paus. in Ach., in Arc.

(2) Paus in Lac. Des iuscriptions trouvées en Crèce attribuent sa construction à un peuple qui y e$t nommé Ikteucratet (Mcra, de l'acad. des Inscr. T. i5 p. 4o3). D'an autre côté Hésycliius dit que c'était le nom d'une peuplade des Lacédémoniens , ou peut-être un de leurs surnoms (Hesych. voce Ikteucratei ) , ce qui prouve qu'on ne savait rien de positif à cet égard.

(3) De l'Econ. publ. et rur. <îes Egypt. et ds» Carthag. p.

trionales que n'en ont eu ceux d'une date plus récente : Je citerai notamment Hipparque et Hécatée. Hérodote donne des informations assez exactes sur les pays qui séparent la mer noire de la mer Caspienne (i) ainsi que de ceux où le Don prend sa source (2).

Plusieurs institutions du culte des Grecs paraissent avoir pris naissance dans les contrées du nord. Pausanias , AElien* d'autres encore ont attribué à des hommes venus du pays des Hyperboréens , c'est-à-dire des bords de la Baltique , la fondation du temple d'Apollon à Delphes, ainsi que de celui de Delos (3). Longtemps encore après que le8 relations directes de ces peuples n'ont plus eu lieu , les Hyperboréens ont continué d'envoyer des offrandes à ce dernier temple (4). Les causes qui ont interrompu les communications immédiates ne sont pas connues, mais on ne peut l'attribuer qu'à des dangers auxquels on était exposé pour le passage dans les espaces intermédiaires. Serait-ce que

(0 Hérod. L. 1 , c. 2o3.

(2) Herod. L. 4. c. 57.

(3) Paus. in Bœot. JEX. var hist. L. 1. c. 2G.

(4) Herod. L. 4. c 33. PL hist nat. L. 4. c. 12.

les refoulemens des peuples de l'Asie sur l'Europe avaient déjà commencé et que l'envahissement du centre de la Germanie avait resserré les Grecs sur la Méditerranée , et les Hyperboréens sur la Baltique? C'est une simple conjecture, mais il faut y avoir recours pour expliquer comment les relations entre ces peuples , après avoir été longtemps actives, ont cessé tellement, que les Grecs ont fini 'par ne plus avoir des notions exactes sur la position du pays habité par les Hyperboréens (i).

Plusieurs opinions ont existé chez ces deux peuples qui doivent être nées de ces anciennes relations. Hésiode parle d'un siècle où les hommes étaient de frêne (2) : c'est une allégorie évidente, et on la retrouve dans TEdda , où le frêne est un arbre sacré. Homère donne fréquemment aux principaux personnages des Grecs, le titre de Karécomoontai, àux belles chevelures (3) ; il rappelle celui d'Haisager, Jqui dans le nord

avait

(1) PLhist. nat. L.6. c. i3.

(a) Hesiod. op. et dies. L. i. v. itf.

(3) Hom. Od. L. 1. v. 90. L. ». v. 7. etc.

( il );

avait la même signification' (i). Cette opinion s'est conservée chez les Grecs depuis qu'ils ont abandonné l'usage de porter les cheveux longs et Jes Boeotiens en ont fait un devoir à leur Bœotarque , ou chef de la république, pendant la durée de ses fonctions (3). Suivant Aristote, les plus ancien^ Grecs achetaient leurs femmes de leurs pa^ rens (4): cet usage, dont aucun autre auteur n'a parlé, était général chez les peuples du nord (5). Ce sont les Lacédémoniens qui de tous les Grecs, ont eu le plus de ressent blanceavec ces peuples, et les traditions les font descendre des contrées septentrionales (6). Il me paraît douteux qu'ils en soient venus directement; mais au milieu des refoulemens successifs, qui paraissent avoir eu

(i) Rudb. atlant. c. 16. Scandin. § 7.

