‹ De l'économie publique et rurale des GrecsChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE It · texte numérisé non relu

CHAPITRE It

De la Grèce , en ses temps historiques , et de V organisation du gouvernement dans ses principales républiques*

A Grèce, à l'époque dont nous allons nous occuper , était composée , à peu près , des

mêmes états qui avaient existé antérieure-

ment; mais ils avaient adopté un gouvernement plus ou moins républicain. Lacédémone , seule, avait conservé des rois, en leur laissant un titre presque sans pouvoirs. Les bases^ du gouvernement étaient loin cl ejre les mêmes dans toutes ces différentes républiques ; les unes, entièrement démocratiques, plaçaient le pouvoir chez le peuple , qui élisait ses magistrats ; d'autres , plus ou moins oligarchiques , avaient réservé des privilèges à certaines familles , entre les mains de qui elles avaient laissé une portion plus ou moins grande du pouvoir. Et comme , daprès l'extension limitée de ces états , il était facile à

un ou à plusieurs hommes d'y usurper l'ascendant , par les richesses qui leur achetaient des partisans, par [engouement qu ils parvenaient à inspirer , par tant d'autres moyens , enfin , que l'art de la séduction invente et sait employer : il en est résulté des qrises politiques , où ils ont passé par des - phases' diverses , et souvent alternatives -, d'une oligarchie plus ou moins exclusive, d'une tyrannie, où le pouvoir d'un homme suspendait l'action des lois , ou d'une démagogie , conséquence des maux qu'avaient pro- * duits les abus de ces autres manières d'être. Le besoin de se libérer avait porté au-delà des .bornes d'une sage liberté. Des phases aussi variées exigeraient, pour ainsi dire, un travail distinct, pour chacune de ces républiques, et rendent infiniment difficile, pour ne pas dire impossible , un travail général sur l'ensemble de l'organisation politique de la Grèce. Car , telle observation ,qui développerai t les causes et les motifs d'un événement particulier à l'une d'elles, ne serait vrai que pour le canton où il a eu lieu , et cesserait de l'être étant généralisée à la Grèce entière. Nous manquons , d'ailleurs , d'une foule de notions essentielles-, que les historiens dont les écrits

sont parvenus jusqu'à nous , ont négligé de •nous donner. Il faut, surtout, regretter l'ouvrage, qu'Aristote avait fait, sur les constitutions de<;ent-cinquante-huit états différons, dont la Grèce et ses colonies formaient naturellement la partie principale (i). Nous y aurions trouvé une multitude de faits, qu'il a dû omettre dans ses Politiques, ouvrage, spécialement destiné à généraliser ses principes sur les difTérens systèmes de gouvernement* :

Plusieurs des peuples, dont se composait la Grèce ont formé , entr'eux, des confédérations partielles , qui ajoutent encore aux difficultés dont je viens de parier, parce qu'elles n'ont pas toujours été les mêmes et quelles ont aussi varié datas leurs bases, n'ayant pas accordé une égale étendue de pouvoir à leur centre commun d'action. Ainsi, chez les unes, le vœu de la majorité, dans les assemblées générales des confédérés , était obligatoire pour tous; tandis que, chez-d'autres, il ne l'était que pour les peuples qui consentaient d'y accéder. Ces confédérations , qui unissaient plus particulièrement des portions de la Grèce, ne doivent pas être confondues avec ■ 1 i ■

Di og. Lacrt. in Arist.

les alliances , que r, soit ces confédérations, soit d'autres états indépendans , formaient momentanément entr'eux ; les premièrefs tenaient* à leur organisation ; les secondes n'étaient qus dés relations passagères, nées de besoins communs, et rarement durables4/ 1 .' "À cê$ difficultés ± déjà ri fortes, il faut en ajoute? d'autres encore. C'est que précisément lés <*>lrp$i de nation , dont le Système social paraît' avoirété établi sur les meilleures bases , *tit ou'lflou s pourrions , par conséquent , pu i^ le$ notions les plus intéressantes,^ sur leur <kx>nopiie intérieure, sont précisément ceux sur lesquels on a 'te moins de renseignemens , parce que le commun des ' historiens a peu sen- -ti<; surtout en Grèce , l'importance de lecono- -rtrie politique i et qu'Afristote, lui-même , n'a porté Si-s regards , du moins à ce qu'il parait par s&r Poli tiquèfc ; que sur la seule balance des pouvoir^ , ; objet important, sans doute , mais qui n'aurait pas dû exclure les autres.

Du nombre *le ces pays, qu'on peut considérer comme ayant été les mieux administrés, sont la Thessalie, dont lés produits excédaient tes consommations , ce qui indique

une agriculture soignée (r) ; l'EIide , où les . — , .

(0 Xen. hîsL gr. L. 6.

propriétaires passaient leur vie4ans leurs terres, sans approcher des villes (i) ;.l'Achaïe, surtout, qui, par son exemple et sm conseils a fait tous ses efforts pour introduire un gouvernernent central , chez les Grecs , à une époque où leur liberté en danger n* pouvait, être sauvée que par l'unité de leurs efforts. Mais , pour apprécier leurs institutions et èn juger le mécanisme , il faudrait beaucoup de faits et de renseignemens qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Les historiens !ne se sQnt occupés que desévénemens et .ont négligé les. . institutions; aussi ont-ils beaucoup parlé, de* ceux des peuples qui ont figuré dans les guerres intestines et extérieures de la Grèce, et gardé le silence sur ceux qui avaient eu le bonheur de vivre obscurément heureux. Pausanias, paT le plan , qu'il s'était fait , de décrire en détail la Grèce, jurait dû arrêter ses regard* sur les divers systèmes d'administration de ses peuples et les, change m en^q u 'y avait apporté la domination des Romains y, mais il n'a su? s'occuper que des temple* , des cha-> pelles et des vieilles légendes qu'on y débitait et qu'il a. eu grand soin de recueillir a us#t

-(0 Put. Mffc L. 4.

son ouvragé est-il de bien peu d'utilité. C'est, par conséquent, en renouant des faits épars dansées ouvrages des Grecs , et sans être aidé par aucun tra4té complet écrit par eux, que j'ifi téhtfr de iecomposer l'histoire de leurs institutions, autant que la chose m'a, été possible. À toutes les difficultés dont j'ai parlé * ilfâut ajouter celle de saisir la pensée de ces anciens* auteurs qui , écrivant pour leurscontemporains , élaguaient souvent des dévelôppemens inutiles pdur eux, mais qui nous seraient nécessaires pour les bien comprendre. 11 faut* être également en garde contre la te&dânee à trop voir ces temps au travers de nos usages modernes, et contre l'extrême opposé ^ où' sont tombés beaucoup d^érudits qui ■n'ont sii y voir aôcnne analogie. Déjà, pour les anciens, les écrits d'auteurs d'époques antérieures étaient Quelquefois obscurs. Athénée, citant une anecdote que rapporte Idonlénéfi , dit n'avoir pas pu s'assurer s'il y était question' de femmes- traînées dans un chat ou attelées à ce char, ce qui est bien loin d'être la même chose (i). Si des Grec» rencontraient de pareilles difficultés, combien

. (i) A tir. deipn. JU 12.

n'en existe-t-il pas pour nous , qui dev&Hsy pour ainsi dire, sortir de la sphère où-nou* vivons, pour nous reporter à des temps où les habitudes sociales avaient si peu- de- rapports avec les nôtres, , . ,

J'aurais beaucoup désiré pouvoir classer sous trois cadres généraux, les diverses nations delà Grèce, afin de les peindre à larges traits. L'un deux , aurait compris toutes celles pçur qui 1 agriculture était la princi-r pale et presque unique occupation , telles quô les Thessaliens, ceux de PElide, les Arcadiens;les Bccotiens et aq très habi tans des régions centrales. Un autre aurait réuni toutes celles, chez qui le commerce et la navigation s'upissaient à l'agriculture , telles que les Athéniens, les Etoliensj Corinthe, etc; Un troisième aurait été réservé pour les Lacédémoniens, distincts par leurs institutions, leurs mœurs et leur politique. Mais j'ai vu des difficultés invincibles dans l'exécution qui m'y ont fait renoncer. Je me bornerai à rassem* bler dans un seul cadre, les traite commun» qui donnent une même physionomie à tond les Grecs, et je traiterai séparément des nuances qui distinguent leurs peuples diiïerens. Toutes les nations grecques, à très-peu

d'exceptions près, quelle qu'ait été leur organisation intérieure, on t montré le même désir de se conserver dans leur intégrité. Jalouses à l'excès de leurs droits de citoyens , elles traçaient une démarcation immense et difficile 4'jfranchUr, entre l'homme de la patrie et celui qui venait y demeurer. Ce dernier ne jouissait d'aucun avantage , il était seulement toléréj, et chez quelques-unes des distinctions humiliantes lui rappelaient son infériorité. Semblable à ces Européens, qui vont s'enrichir parJe commerce dans l'orient, et qui s'y .élèvent ,a la fortune au travers des a vanie£ et des périlsT il.n£ pouvait prendre aucun attacliement pour des lieux, où les circonstances lavaient porté, mais où il ne pouvait jouir d'aucun bonheur. Abreuvé de dégoqts», chez desipeuples fiers de leurs prérogatives, il ne pouvait s'unir avec eux par aucuns liens de famille , n* inime devenir propriétaire. Le refus de sou: admission au droit de propice , avait un motif,plausibIe : dans ces pays* où toutes les richesses étaient territoriales, il n'aurait pu faire des acquisitions, sans que des citoyens eussent renoncé aux leurs pour les lui céder, et le droit de voter dans les assemblées du peuple é^ant attaché à la pro-

priété, et ne pouvant pas en être sépare, on avait à craindre d'en faire jouir un individu suspect d'avoifc conservé d'autres affections. Aussi a-t-on en général remarqué, que la facilité d'accorder des naturalisations, a augmenté chez les peuples de la Grèce,, ^jnjesure que l'amour de leurs institutions et* l'esprit public se sont affaiblis ( i ). $Jais les mêmes motifs n'ont pas pu exister avec la même force, chez ceux d<* ces peuples , où le commerce était la source principale des fortunes: là cette sévérité pouvait souvent devenir nuisible, aussi nous voyons que quelques cités s'en sont affranchies; Dyrrachium recevait avec facilité les étrangers dans son sein , tandis qu'Apollonie , dans, son voisinage, les repoussait (2). . ^ ,

: Cette même jalousie des droits de citoyen , a inspiré aussi diverses mesures , dont les motifs peuvent aisément s'expliquer. Voulant conserver les familles, et maintenir entr'elles* le plus possible d'égalité , la plupart des peuples de la Grèce ont fait des lois , pour gêner et le pauvre qui aurait voulu aliéner ses dernières

(1) Demost. io Avist.

(a) JEl. Uîst. var. L. 1 3. «. ï6.

ressources, et le riche qui aurait désiré trop éhvàhir. D'autres lois sur les mariages et les hérédités , tendaient au même but. Mais lorsque le commerce chez quelques-uns, chez d'autres , l'or des Perses , prodigué, à des hommes faifluens pour les corrompre, eurent développé quelques fortunes et dès mœurs moins simples, ces institutions , où on avait" trop attaché la conservation de la chose publique à l'absence des richesses , et à la moindre inégalité possible des fortunés, tombèrent en désuétude , et l'organisation sociale, ébranlée par la k discordance des mœurs et des lois , succomba aux plus faibles efforts. L'amour des conquêtes nacquit de ces germes de corruption , ou plutôt les développèrent rapidement : il était provoqué par les facilités qu'elles donnaient de s'enrichir , parce que tous les peuples de la Grèce ont eu le grave tort, d'accorder aux commandans d'armée le droit de dispb-" ser du butin. Si quelques-uns l'ont fait au, profit du trésor ( i ) , \ou pour des monumens publics (a); ùn plus grand nombre l'a consa-

(r) Plul. ia Cim. Xcn. lu*t. graeç. L. 2. Plut, in Ly«. Oiod. Sic. L. i3.

<i) Thuc. List. L. 3. u<. Hctod. L.. 9.

cré à enrichir eux et leurs amis (" i ). Des hommes déjà opulens, ou qui aspiraient à lé devenir, ont employé leur influence pour faire naître des guerres, où ils espéraient un accroissement de fortune. Athènes et Lacédémone, dont k prépondérance en Grèce s'était insensiblement établie, électriséei ^>ar les manœuvres intéressées de ces hommes , se sont laissées aller à une ambition étrangère, leurs vrais intérêts (2) ; non contentes d'être les états les plus puissans de la Grèce , elles ont voulu étendre leur domination sur l'Asie mineure et la Sicile; il en est résulté de? jalousies entr'elles et des guerres, où elles ont entraîné, peu-à-peu , tous les autres peuples d« la Grèce , qui , affaiblie par ses guerres intestines, n'a plus eu de force lorsqu'elle a dû repousser les fers, dont les nations étrangères la menaçaient (3). * • -4 ■ * »!

Avant de nous occuper de ces temps, où la Grèce, égarée par cette fausse politique, s'est précipitée vers sa ruine , retournons aux

(1) DiocL Sic. h. 11. Xen. io Ages. Polyen. Stratag. L. 3. t. 9. Plut, in Cim. in Ages. in-Phec. etc.

(2) Thuc hisL L. 1. c 18.

(?.) Isocr. paneg. »

betux temps do son existence , pour étudier les institutions de ses différentes républiques.

D Athènes.

Quelques auteurs ont prétendu , qu'Athènes avait été fondée par une colonie de Sais, ville de l'Egypte (i). Cette opinion sera née, sans doute^eia ressemblance qu'on trouvait entre Minerve, patrone d'Athènes, et Neith, divinité spéciale de Sais (2). D'autres auteurs, au contraire , disent que ce sont les Pélasges, unis aux anciens habitans de la contrée , qui en ont été les fondateurs (3) ; cette seconde opinion me paraît la plus probable. Les Pélasges étant sortis de l'Ethiopie , d'où les Egyptiens ont reçu leur culte, Athènes et Sais auront putsé l'allégorie à la même source. Si ,au contraire , Athènes avait reçu de Sais la divinité toute faite, elle y aurait été importée avec le même nom de Neith, il n'y aurait eu aucun motif de le changer.

Les premiers temps d'Athènes sont aussi

peu connus que ceux du reste de la Grèce; les

(i) DiocLSic. L. 1. c. 16 et aS. Plat. îu Tim. Eus. nnep. cvaug. L. 10. c. 10.

(1) Plut, in Isid.

(3) Thuc hUt. L. 4. c rog. Herod. L. 6, c. i37. L.'8. c^4*

rois qtfoiLyfaifc figures son*, lfepkfrpt^^f* personnages mythotogiq«ea, &'<*fr^fffa^ allégories cosfciiqu^fc. Thétée , lW^d^lîfil1^ autre choscqu^n wMlw&ftowl^ilm*»

les institutions qu^wlui attribu^mf^y^

pas être de lur; ibfeut le&^nsidôre^ :^o|çnjp d'une origine teUenœeat antienne , qu/eU«t* été oubliée. Avant cerôi, es>il ditrJf&j&t)^ niens disséminésdans les campagnte$, y zwi WÎ, dans chaque canton , des^agbtratstekar^s de terminer leurs différais O) ; e'ieat Juif q«| , le premier i les a rassemblés dansiutœjrtjfe (S) , et qui par ses institutions les a détouiawsxte b marine, pour les attacher davantage dwl'agriculture (4). Comment concilier eesi idéeaaiisparates, d'un peuple épars dans, k dampugne > appelé pour la première fors à se^-réofïiri^daus une ville, et d'un peuple adonné àrla«na^ninftt qu*on cherche à rendreià l'agrixHiUare ?. H y à contradiction mani fi ste ^car ee sonfclesfeatyh tans des villes qui , de préférenceiy.e«erc«\tila marine, et ce n'est xpas ranimer Ta grkùjffcuose,

(i) Dupuis orig. des cultes T. u p. 435 ejj siyvf (a) Thuc. hist. L. 2. c. 4. &T ^

(3) Plut, in ïhes. Cic. de leg.L. 2.