(a) Arist. polit, L. 1. ci 9. Suidas rapport» u« proverbe qui le prouve. Tues eiclave e< (« no^rU ta chevelure. Suid. voca Doulos.

(3) Plut. qucp*L TQty. § 40.

(4) Arist. polit. L. e. c. 6.

(5) Je Mita entré d*us beaucoup plu» de détails dans mon livre de l'Economie publ. et rur. des Celtes, des Germains, etc. on peut les consulter.

(6) Paus. in Cor.Herod. L. a. c. 171 etc.

lieu, ils seront insensiblement parvenu^atix confins de la Grèce , d'où ils sont sortis ensuite pour opérer leur invasion connue du Péloponèse (i). C'est par la lenteur dé leur déplacement , pendant lequel ils ont pu prendre de nouvelles habitudes, qu'on peut expliquer le peu de différence qu'il y avait entre leur dialecte et ceux des autres peuples de la Grèce (2).

J'ai déjà dit plus haut que les ouv rages des Grec? ne fournissent que des renseignemens infiniment vagues sur leur plus ancienne histoire. Un petit nombre de faits vraisemblables y sont mêlés à beaucoup d'allégories cosmiques, d'où résultent de tels disparates, qu'on ne peut y saisir aucune donnée historique ( 3 ). Ainsi , au même temps où ils disent que les Grecs sauvages,

(1) Herod. L. I*C 56. Diod. Sic. h. 4. c. 37. ;b (a) En traiUut des Ethiopien» , j'ai parlé de !a tradition ancienne que les invasions de ce peuple en avaient précédé d'autres qu'ont fait des peuples du nord , qui toutes les deux ont porté avec elles leurs systèmes religieux. Ce que je viens dédire au sujet de la Grèce lui sert de confirmation. Voyez de l'Economie publ. et rur. des Egyptiens , p. ao et suiv.

(3) Ce qui prouve surtout que , daus leurs écrits, tout ce qui concerne ces temps est un tissu de fables, ce sont les généalogies

errant dans les bois, où ils vivaient de glands et de racines , ont été appelés à la civilisatiôn par Cadmus, Cecrops, etc.; ils placent de nombreuses colonies grecques qui sont allées s établir en Italie et en d'autres lieux; ils font aussi exercer la. piraterie par les Cariens, sur les côtes delà Grèce (1): mais des sauvages errans dans les bois n'envoient pas des colonies au-delà des mers; des pirates non plus ne fréquentent pas leurs côtes où ils n'auraient rien à piller. Un autre anachronisme bien plus fort , c'est lorsqu'ils placent la découverte du blé par Cérès et l'invention de la charrue par Triptolème, deux siècles après la venue de Cadmus et de Cecrops qui ont, disent-ils, enseigné l'agriculture aux Grecs. Tous ces personnages sont évidemment mythologiques, ce n'est pas là de l'histoire. Des historiens de la Grèce disent aussi que des rois contemporains des

qu'on y place , toutes de la plus grande précision et commençant pour chaque famille , par quelque divinité : comment des généalogies sî exactes se seraient-elles conservées , taudis que les évé m nemeus auraient été oubliés ? elles» sont des jeux de l'mjaginalion et rien de plus.

(i) Dion. UaJL L. î.c» 10. Str. geogr. L. 9.

personnages précédons , ont fait tous leurs ef* forts pour rappeler à l'agriculture leurs ■ . su- Jets qui la négligeaient, pour se livrer à la marine (i). Toutes ces citations prouvent par leurs disparates, l'ignorance des Grecs sur leurs antiquités b| , aurtdut, sur l'ancien état de civilisation de leur nation, qui peut-être a surpassé celle des temps ©u ils tnou$ sont mieux connus. De très-anciens monumen* dont l'origine se perdait dans la nuit dep temps, et dont on attribuait la construction à Hercule , emblème bien connu du soleil!, qui par conséquent, ne peut pas en -avoir été l'auteur , conduiraient à le penser. De ce nombre sont les canaux souterrains , creusés pour ouvrir un écoulement au lacCopais, et d'autres pour diriger les eaux du Ledon ^ l'un et l'autre exécutés sur une très grande échelle (z)t Les villes réputées les plus anciennes , telles que Tyrintbe , Lycosure, Thèbes, Mycènes. Argos , etc. ; existaient depuis les temps fabuleux (3). Les ruines de quelques-unes» exis-

(i) Plut in Thcmist.