(4) Plut, il* Them.

qnVSoHÎr fer hommes des champs, pour les rissembW dan» *ne viile; D'un autre côté., én fait àmver, avant le règne de Thésée , une <rf*6mfe èondùite pat Cecrops , à qui on attribue précisément les mêmes choses (i ) , et ce Uecrnps, personnage allégorique, qui paraît *tre >k? signe du Yen*au (2), était père de trois filles , Drosos , Hersé et Agraulos , c'est- ■à-d ire v la pluye , la rosée et le beau temps (3)i ks trois constitutions atmosphériques qui, par leur succession, peuvent séconder le plus activement la végétation. Dans la plupart des événemens attribués à ces temps héroïques , il faut voir des miracles ou des allégories ; la raison n'hésite pas dans son choix.

« 11 paraît cependant, qu'il y a eu primitivement des rois chez les Athéniens , comme dans Je reste de la Grèce^ mais leurs noms sont incertains , et leur histoire l'est davantage. Quelques traces en sont restées seulement, dans l'institution moins ancienne du roi des

sacrifices, chargé de la célébration dp;difi<iu

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(1) Str. geogr. L. 9.

(a) Depuis, orig. des cultes f T. 1. p. 33/. <3) Soi*, roc* JfÇ4*ht9 P«*v». iu A IL

rensrits religieux qui antérieurement étaient un attribut «de la royauté (i)* • « •

Après la fin du régime des rois, l'archontet* a pris naissance; c'était une magistrature élective. D'abord, un seul archonte avait éfé. élu à vie, puis les fonctions de cette place,; ont été restreintes à un temps limité (2), qui. a été successivement rendu plus court, en. même temps qu'on a augmenté le nombre de. ces fonctionnaires, qui s'est accru jusqu'à neuf (3). On voit dans ces changemens , une méfiance progressive et toujours croissante, des administrés , qui prouve une existence inquiète , et des crises sans cesse renaissantes ; car un peuple ne passe jamais d'une domination plus pesante, à un gouvernement pluslibr'e, sans des orages , effets des résistances de ceux dont ces changemens froissent les intérêts; tandis, au contraire, qu'il peut passer d'un gouvernement libre à l'esclavage , sans crises apparentes , lorsque l'usurpateur a l'art dè voiler sa marche , et de rendre insensible le poids des fer&qu'il prépare à sa nation. Ceci confirme

(1) Ar. pol. L. 1 c. to. Lys. in Andoc.

(2) Paus. in Ach. Meurs, op. T. i , p. 743.

(3) Thuc. hist. L. i.c. 126.

l'opinion que* J'ai émise plus» hapt, sur les causes de l'abolition de la royauté chez les Grecs, pu partout un système plus ou moins républicain a fini par prédominer.

Dans les premiers temps de leur république , le§ Mkrémens étaient divisés en castes; il est mqnae vraisemblable qu'ils l'étaient antérieur renient ,(et que ce système a été introduit par les Pelasges , qu'on reconnaît au nombre des fo#d&U?urs d'Athènes. Le fait est d'autant plus probable,,, que nous allons voir combien cette division.du corps de la nation, ressemblait à celle qui, des Ethiopiens , a passé en Egypte. Tous les.historiens sont d'accord sur l'existence de ces castes: ils, diffèrent feulement un peu sur leur composition et leur nombre. Les uns disent, qu'il y en avait quatre, les opJïtes ou militaires, les ergad es ou artisans, les georgoi ou agriculteurs , et les aigeikorai ou pâtresjr\). Hérodote qui en distingue aussi qua-*tre,, leur donne des noms diflerens, les Ga~ léontes , les JEgicores , les Orgadcs et les Oplites (2). D'autres enfin, n'en comptent que

(1) Poil. onom. L. [. c. 5. Plut in Sol.

(2) Herod. L. 6. c. 66. Sou traducteur M. Larcher fait observer, au sujet des jEgicores, que Plutarijue les regardait

trois , et en attribuent l'établissement à Thésée: les eupatridai , ou descendons iïilluitres familles > lés geomorôi, qu'on traduit Vûîgaitfëment par cultivateurs , niais qui dôît l'être plutôt par propriétaires fonciers (i ), «tles derniourgoi qu'on traduit par àrtisanè, et que je croirais devoir l'êtrè plutôt par hommes de travail en générât C^)* Ainsi,' suivant eux, la nation auràit été divisée en nobles, dont ~ peut-être les prêtées faisaient partie, en propriétaires fonciers , et eti non ^propriétaires ? rivant du travail de leurs mains. Diodore leur attribue préciséftiènt cette classificatibri , qu'il compare à celle des Ègyptièris , dônt H crôyàit Athènes une colonie (S). Dènïs d'HalicairnâSise ne nomme que deux classes , les 'iupafrîiui

comme des gardeurs de chèvres (Plut ia Sol.) , et Strabou , comme oue classe de prêtres (Str. gèogr. L. 8.) : il adopte ce dernier sentiment , les regardant comme les conservateurs de l'Egide de Minerve ; mats cette opinion. n'est pas louleua bit , la conservation de l'Egide ne pouvait concerner que quelques •ndividus et nou pas uue caste entière.

(i) J'ai expliqué le vrai sètas de ce mot, au sûjet des Machimoi de l'Egypte , à qui les auciens ont comparé les gcoraoroi d'Athènes. ( De l'Econ. publ. et rur. des Egypt. et des Carthag. p. 8o). - *

(a) Plot, in Thes.

(j) Diod. Sic. L. i. c. 28.

<H|L, ççc^pjf ient les places, et les egroikoi habîiaqs de la campagne (i ), J'ai déjà fait remarquer ailleurs Ja, même diversité d'opinion des j^çiva^de ^afîguité, au sujet des castes de J'Egyptç t ipai^ elle est plus apparente que

gypte et d'Atfyène^ est, que celler-cî n'ayant jft§feft(g accordé d ipOwençe politique aux prêtres, n'a pas eu de caste sacerdotale dominatrice > comme loutre.. l/or^anisation des castes ét^it ejRp,ore en vigueur , lorp des changemens •tqui opt été faits à l'archontat , le gouver- , oep^ept était alors concentré dans peu de mains (3), et l'histoire, obscure de ces temps 4 pas que le peuple ait été l'auteur des crises qui ont amené ces changemens, on n'y vpit figurer que des individus de la caste des nobles; d'où il faudrait conclure, qu'une partie seulement de cette castç, avait droit tje s'élever aux places , et que le mécontentement de ceux qui en étaient exclus, les a portés à exciter le$ mouvemens , dopt Te^tenàipn $uc<*

— 1 1 - " ii i 1 1 ii m ■ i im i ■

(i) Dion. hal. L. ».

(2) De l'Econ. puR et ror. tfci Egyptp. (9.

(3) tepL Polit, L. ». c 1».

cessi ve des fonctions publiques à un plus grand nombre ''de personnes, et la fréquence des réélections, ont été la conséquence. Pendant ces orages, l'oligarchie ébranlée par ses 'discordes intestines, a perdu de sa fon-e*, et* le peuple s'est peu-à-peu éclairé sur les droits dont il pouvait jouir, àussi peu-a-peu'if à pris, une part plus active aux évéhemens politiques. Il était infiniment malheureux pendant l'oligarchie, disent les historiens, et en proie à tous les genres1 de'vexations Çi % Suivant Plutarque , il était contraint de payer aux nobles, pour les terres qu'il cultivait, une rente fixe du sixième de la récolte , d'où iï était nommé par dérision hectomuroi, et s'il négligeait de s'acquitter il était livré à l'esclavage, dont il ne se rachetait qu'en livrant ses en fans (2). Il est vraisemblable , que d'autres charges pesaient encore sur lui, car il n'est aucun cultivateur, dans nos temps modernes , qui ne se tint pour heureux de se libérer des impôts, en livrant le sixième du fruit de ses 'sueurs. Il n'en résulte pas moins que le fait principal , savoir , que le peuple gémissait

(1) Dion. hal. L. %. Plut, in Sol.