(a) Paus. in Arc iu Bceot. Sir. gfcogr. L. 9. — ' - (3) Paus. in Ach. in Arc. iu EL in Bœot. in Arg. -."

tent encore et sont remarquables par leur cbh^ffrucffefii eri pierres énormes, soit qua-> oVîlartères, aoit polygone^i fait que les an* olens' avaient déjà observé (i ), et qui a beàfleo&p occupé lefc modernes, dont quelqweawintf y ont vu lê travail des Cydopesî Gë qu'il y a de positif , c'est que la taille exacte de ces pierres , tnémé de celles dont la forma eiît polygone , et la précision dé leur* contacts^ sans aucun ciment qui lei unisse, dénotent qu*uû peuple éclâire a exéciité ces travàtfx^ ■ heur i existence confirmé cet ancien ' état de civilisation des Grecs, indiqué par l'explication de leurs fables mythologiques; mais aucune donnée certaine n'en place le commencement à une date déterminée Dans certitude où nous sommes , sur lâ durée de ces temps„qui ont précédé les époques historiques, on ne peut que se livrer à des conjectures. Je crois remarquer des indices de deux systèmes distincts du gouvernement, devant former des époques séparées, dont l'une a dû être antérieure à l'autre, et elles auront été séparées par un intervalle de temps, où des crises politiques ont dû amener cechangement.'

(i) Paus. in Cor. in Bceot.

La plus ancienne, indiquée par les rapports du culte avec l'astronomie, est celle où, dans ma manière de voir, ont été construits ces monumcns si remarquables par leur étendue et la grandeur de leurs masses. On peut aussi y rapporter les colonies lointaines des Grçcs , dont la fondation perdue dans la nuit des temps, est attribuée à des personnages mythologiques, et que je regarde comme produites par un commerce étendu, et florissant, dont elles développaient les ramifications:: j'en parlerai ptufr amplement au chapitre du commerce. La seconde époque est celle où Homère, Hésiode et d'autres, dont on ne connaît plus que des fragment, ont écrit leurs poëmes. A la première de ces époques , la Gçèoe a dû avoir nn gouvernement central, qui disposait de ressources suffisantes pour exécuter de grands travaux d'un intérêt général» Des crises intestines auront dissous ce gouvernement, et de ses débris, se seront formés ces nombreux petits états, qui existaient au temps d'Homère. Dans ce dernier mode d'organisationi, la Grèce, trop morcelée, aurait été incapable d'exécuter ces grands ouvrages; c'est Je motif qui m'a fait adopter l'opinion , que deux époques, caractérisées chacunes par un

brdtCdfe^osesdifi^ren^ pntprécédé^elleoù fctfniineôcent enfinles temps historiques. Cette #eraiè*e?& dù aussi * être précédée , d'un temps plus ou moins long de crises politiques, d'où ^ tiëMtfn êsprit diffère»^ La Grèce continue £ 4teé morcelée en beaucoup de petite éfcats Indépetidans J mais les rois ont presque par- •«61 disparu ; des organisations plut* eu moins républicaines les ont remplacés ; 1 "histoire ne ,àôtis éclaire pas sur les causes qui ont amené m changement: elle ne dit pas s'il aeulieu irômuhanément après quelque grande commotion, ou si elle a eu lieu successivement ^pam un changement opéré dans la direction des* idées. ^La seconde manière de voir me paraît davantage probable, parce que ce sont te& munies états de l'époque antérieure, qui Wii retrouvent dans celle-ci , seulement leur ^orfeanmtion a changé. S'il s'était fait un vaste •ébranlement, qui eut agi sur tous en même 'temps, -la Grèce eut changé de forme, des luttes d'ambition , ou des conquêtes , auraient forctté de nouvelles aggrégations sociales* rlî Avant de passer à cette dernière époque, !bù la Grèce mieux connue, pourra être décrite avec quelque exactitude, il convient de 'jëtêiNutf coup dœil sur ce au'elle <^:*

temps homériques , époque intermédiaire en* tre la prlus ancienne et celle-ci.

<vr Grèce alors était divisée en beaucoup de petits états , indépendans les uns des autres* qui, chacun, avait un chef, désigné par le titre de Basileus (j). Ariatote* dans ses politiques, a employé la mètne expression On l'a traduite par le mot Jtoi, mais on ne peut pas y attacher 1* même idée queafciit naître ce titre donné à ceux des temps postérieurs. Leur pouvoir, dit ce dernier écrivain, différait peu de la tyrannie : ^reconnaissance de bienfaits antérieurs \em Avait fait attribuer des pouvoirs presqu-illimités {3). On peut en concevoir les élans, chez un peuple ou deux, entraînés §>ar un mouvement spontané de bienveillance, avant d'avoir calculé les conséquences qui pouvaient résulter de leur démarche : îtoats il n'est pas présumable que des circonstances pareillesse soient répétées chez autant de peuples différensc l'existence d'une organisation la même pour tous , à une même époque, doit tenir à unenfcême

(i) Hom. II. L. 2. v. 27©, Od. L. 8, etc.

(a) Arist. polit. L. 3 , c. 10.

(3) Arist. polit* L. 3, c. io. —

cause. J'ai dit plus haut qu'il me paraissait impossible que les monumens gigantesques de la plus ancienne Grèce eussent pu naître d'oiie organisation aussi morcellée, que Tétait celle des temps homériques; d'où j'avais tiré laM conséquence qu'ils avaient été précédés 4?une époque où un gouvernement central, étendait son pouvoir sur la Grèce entière , et disposait de grands moyens qui lui ont permis de les exécuter. Lors de la dissolution de «e corps unique, chaque homme puissant aura profité de la circonstance, pour asseoir sa domination sur les lieux où il avait conservé ou pris de l'influence. Ainsi la formation de tous ces petits rois indépendâns n'aurait pas été une concession des peuples, mais bien le démembrement d'un gouvernement antérieur, où les peuples seraient passé sous la domination de maîtres plus immédiats. Aristote dit que ces rois cumulaient les pouvoirs militaire , ci vil et religieux, et il distingue leur mode de gouvernement à*un autre, auquel il donne le nom d'Aspnnetie et qu'il définit, dans ses politiques, une tyrannie constituée par les suffrages du peuple , espèce de dictature, provoquée par des dangers imminens(i).

(i) Àrist. polit. L. 3, c io,

Mais, dans un autre de ses ouvrages, dont $m fragment a été conservé par Suidas, il en donne une idée différente : le titre à'Aisymr pète , y «st-il dit, a- été inventé pour coldrer, par unei expression adoucie, 1 abus du pou* voir (1 ). Des chaînes déguisées n'en sont fws moins des chaînes , et l'individu investi d'autant de puissance ne pouvait échapper à I* réputation de tyran , que par l'usage qu'il en faisait. Les épithètes qu'Homère et Hésiode donnent à ces rois, prouvent qu'ils étaient loin de se renfermer dans les limites de la modération : le premier emploie souvent celle de demohoroi, décorateurs du peuple (2) ; «le second celle de dorophagoi, gui se nourissent de dons (3) : il peint le triste sort da-ceu* qui tombent dans la sphère de leur pouvoir (4).

Leur puissance était fondée sur l'ascendant qu'ils prenaient , plus que sur des droits constitutionnels (5) , et plutôt sur des circonstances qui les avaient rendus maîtres que sur des lois positives. On peut comparer leur

(1) Suitl. voce Tyranno$y

(2) H. nu. II. L. 1, v. 23 1 , etc.