(2) Plut, in Sol.

sous le pôids d'un régime très-dur , parait certain , puisque , malgré l'intérêt des gouverpans $la conservation de cet ordre de choses, dont ils recueillaient tous les avantages, ils ont été contraints d y porter remède par des lois et Dracon a été chargé de les faire ( i ). Cet homme

d'un caractère trop dur, et même cruel par

excès de sévérité, leur en donna l'empreinte (2). Au lieu de sonder la plaie pour attaquer le mal dans sa source , en changeant à l'organisation politique , ce qui excitait les réclamations les mieux fondées, il voulut en comprimer Tessort extérieur par la crainte; la peine de mort fut statuée pour toutes les fautes, de même que pour les crimes (3). Son code qui n'a pas eu de durée, était loin de porter des améliorations dans le sort du peuple (4) ; on peut même le considérer comme un dernier effort de l'oligarchie, pour conserver ses privilèges , en essayant d'imposer aux méGontens par la terreur. . ,

Les dissentipns continuaient et le besoin

(1) Plut in Sol. Aulug. noct. att. L. 11. c. 18. f .

(2) Arist. Polit. L. s. c. 12.

(3) Plut, in Sol.

(4) Plut, in Sol. ML var. hist. L. 8. c. 10. Çkm. Alex? Slrom. L. I.

ïfxffarlaer reœèd* se fa&ù s^J^Jons Je* >ou*s davantage, iorsqu* §olon £<ét£,c£açgé de prof^r, des lois çpuvçUes, Il^ptU qu'ejfe* ne suffiraient pas si on ne faisait pas aussi des changemens à l'prganisaiiQh polili^e et s'occupa de l'un et de l'^ufre,; n^sreomjfnç I*<sage*se de scta caractère le .portait mesures cojftciliatriees , aucun des partisse fuj content de son travail V çkaçun d'enx^auraij voulu, qu'il y «fut éppu^é i se* passipfts,, et trouvai^ qu'il n y avait pas assez fa,H pom; lui* SôJqh y a survécu ; mais ce qui en pr^ryft l*} bonfté t'est tque le plus grand nombre^, sej lois * Mè conservé et a fait a^torj té jusqu'au^ dernier* temps de Ja jpé|^%ue, ^ sy&&»e de gouvernement, *y contraire j n'$ pas ta^é à recevoir des atteintes par les emp^tepran successifs du parti populaire, ^ l9fy ^ Soion avait cru voir la source de* piau* de «a patrie dans la grande dispwpç** tion des fortunes ; il tendit à la faire disparaître, non par une mesure violente, mais en l'attaquant par des moyens indirects , ayant pour but d'en prévenir l'accroissement et de l'empêcher de renaître une fois* Téduite. Dans ce but, il mit des bornes, aux acquisitions

trop ~ëteiW&> âfcé riâxë» (i) ï& des obstacles àfecé;^ift?^lcs ^tivr^i^seatvàHéiiêf leurs dfèrbîèPes Tëssoufefcs1 (2). C<e peuple désirait Ï^Bolitfoh'des dettes et le partage des terres, &bt4* accorda lir pfènHere et refusa le seètfbd ; ce moyeu terme excita d'abord le mécontentement , mais , une fois ïes passions caîmées, il obtint l'approbation générale (3)« $ftllifièfee temps qu'il améliorât Je sort dea pauvres, Sèlon leur défendit d'aliéner leur liberté et celle de leurs enfans (4\ Ses dispbsiti^ns pour la conservation des familles tiennent au tnème système. Il permit l'adoptibfaîffeais l'individu adopté ne pouvait pas ^efduftfeï* â; sa première famille, avant d'à- ^bîrjdoMé le jour fk un fils à qui passait ffeéritâge {£). Dans les cas de non adoption, le peuple désignait le citoyen qu'il chargeait dë%bhrinoer là famille prête à s'éteindre (6). Ufre fille en étaitreile le seul rejetton ; elle dèvkit s'unir de droit à son parent paternel

tOiAristi polit. L.i, c. 7. . s »

* (p.) Arist. polit* L* 5 , C. 4« ^M I) ,0flut;inSoloB.

(0 Plut, ia Soion.

**&yb&ortb. in Leoch. Suid.' voce oiio/ /^cfc.;. C<i) Demosth. ia Leocfa.

Me plus proche; sur son refus, le magistrat pouvait le contraindre à lufafaire une dot , pour la marier (l): s'il consentait à l'épouser et se trouvait d'âge ou de constitution à rie pas pouvoir espérer des enfans , elle était autorisée à faire choix d'un autre de ses parens pour remplir les fonctions maritales (s). Les filles ne recevaient aucune dot (3); à la mort de leur père, on leur donnait seulement des legs dont les lois avaient statué le maximum permis , dans une proportion réglée sur la quotité de la fortune (4): les ènfans illégitimes recevaient le même traitement (5). Solon ne s'est écarté de son système , au sujet de la conservation des1 familles , que dans un cas seulement , c'est lorsqu'il a permis les donations testamentaires à ceux qui n'avaient pas d'enfans (6).

D'autres changemens, plus essentiels , tendirent à donner une forme différente à l'or-

(1) Demostb. in Macart. Meurs, op. T. a , p. 40. (*) Plut, in Solon.

(3) Plut, in Solon.

(4) Sigon. de republ. athen. L. 3, c. 1. Meurs, op. T. z » p. 93 ; nota.

(5) Suid. voce Notkcfa.

(6) Plut in Sol. Demosth. in Leptin.'

ganisation politique des Athéniens. Solon a supprimé le système des castes et , après un récensement général des citoyens, il les a divisés , dans la proportion de leurs richesses , en quatre classes, dont la dernière contenait les individus d'une fortune presque nulle, ou qui ne possédaient rien. Tous , sans exception, étaient admis à voter dans les assemblées générales, auxquelles les affaires les plus importantes, telles que l'acceptation des lois et le choix des magistrats, étaient réservées, mais les suffrages ne pouvaient tomber que sur des individus des trois classes supérieures (i). Cette organisation mettait le pouvoir dans les mains des riches , mais leur élection dépendant de l'universalité des citoyens, l'abus qu'ils auraient pu en faire trouvait un frein.

Ainsi tous les privilèges qui avaient existé au temps des castes se trouvèrent supprimés, sauf celui de deux familles à qui fut conservé le droit exclusif d'occuper certains sacerdoces, qui ne donnaient aucune influence politique (2).

Solon a conservé l'ancien corps de Paréo-

(1) Plut, iu Sol. Arist. polit. L. 3, C. it. '

(2) Hesych. vocs Eumolp. Suitl. roce Eieobul.

page (0.)CowîPf(fr^ auqM fibilt, çfr servé la <wnaJ^^ c^ta^ns crimps , et comme surveillant des m&um puMqu£?4Î influence était considérable mais^ njen a^aiMucune dans tout çe qui copiait |lç

gouvernemen t et lad mi n istra t i on . Ces* doute ) le motif pour lequel ses men^bmonj conservé le droit d être ip#mmé$ à vi$f tant disque toutes les autres fonction* $|ibljflues ont été rendues électives à d* courts termes.

L administration et 1# gouvernement étaient dans les mains d'un sénat , composé de quatre* cents membres , élus pour une année f pa£mi les éligibles âgés de plus de trente ans (a)* Ce corps avait l,initia4ivende& lois <3) , la direction des alFaires courantes , sauf l'obliga*tion de soumettre à l'assemblée générale *)elk*

(1) Arjst. polit. L. a, c. 10. Quelles personnes ontrefrtdê Selon cpmme le créateur 4e ce tr^unal; mais l'opinion d'Aristote me parait d'autant plus à préférer que Déroostliéne a dit, plus d'uue fois, dans ses harangues , que sa première origine se perdait dans la nuit tfc» temps (Demosth. in Aristncr. etc. Conf. Meurs, op. T. », p. $77.) : aurait-il osé eu parler de cette manière aux Athéniens, s'il avait été de, notoriété publique qu'il était une des institutions de Solou? ^

(z) Xen. memor. L. 1. Meurs, op. T. i , p. i 5 f .