(3) Hes. op. et (lies , L. i , v. 3g , etc.

(4) Hes. op. et dies, L. » , 200 et seq.

(5) Thuc hist. L. 2, c. 10 et seq.

rôle 3 4 celui des cheiks de tribus arabes, qui sont puissans »par lé-respect et la confiance qtt'ikVifitapktent , plus que par la force des institutions. Sont-ils vigoureux de caractère, disposent-ils de . ressources imposantes, cbac un ploie et se soumet à leurs ordres.; sontils sans énergie et sans force, leur ascendant s'évanouit. Homère peint Ulysse très-puissant avant son départ pour la guerre de Troye, tan* dfoqufeîson fils Télémaque, trop faible, pendant son absence , pour se faire obéir , assemblait les notables de Vile pour leur faire d'inu- Vi4e%RQmp!aintes (i). Ulysse , à son retour , incertain d[e l'opinion, jugea prudent d égorger les^asites établis dans sa maison , avant de j>e£aij# .connaître à $es sujets. Ailleurs ce poète met en scène des rois «|ui trouvaient nécessaii&n de, convoquer les principaux habitans pour, les consulter (a); d'autres écrivains en ont parlé dans le même sens (3) , peut-être Vayaient-ils puisé à la même source. En considérant ^ces« rois comme investis de tous les pouvoirs^par des lois positives , leur conduite

(1) Hom. Od. L. 2.

(2) Hom. Od . L. 8, t. 5 t etc.

(3) Arist. polit. L. 3, c. 5. Dion. bail. L. %.

aurait été une contradiction manifeste; si, âu contraire, on attribue leur pouvoir au seul ascendant de puissance ou d'opinion , sa limite devait varier en propprtion des moyens in-i dividuels de celui qui en était investi, et cert lui dont l'autorité était chancellante pouvait faire, pour ménager l'opinion publique, ce. dont il se serait dispensé avec une autorité mieux affermie. La place était la même ; l'individu seulement ne savait ou n'osait pas en développer toutes les ressources, (i). Ç[omère qui , dans des ' circonstances , peint ces rois comme prenant conseil des principaux de la nation, dans d'autres, les fait agir de leur propre mouvement, disposant même du sort de leurs sujets, sans les consulter. Ainsi Agameranon, après sa reconci-

(i) Tout ce que Thucidide a écrit sur les premiers temps de la Grèce, d'après la manière dout il le présente, me paraît une hypothèse , qu'il s'est formée , d'après des traditions vagues vennes à sa connaissance , plutôt qu'une histoire positive, et sa manière de voir s'écarte peu, dans ses basés, de celle que j'adopte. C'est au moyen des richesses que Pelops avait apporté de l'Asie qu'il s'est emparé, dit-il, du pouvoir à Mycènes , c'est parce que ces mêmes richesses sont parvenues i Agamemnon qu'il a entraîné les Grecs à la guerre de Troye; plus par la force que parla conviction. Thuc. hist. L. i , e. 9.

liation avec Àt&ille , lai offrît en don des villes habitées par des ttoitames riches en bestiaux cjrir 'dévTbnt, aj'oute-t-il, l'honorer par des dons et lui payer des tributs considérables ( i ). Certainement les actions de ces per*sonnages ne doivent pz& être considérées comme des faits historiques, mais Homère , «fui les leur attribue , ne trouvait pas extraor*dihaire qu'un roi put disposer ainsi de ses sujets; la chose pouvait avoir lieu, par conséquent, de son temps. < , ' Ces rois étaient riches par leurs domaines ou propriétés particulières (2); mais ils re~ rêvaient aussi des contributions du peuple qui leur était soumis , et des dons plus ou moins obligés ; de là cette épithète si bien sentie d'Hésiode , DorophagdùDanh l'Orient, de nos jours-encore , on n'aborde jamais une personne d'un rang supérieur, sans lui offrir un présent; c'est un acte de déférence dont on voit des exemples fréquensdans les poèmes d'Homère. Thucidide dit aussi que, chez les Thraces, on ne pouvait, non plus , aborder les chefs, sans leur offrir quelque chose et

(1) Hom. II. L. 9, v. 149 «t seq.t J

(2) Plut, in Thcs.

qu'il y était plus honorable de recevoir que de donner (i). La même chose avait lieu chez les Parthes (2). Ainsi , à différens siècles , depuis Homère jusqu'à nos jpurs , on retrouve le même usage , auquel est attachée une opi* nion semblable. Mais la richesse principale de ces rois était dans leurs propriétés fonde* res. Secondés par leur famille, ils en * dirigeaient la culture : leur, maison était la< plu» opulente du canton, mais elle était gérée de la même manière que les autres. Homère peint Mausicaa, fille du roi des Phéaciens , allant laver, à la tête des esclaves de son sexe, les vêtemens de sa famille (3). Tout ce qu'il dit sur l'intérieur de Ja maison d'Ulysse est conforme à l'idée que je donne de ces habitations royales. 11 trouve , à son re*tour, les cours pleines de fumier, parce que ses domestiques avaient négligé l'engrais- des terres , et son vieux chien , le seul de la maison qui lait reconnu, y était couché (4). Ailleurs, ses nombreux troupeaux , les conducteurs qui les avaient sous leur garde, jus-

(0 TllOC. hlSt. L. 2, C. 21.,

(2) Sen. Epist. L. 2. cp. 17.

(3) Hom. Od. L. 6 , v. 58 et seq.

(4) Hom. Od. L. 17, v. 297.

qu'aux «irîeBS 'qui veillaiéraY à leur sûreté, sont décrits par le poète (2). Hésiode dit qu\\ mpli i t r ion , lors de son retour de l'armée fut plus empressé de voler dans les bras d'Alcmène que d aller inspecter ses esclaves et ses pâtres (3)é Amphytrion est un personnage mythologique ; mais la fable porte le coloris du temps où elle a été conçue. O c< Homère nous a conservé un exemple précieux de la manière dont se rendait la jus-» tice dans ces siècles dont il nous a peint les mœurs. Deux hommes* avaient élevé une contestation sur le rachat du sang du parent de l'un d'eux. Pendant qu'ils cherchaient leurs témoins , le peuple spectateur prit parti pour chacun d'eux mais des huissiers lui imposèrent silence ; puis des vieillards , un sceptre à (a main , vinrent prendre place sur des pierres polies , destinées pour siège , et por* tèrent leur jugement (4). Ainsi les dissentions se terminaient par un simple jugement, et on était libéré de ces vampires qui, sous le prétexte d'éclairer la justice, dévorent les

(a) Hom. Od. L. 14, v. 3o.

(3) Hes. aspis, v. 3t> et 40.

(4) Hom. II. L. 18. et 495.

plaideurs* Le sceptre , qu'Homère mçt dans Jes mains de ces vieillards , était j^si^té.par les rois , en

qualité de juges supr£mef (.1).

Quant à l'usage de composer , pour les meurtres et blessure^, il avait #é. çon^ervé dans les légisiîaioqs ^ h Grèçp^ quçique devenu étranger aux mœurs nouvelles fes Greçs (2). U était en u^ge^ .chez les peuples du nord (3) , comme f aussi Y chez les Arabes, où il s'est conservé jusqu'à nos, j ours .

L'esclavage §e cpnciliait ^yec le mode ^organisation sociale , usité afers ; mais il cïeVait ressembler à celui qui exista chez les Arabes , plutôt qu'à celui que, plus tard, lesjiomains ont employé, pour la culture de leurs terjes , et les Européens , pour peupler, leurj colonies. L'esclavage , ch ez les Arabes, est une

r„i- ainsi dire, d?ns la famille ; il /^.incorpore ses intérêts, vieillit *vef5 elle, et trouve, chez les enfyns de son maître, dont il a vu se dévplpp^ l'enfance , un attachemen t ^habitude.