(3). Demosth. ia Timocr. Sigon. de republ. Athen. I,. 2 ,

qui dépassaient Certâinéslîrilte lè droit , bien d&ngereux , dFdtfer£er dfte pfêîieer3ur ses membres, qu'il- pôWfeif méftie éliminer (i).

1 TJn fcôrps aussi ^èmb^eux aurait pu êfàfr citéinént administre*, iîauràit peftJu en'diseussions' lé temps nécessaire pour àgfri'tout cë ' q ui Went à la puissance exéèurrve doit éti£ nécessairement concentré dahs peu de mafe&'Les m^urès, pour ébvier à cet inconvénient, qui existaient à l'époque Ipbstérîèute defr ehawgettfcns opérés par Clistènes, Sbflf Connues ;» mais on n a pas de notions positives si etles avaient été conservées de l'organisation antérieure de Solon, ou si elles étaient dé création nouvelle; je pencherais pour ile premier sentiment. Une portion seulement* du sénat était chargée de la direction des affaires, pendant un temps limité ? au bout duquel i une autre la remplaçait, de manière que, dans le cours de l'annéé, tous les membres en étaient chargés successivement. Je développerai davantage cette organisation , lorsque je ferai connaître les changemens opérés par Clistènes dans la forme du gouvernement. f . ^ u.

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(i) Harpocr. voce Ekphillophoretai. jEsch. la Tim«d>* M<yirs. op. jT. a., p. n3f.

L'archontata été conservé par Solon ; mais les fonctions des archontes ont été rendues annuelles et limitées à la présidence des différens tribunaux (i), ainsi qu'à la surveillance de la sûreté intérieure de la ville (2).; Une grande considération les environnait: malgré la licence des théâtres, il n'était pas permis de les représenter (3); un homme " qui les aurait insulté aurait été puni sévèrement (4). Mais, d'un autre côté, les lois exi-'»> geaient d'eux la plus grande décence dans les mœurs; au point que, si Pun d'eux était surpris dans un état d'ivresse , il courait risque d'être condamné à perdre la vie (5). Lorsque le temps de leurs fonctions était terminé , on prenait un compte exact de leur conduite et, si rien ne se trouvait à leur charge, ils entraient ordinairement à l'aréopage (6).

Tous les citoyens > sans exception", pou-

(1) yEsch. in Timocr. Dcmosth. in Lacrit. in Weaer. Pul. onom. L. 8 , c. 9.

(2) Demosth. iu Mid.

(3) Meurs, op. T.. 2, p. 24.

(4) Dcmosth. in Mid. Lys. pro mîlît.

(5) Diog. Laert. in Sol. Meurs, op. T. 2, p. 24.

(6) Plnt. in Per. Demosth. iu Timocr. in flïeœr. Meurs, op. T..2. p. 388.

valent être admis à siéger dans les tribunaux et , chaque année , on tirait au sort ceux qui y étaient appelés; puis un scrutin épuratoire éliminait de leur nombre les individus que des vices connus ou des fautes commises en rendaient indignes (i), auxquels il faut ajouter ceux qui étaient débiteurs envers l'état (2). Si Aristophane n'exagère pas, plusieurs milliers» de, citoyens y étaient occupés, chaque année (3) : » en effet , les juges étaient au nombre de cinq-cents dans quelques tribunaux, et, lorsque deux se réunissaient et même trois, pour certaines causes importantes, ils pouvaient se trouver mille et même quinze-cents C4)« Un des archontes instruisait l'affaire et présidait ensuite aux débats (5): il était assité par deux assesseurs dont il avait le choix (6) , mais les fonctions qui leur étaient réservées ne ^ont pas bien connues;

(1) Arist. polit. L. 2, c. 12. Demosth. in Aristog. Pol. onorn. L. 3. c. 10.

(-) Dcmosth. in Androt.

(3) Aristoph. Vesp. v. 660»

0f) Detnoslh. in Dinarch,. in Timocr. Sigon. de republ. Athen. L. », c. 4.

(5) Harpocr.. yoce Egam dlkes. Sigon. de republ. Atlien. L. 3. c. 4.

(6) Meurs, op. T. 2, p. 1086,

on ignore s'ils étaient purement consultons , ou s'ils prenaient une part plus active dans l'instruction des procès. Sous beaucoup de rapports , on peut assimiler ces tribunaux , au jury moderne , puisque l'instruction des affaires ne concernait que l'archonte, et que les juges ne devaient prononcer que sur l'exposition des faits, qu'il leur faisait , et > sans doute aussi 9 après l'audition des témoins. Des tribunaux plus secondaires étaient disséminés dans les campagnes , pour y juger les affaires de moindre importance ; mais on n'a aucun détail sur leur composition (i).

Dans quelques formes de procéder des tribunaux d'Athènes, on reconnaît des traces de l'ancienne institution du rachat du sang , qui a été commune à plusieurs peuples de l'antiquité. Ainsi, dans les cas de meurtre involontaire , le coupable , contraint de s'éloigner, pendant un temps plus ou moins long, ne pouvait se purger ensuite , devant les tribunaux , qu'après en avoir obtenu le consentement de la famille du mort (3). Primitivement

il. - - — mmm ■■■ ■»

0) Arist. polit. L. 4, c. 16. Tbuc L. 4, c a. Alcipbr. Epist. L. 3, ep« 29.

(2) Demosth. in Acistog. Meut*, op. T. I, p. {€.

Wnij^^up^grif^Uait paj p^.sans doute , lttj#i*,ji&Sgmg > *aus autrc formalité; puis les tribunaux y auront insensiblement intervenu ,l pour régulariser la chose et, lorsque la vindicte des lois s'est attribuée la punition jpeurtre prémédité , d'où est résultée l'abolition du racliat du sang, il n'en est resté des 4 races que dans les cas de meurtres involontaUBfe££ontre lesquels les tribunaux ne pouvaient pas sévir.

^ Jlfe^^out ce qui précède, on voit que Sol on a substitué à l'oligarchie héréditaire des castes , une démocratie Tort tempérée, puisqu'elle limitait le droit d'être élus à quelques-uns, eH^nemei, temps qu'elle donnait le droit d'élire a l'universalité des citoyens. Beaucoup d'intérêts se trouvèrent nécessairement froissés par ces divers changemens et les mécontens attaquèrent son système. Des partis se formèrent et ne tardèrent pas à être en présence : ils auraient vraisemblablement ensanglanté leur querelle, sans l'usurpation de Pisistrate qui profita de la popularité qu'il s'était acquise, i comme orateur, pour aspirer à la tyrannie (i ). Si un citoyen qui détruit la constitution de

(0 Isocr. pauatU. Ariît, polit. L, 5, c. io.

sa patrie , pour envahir le rang suprême , peuf mériter quelque indulgence , Pisistrate serait de ce nombre , car il n'en a pas abusé (i): quelques-unes des mesures qu'on lui attribue , portent même l'empreinte de Putilité publique , et sa mémoire est parvenue jusques à nous , entourée de quelque estime* Ainsi il a fait refluer sur les campagnes tous ceux qui avaient abandonné l'agriculture et je séjour des champs , pendant les orages politiques , pour s'entasser dans Athènes (2). Peut-être que la crainte des rassemblement l'a conduit à cette mesure, pour sa sûreté personnelle; mais , quel qu'ait été son motif, elle a été utile. Beaucoup de travaux, qu'il a fait exécuter , ont procuré de l'occupation au peuple d'Athènes (3). On lui doit aussi d'avoir assuré des moyens de subsistance aux invalides de l'armée (4), à ceux, du moins, qui n'avaient pas de ressources personnelles (5). Malgré les services qu'il a rendus et

(1) Herod. L. i , c. 69. Thuc. Iiist. L. 6, c. 12.

(2) Suid. wQQV^katànakai , Hesych. Ibid. Ml, var. hist. L. 9, c. 25. V V

(3) Atb. deipn. L. 12.

(4) Plut, io Sol.

(5) Meurs, op. T. 2 , p. 28.

son adresse à manier les esprits, il n'a pas réussi à consolider sa puissance: il a même été contraint deux ou trois fois de fuir , pour se soustraire à la fureur d'une populace excitée par les rivaux de son pouvoir (i). Ses fils lui ont succédé, mais, avec moins de talens que lui ; ils ont été bientôt renversés (2).

Clistènes a fait servir à son élévation les raouvemens populaires qui ont préparé leur chute, et s'est appuyé, pour y réussir, de la classe inférieure ,que Solon avait écartée des fonctions publiques (3). Il a supprimé , pour lui plaire , la classification des citoyens basée sur leur fortune , et lui a substitué une répartition des citoyens en dix tribus, sans, toutefois, étendre le droit d'éligibilité à tous les individus indistinctement (4). Chacune de ces dix tribus avait ses magistrats particuliers, sa police intérieure , sas âgens de finances et ses chefs militaires (5) : de plus, elle nommait cinquante membres, pour compenser le Sénat , qui fut porté à cinq-çent. Pen- ■

(1) Herod. L. i , c. 59. Arist. polit.** *;-:<:. ia.

(2) Herod. L. 5 , c. 65.

(3) Herod. L. 5 , c. 66.

(4) Herod. L. 5 , c. 69.

(5) Herod. L. 5, ç. 69 t fc. 61 c. 110.

dant trente et quelques jours, chacune de ces fractions prenait , à son tour, le timon des affaires , sous le nom de Prytanes ( i ) et son président ou Epistate , élu à tour de rôle dans son sein , exerçait une grande influence , pendant la journée que duraient ses fontions ; il avait les sceaux de l'Etat, les clefs de la citadelle , etc. (2). Les Prytanes et l'Epistate devaient être en permanence , au point même de prendre leurs repas dans le bâtiment destiné à leurs séances. Un honneur, accordé par le peuple, à des citoyens qu'il voulait récompenser ou à des ambassadeurs étrangers, était de leur faire partager ces repas (3).

Les Prytanes étaient le pouvoir exécutif, proprement dit ; ils s'occupaient des affaires courantes , et leurs décisions avaient force d& loi, pendant une année entière (4). Lorsque des affaires leur paraissaient de nature à l'exiger , ils convoquaient le sénat , et celui-ci , dans les cas d'une grande importance , convoquait l'assembléç générale des citoyens.

0) Demoslh.de corona. Audoc. de myst.Suid. voceprytanes. (a) Snid. voce prjtaneia et Epistatês.

(3) Demosth. de falsa legaL Isœi. de hered. Sigou. de rcpubl. Athen. L. a, c. 4*

(4) Demosth. m Aristocr. Sigou. de republ. Athen. L. 2, c, 3.

L'épistate du jour ne présidait pas cette dernière; elle en élisait un autre dans une tribu différente; mais c'est lui qui faisait le rapport de l'affaire , au nom du sénat (i). Cette mobilité dans la présidence du sénat qui changeait tous les jours, se retrouvait dans le commandement de l'armée ; chaque contingent de tribu avait son général, et les dix alternaient tous les jours entr'eux pour le commandement en chef (2).

Une mobilité pareille dans l'organisation du gouvernement et dans celle du commandement de l'armée ne permettait pas qu'il s'y établisse aucune marche régulière. Comment un pouvoir exécutif, renouvelé en entier tous les mois èt dont le président changeait tous les jours pouvait-il mettre quelque suite à ses opérations? A chaque instant, elles devaient recevoir une impulsion nouvelle du régulateur éphérrière qui exerçait son

(1) Thoc. hist. L. 6,c. 24. Isocr. de parc. Drmostli. in Lept. lu Androt. Suid. voce epistatè.

(a) Herod. L. 6, c. 110. Dcraosth. Phjlipp, 1, Tîut. in Cinv , iu Arist, Vers la 611 de la république aveç lVttttision des | guerres, ou a fiui par sentir lt;s iuconvéïiicns de rel1? ni>sure, et on a nommé des généraux flxe.5 (Plut, in Alcik $uid. voce Aulokr.}.

influence d'un jour. Si le caractère versatile i qu'on a justement reproché aux Athéniens,n'en était pas une conséquence , cette mobilité dans Jes pouvoirs a dû fortement y contribuer. Clistènes, en introduisant une organisation pareille, a caressé les fantaisies du peuple, et ce dernier, que les événemens antérieurs avaient rendu méfiant , n'a pas senti que ces mesures 9 calculées pour empêcher l'influence des hommes, portait en elles tous les éjémens de la désorganisation. C'était faire naître dix intérêts distincts , l£ où il aurait fallu en créer un seul : chaque tribu , qui formait un tout trop séparé , pouvait en avoir un opposé à celui des autres ; ainsi les tribus voisines du littoral, davantage occupées de la marine, devaient penser autrement que celles de l'intérieur des terres , dont l'agriculture était l'occupation principale. Si cette même mobilité des fonctions avait été combinée avec une répartition des membres du sénat , telle que des individus de toutes les tribus eussent été appelés ensemble à exercer le Prytanat ; cette organisation , quoique vicieuse , aurait eu bien moins d'inconvénient ; mais Clistènes a précisément choisi celle qui en avait le plus ,

parce que chaque tribu faisait prévaloir , pendant un mois, son esprit particulier,

L'organisation de Clistènes, loin d'être corrigée ensuite par l'expérience de ses défauts a été conservée et ses vices même ont pris de nouveaux développemens. Clistènes avait maintenu le privilège de l'éligibilité à ceux seulement qui jouissaient d'une certaine fortune et chez qui, par conséquent, on devait supposer une éducation plus soignée. Aristide , à qui on a fait la réputation usurpée de sage , voulant se concilier le peuple , a fait supprimer cette barrière utile; tous les citoyens acquirent le même droit et, chose remarquable, le peuple, plus sage que ses flatteurs, a été quelque temps avant de se permettre d'en profiter ; il craignit de compromettre, par son inexpérience, le salut de l'état (4).

Nous somme^ parvenus à l'époque où la démocratie à cessé d'exister dans les limites qu'elle doit recevoir ; depuis elle a dégénéré • en démagogie ou ochl ocrât ie ? comme l'appelle Aristote. Primitivement, d'après les ins- ' ' ' » ■ « - .... »

(1) Plut, in Aristide in Phoc. Thuc. hift. L. s, c. 37. Xen. «le rep. alhçn.

titutions de Solon, le sénat préparait les lois, et les décrets pour les présenter à l'acceptation du peuple (i). Cette mesure si nécessaire a fini par tomber en désuétude ( 2). Les assemblées générales des citoyens furent provoquées plus fréquemment par des ambitieux qui flattaient le peuple (3) , pour s'élever par son appui; elles voulurent s'occuper de toutes les affaires publiques, gouverner par ellesmêmes, écartèrent l'initiative du sénat, restreignirent les pouvoirs de leurs magistrats et portèrent même leurs prétentions jusqu'à vouloir juger des* affaires contentieuses. (4), évoquant celles qui étaient déjà jugées par les tribunaux (5). C'est alors qu'Athènes a mérité cette comparaison qu'en a fait Polybe, avec un vaisseau dont l'équipage indiscipliné ne devient docile que par la crainte d'un imminent naufrage , puis, de nouveau , te livre au désordre lorsqu'il ne voit plus le danger (6). A une époque antérieure, on avait imaginé

(1) Sigon. de rep. athen. L..2, c. 3. Demoslh. iu Aristocr.

(2) Demosth. ia Tiraocr. in Lept

(3) ArisL polit. L. 2, c. iz. Aristoph. E.piit. Arist. polit. L. 4 , c. 4.

(5) Xcn. hist. gr. L. 1.

(6) Pol hist L. S.

un genre d'exil nommé ostracisme, pour écarter des hommes inquiets qui pouvaient troubler la tranquillité publique: cet exil de» précaution , ne punissant aucun crime commis, n'avait rien de déshonorant (i). Mais avec les progrès de la démagogie , l'application de l'ostracisme a été loin d'être juste; fori souvent il a atteint les citoyens les plus" utiles, qui voulaient s'opposer aux engoue* raens auxquels se laissait entraîner la multitude , et a privé la patrie des éminens services qu'ils auraient pu rendre (2).