(i) Hom. II. L. i, v. a33, iJifi, Hr.54*. v

(a) Suid. voce aikîas. *

(3) De l'Econ. publ. et rur. des Celles , etc. p. 7°'

(0 De l'Econ. publ. el rur. des Arabes et de* Juifs, p. 19.

bit&tfe0, ]4Hï MÎ*gtP les peines de'ses derhïeW jours1. Ce géhre d'esclavage j que j'ai vu êtkei les Arabes, jëïë retrouve dans les table» qu^Ioiiïèrë àVîrâcés; ainsi c'esi une vie^iîè' esclave, qui avait vu' naître Télémaque*, en^aï Çi mettait sa confiance la plus partîctfiiere.

^'ïe ^sserâî rapidënient sur d'autres détails de 1 mœurs, qui, ^Udique iritéressans pat èu*-mêmes, ne jettent aucune lumière sur l'organisation du gouvernement et les institutions sociales, objet principal de mes recherches. Ainsi, on pourrait soupçonner la clôture des femmes, du moins leurs habitudes de retraite , chez les anciens Grecs ; car Pénélope ne paraît , même pour faire des reproches à ses voraces courtisans, sur leurs epccès, qu'après avoir étendu le coin de son voile sur son visage (i). Dans une autre circonstance, elle ne néglige pas cette précaution, lorsqu'elle s'arrête sur le seuil de la porte de la salle où ils étaient rassemblés, afin d'écouter des chants qui l'intéressaient (2) : on croirait voir une femme de l'orient, obli-

(1) Hom. Od. L. 18 , v. 209.

(2) Hom. Od. L. 1 , v. 333*

gée , par les circonstances , de paraître Rêvant des hommes. Cet usage s'était conservé > à Cbalcédoine , jusqu'au temps des Romains et, quoiqu'abandonné dans les autres villesv habitées par des Grecs , les femme p pnt continué à vivre, chez eux, beaucoup plus écarT tées des hommes que chez les Romains, Leurs cris prolongés, pouç exprimer la joie, que les Latins ont exprimés par le mot ululatus , sont les mêmes que les ouloulou des femmes de l'orient, La nourrisse d'Ulysse , malgré son effroi du massacre des amans de Pénélope , qu'elle lui voyait faire , s'efforçait d'articuler ce cri d'usage (2). Ce sont , sans doute ,. les mêmes acclamations par lesquelles les empereurs , au !Bas:Empire , ont ordonné d'honorer leurs fonctionnaires publics, et, surtout , leurs agens des finances : des lois en fixaient le nombre , d'après l'importance de leurs fonctions (3). Les repas que peint Homère sont encore ceux des orientaux ; ils étaient éclairé* par ces mêmes réchauds, alimentés avec des copeaux de bois sec et ré-

(1) Plut, quîcst. graec:e, §. 49.

(2) Hom. OJ. L. 22, v. 408.

(3) Cod. Thcod. L. G, Tit/ç), § 2. Cod. Just. L. 12, TU. S. *

sinèux (i), dont on fait usage dans l'orient, et donf quelques traces restent encore dans le raidi de l'Italie : il est même à remarquer, qu'il n'est fait mention, dans les poèmes d'Hot mère et d'Hésiode, ni de lampes,* ni d'aucun autre moyen de s'éclairer; l'huile, cependant, était abondante, mais on la faisait servir à d'autres usages,

Aristote admettait l'exactitude de ces dér tails de mœurs , cependant, aucun monument historique n'en garantit la certitude, et, comme les personnages qu'Homère a mis en scène, sont évidemment mythologiques, la vérité de ces usages ne peut être admissible que sous le point de vue, qu'ils rappellent les temps contemporains du poète; il aura peint les rois, les guerriers, les femmes et les prêtres , semblables aux modèles qWd

avait sous les yeux.^ ■•" ,M

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(i)' Hom. Od. L. i8, v. 3o5.

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