Avant ces époques, dit-on, les magistratures, entourées de l'opinion publique, n'étaient occupées que par des hommes dont la vie antérieure avait la sanction publique (3).* des mœurs relâchées , l'insolvabilité personnelle, ou la négligence à payer les dettes de ses parens étaient des motifs d'exclusion (4) : un scrutin épuratoire corrigeait, pour les tribunaux , les inconvéniens d'une élection confiée au sort. Ces mesures sages ont, en

(1) Plut, in Cimone, in A ris t. in Pcricl.

(a) Tliuc. hist. L. i , c 117. Ilerod. L. 8, c. 79.

(3) Lys. adv. Phîlon.

^4) AZsck. de émeut, leg. Xen. niemarab. p. 743. Sigon. de rej>. athen. L. 4 , c a.

effet, été décrétées; mais, je ne sais à quelle des époques que nous venons de parcourir > elles ont pu être exécutées avec ce calme des passions qui aurait été si nécessaire ; il a toujours manqué aux Athéniens. Un peuple aussi mobile était loin de conserver, dans ses assemblées , cette froide raison qui juge le mérite , les vertus et les talens des hommes : aussi a-t-il, plus d'une fois, donné sa confiance à celui dont Tunique recommandation était d'avoir présidé, avec grâce, quelque féte publique ( i ). Thucidide , dans les harangues dont il a rempli son histoire , ne s'est pas certainement écarté des opinions reçues de son temps , et il met dans la bouche d'AIcibiade ce motif, comme devant lui assurer le choix du peuple pour un commandement d'armée (2). Les comiques tournaient souvent en ridicule ces choix inconcevables (3); les Athéniens riaient de leurs sarcasmes mais ne se corrigeaient pas.

Tandis que les lois ne donnaient aux ma-

(1) Dcmostli. in Mid\

(2) Tboc hist. L. 6 , c. 4.

(3) Atfo. deipti. L. 10. Eupolitle rilato. Aristoph. Equit. ^c4r a , Se. 1 , Act. 2 , Se. 4..

gistrats qu'une influence passagère , à cause du changement mensuel des prytanes et journalier de leur président , les orateurs , *[ui avaient eu le talent de captiver la faveur populaire, en obtenaient une bien plus réelle, qui se prolongeait aussi long -temps que Vautres compétiteurs ne parvenaient pas à la leur enlever. Cette influence , fondée uniquement sur leurs discours, où ils flattaient le peuple pour lui plaire, a dû plus souvent 1 égarer que l'instruire (i). L'ascendant qu'ils prenaient n'était pas sans périls pour ceux qui lavaient obtenu et, quand les conseils qu'ils avaient donnés avaient de mauvais résultats, ou qu'ils en donnaient qui ne plaisaient pas , ils tombaient en discrédit et même courraient des dangers (2). Un nouvel engouement ne tardait pas à élever un autre orateur qui, bientôt après , avait les mêmes chances à courir (3).

La versatilité est la compagne, presque inséparable , des grandes assemblées , parce què

(1) ArisL polit. L. 4, c. 4. Tlmc. List. L. b, c. 26 et seq* Demostli. Olyntli. 3.

(2) Arist. de rhetor. L. I. JE&àx. in Tim. et de falsa légat. Deraosth/ de corona et de falsa If gai. Poli. ohom. L. S, c.ê.

(3) ALI. ▼ar. lust. L. 12, «:. 62.

les orateurs qui se succèdent , peuvent par leurs séductions , entraîner en des sens différens , et il devait en résulter, pour les Athéniens, l'habitude de l'inobservance des. lois j car un peuple qui les fait et défait trop facilement finit par ne plus les respecter. On attribue à Aristote d'avoir dit qu'ils ont été les inventeurs du pain et des lois ; mais qu'ils ne savaient faire usage que du premier (i): il est certain que plus d'un orateur s'est plaint de ce qu'elles restaient très-souvent inexécutées et, surtout, de l'impunité avec laquelle on osait les enfreindre (2) ; mais ces admonestations ne produisaient aucun effet, ou» si elles en produisaient un instant, d'autres séductions rappelaient bientôt les Athéniens à leur légèreté ordinaire.

L'intérêt de ces orateurs était de rendre plus fréquentes que possible les assemblées du peuple, puisque c'est là seulement où ils pouvaient exercer leur influence, et ils avaient à faire aux Athéniens, peuple léger, ami des plaisirs, qui voulait être amusé et courrait après les distractions dont il s'occupait davantage que de la chose publique, lis firent ? 1 1 — 1 —

(1) Diog. Laert. in vita Arist.

(2) Isocr. de pace, de pauatli.

décréter une indemnité de séance , payée pat le trésor public, et s'assurèrent ainsi les oisifs nombreux qui furent contens d'y trou* ver un moyen d'existence sans fatigue. Sans cette mesure, les Athéniens auraient pu s'ennuyer de ces assemblées trop fréquentes.

Peu de ces corrupteurs du peuple ont eu une influence aussi nuisible que Périmes. Quelques monumens publics qui sont dûs à son goût pour les arts, l'ont fait compter au nombre de ceux qui ont illustré leur patrie , parce qu'il en a embelli la capitale; mais ces bienfaits sont bien faibles , comparés aux maux dont il a été l'auteur. Ayant géré le trésor et embarrassé pour ses comptes que ses ennemis le pressaient de rendre , en même temps qu'il travaillait sourdement à perdre ces derniers, il a cherché long-temps àdistraiie l'attention du peuple par des fêtes multipliées outre mesure , et en l'occupant, dans les intervalles, par des assemblées générales, ou il appelait son attention sur des affaires de détail qui l'habituaient chaque jour davantage à vouloir tout diriger (i). Il y est parvenu un certain temps ; puis ce ressort commençant à

(0 ïUuc hist L. i, c. itj. Plat, in Pcr.

s'user , il a dû en imaginer d'autres qui eussent le mérite de la nouveauté: tantôt ce furent des colonies à fonder ; d'autres fois des projets de conquêtes nouvelles qui développaient toujours plus l'ambition du peuple. En provoquant la guerre du Péloponèse (i), il a jeté le germe des longs malheurs qui, au travers de quelques actions brillantes, ont amené la chûte d'Athènes et de la Grèce entière.

Le peuple d'Athènes habitué à l'oisiveté , par les indemnités qu'il recevait pour ne rien faire , sans perdre de vue ses plaisirs , n'en fut que plus disposé à vouloir tout régler dans ses assemblées générales , et entraîné , tour-à-tour , par ses orateurs en des sens différens, il n'avait aucune suite dans ses projets et encore moins d'énergie pour les exécuter (2). Dérnosthène lui reprochait de ressembler à ces excrimeurs maladroits qui portent leur parade là où ils ont déjà reçu le coup (3). Rassemblé , il voulait des guerres ou plutôt ses orateurs les lui faisaient vouloir ?

(1) Aristoph. pax , v. 223. Thnc. hist. L. 2.

(2) ïWhisl. L. 2, c. 65.

(3) Demosth. Philip. 1.

puis, tenant à ses plaisirs plus encore qu'aux succès de sa patrie , il refusait de sacrifier pour l'armée, des sommes destinées pour ses fêtes (i). Il décidait un armement, puis chacun cherchait ensuite à se soustraire aux fatigues d'une campagne. Cependant toutes les institutions antérieures avaient tendu à former; l'esprit militaire: des honneurs attendaient ceux qui avaient fait des actions d'éclat (2) : celui qui succombait était inhumé aux frais de la république; son oraison funèbre était prononcée publiquement ; ses enfans étaient élevés aux frais de l'état ; les magistrats devaient veiller à ce que ses parens ne reçussent aucune injure (3): mais soit inexécution, soit plutôt changement dans les habitudes , le même esprit n'existât plus : Isocrate s'en plaint formellement (4). Démos thène demandait, comme un très-grand sacrifice, qu'une armée qu'on allait lever fut, au moins, composée d'un quart de citoyens (5). A leur défaut, on a eu recours à des troupes stipen-

(1) Demos th. olynlh. 3.

(2) Meurs, op. T. 1. p. 28.

(3) Meurs, op. T. 1 , p. 29 et 3«.

(4) Isocr. ad Phil.

(5) Demosth. Philip. 1*

diées, et Athènes a fini par confier sa fortune à des commandans salariés (i), aux-* quels , plus d'une fois , l'engouement a fait accorder des récompenses hors de proportion avec leurs services (2) , et qui étaient prêts à trahir , toutes les fois qu'ils y voyaient leur intérêt du moment (3), On ne peut mieux les comparer qu'à ces condottieri qui ont joué un si grand rôle dans les guerres de l'Italie et qui ont été si bien peints par Macchiavel (4). Les Athéniens se sont aperçus trop tard des dangers auxquels ils s'étaient exposés en confiant leur sûreté à des mercenaires (5) , et encore ces momens lucides ont peu duré ; leurs habitudes n'ont pas tardé à reprendre l'empire et à les replonger dans leur première insouciance. Vainement de bons esprits on t fait tous leurs efforts pour les électriser : des poètes citoyens en cherchant à ranimer l'amour

de

(1) iEl. var.lii.st. L. U, c. S, {2) Dcniosth. in Arist.

(3) Dcmostb. in Aristocr. PInlipp. i , Isocr. de pace. Pelvien stratdg. L. 3, c. 10, § 3. Aristoph, ranae, act. 2, Se. 6 » v. 124.

(4) Maccli. dcl Princ. L. iz#

(5) JF.n. Cotnmeut. c. 18.

( Si )

do la patrie; d'autres en employant l'arme si puissante du ridicule (i ). Parrhasius, peintre distingué, tendait au même but par ses carricatwres (2): ce peuple léger applaudissait aux beaux vers, s'amusait des plaisanteries et ne se corrigeait pas. Toute l'éloquence de Démosthène n'a pu produire que des sensations passagères, sans impressions durables.

Les plus beaux momens de la république étaient finis. Les Perses qui , après des efforts inutiles , avaient renoncé à l'espoir de soumettre la Grèce par les armes, y versaient leur or, pour exercer de l'influence (3). Quelques temps, elle a résisté à ces moyens de corruption: un homme, qui avait apporté des sommes destinées à cet honteux emploi, a été voué à l'infamie (4). Mais cette austérité a cédé à des attaques souvent réitérées et» parmi les orateurs habitués à diriger les impressions du peuple , il s'en est trouvé dont

(1) Aristoph. Plut. Act. 4, Se. 3 , etc.

(2) Pl. hist. nat. L. 35, c. 10. Archiv. littér. de l'Europe, Févr. i8o5.

(3) Plut, in Ages. Xen. hist. gr. L. 4. Thuc. bist. L. 1 , c.

(4) Plut, in TemUt. Denjoslh. Philipp. 3 et 4. de falsa légat., etc.

la bouche vénale n'a que trop souvent servi les intérêts de ses ennemis. Ce que l'or des Perses avait commencé, Philippe de Macédoine Ta achevé. Politique adroit, il a créé» par son génie d'intrigue , une énorme puissance ; ses armées ne s'avançaient qu'après qu'il leur avait applani les voies, par des sommes distribuées avec art: il désunissait les confédérations qui lui faisaient ombrage , s'y Formait un parti , séduisait quelques chefs , et toujours fascinait les yeux de la multitude par un masque de modération dont il avait soin de couvrir ses démarches. Athènes, livrée à toute l'incohérence de sa démagogie , ne sut pas lui résister et tomba sous sa dépendance réelle, en conservant toutes les formes apparentes de la liberté. Lacédémone, plus éloignée du péril par sa position géographique, a résisté plus long-temps; mai* son influence dans la Grèce ayant cessé avec le développement de sa désorganisation intérieure, qui avait détruit ses forces, elle a dû succomber aussi (1). Les autres peuples de la Grèce avaient déjà ployé la tète sous l'influence du roi de Macédoine. Athènes ,

(i) Just. huu L. 12, Cl»

toujours agitée , mécontente du présent et incapable de rien créer de solide pour l'avenir, a continué de rester sous la même dépendance des successeurs de Philippe. Un service que ces derniers ont voulu lui rendre a été de limiter l'exercice des droits de citoyen , à ceux d'un maximum de fortune déterminé, dont l'évaluation a éprouvé quelques variations successives (i). Cette mesure sage aurait donné plus de stabilité au gouvernement, et cependant Athènes, toujours inquiète, ne sachant ni obéir, ni être libre 9 a essayé contr'eux des mouvemens sans suite, et a fini par commettre Terreur grossière de chercher un appui chez les Romains (2) qui ont fait peser sur elle le même joug que d'autres peuples portaient déjà. Sous leur apparente protection d'abord, puis sous une dépendance moins déguisée , Athènes a conservé ses mêmes prétentions et sa même inquiétude (3). Elle a long-temps conservé la réputation d'être le foyer des lumières , mais cfc n'était qu'un titre sans réalité. Aux ora-

(1) Diod. Sic. L. 18.

(2) 'fit. Liv. L. 3i , c. 14.

(3) Alh. Jcipu. L. 5.

teurs vigoureux qui ont illustré les temps de sa gloire, avaient succédé des sophistes qui jouaient sur les mots. Aux philosophes si profonds dont elle s'était honorée, avaient succédé de superficiels discoureurs. Les âmes, dont la trempe s'était amollie , se contentaient d'un froid bel esprit, et cependant, cette fausse instruction plaçait encore les Athéniens au-dessus de leurs vainqueurs, et les empereurs romains, qui ont visé àlaréputa-

tion de protecteurs des lettres , ont accordé leur appui aux écoles qui enseignaient ce futile savoir (i).

Le caractère trop ardent et trop mobile des Athéniens et le parti que des ambitieux en ont tiré pour entraîner le peuple vers une démagogie , qui leur facilitait les moyens de jouer un rôle, ainsi que la corruption, qui a suivi le développement de quelques fortunes mal acquises , n'ont pas été les seules causes décadence de cette république.

B'autres y ont également influé et elles réclament notre attention.

Athènes, comme les autres républiques de la Grèce , avait attaché à l'exercice des arts

(i) Paut. in Cor.

et des métiers une espèce de flétrissure. Ce préjugé avait pris, sans doute, son origine à une époque reculée, où l'homme , sans cesse exposé à des hostilités, ne. connaissait que les armes, o'estimait qu'elles , et rejetait sur le sexe le plus faible et sur les esclaves , que le sort des armes mettait sous sa dépendance , toutes les occupations sédentaires , qu'il regardait comme au-dessous de lui. Il avait été celui des habitans d'une grande partie de l'Europe ; on l'a retrouvé chez la plupart des peuples nomades ; mais il aurait dû s'éteindre chez les Athéniens , où le commerce avait pénétré depuis long-temps , et chez qui les arts d'agrément recevaient des récompenses si flatteuses. Tel est cependant l'empire des préjugés, que, nés, pour ainsi dire, avec l'individu , parce que , dès l'enfance , il les reçoit de la génération qui l'a précédé, sa vie entière ne suffit pas pour les effacer et il les transmet aux générations qui leiaivent , tels que lui-même les a reçus. Celui-ci était tellement enraciné chez les Athéniens que l'exercice des arts a rendu inéligible aux emplois, après même que l'admission de tous

les citoyens a été reconnue en principe (i). »i ■■ 1 ■ m. . i .

(i) Sigon. de rep. Adieu. L. 4, c. a.

Ainsi l'oisif, qui tirait sa subsistance des rétributions qu'il recevait, prenait le pas sur l'homme que son industrie rendait utile. Xénophon , lui-même, malgré toute son instruction, partageait cette manière de voir : il est bon de connaître les motifs dont il s'appuyait. « Tous les- arts, dit-il, altèrent le » physique de l'homme; dès-lors, énervent » son ame. Que la frontière soit attaquée; » consultez séparément les cultivateurs et les » artisans : tes premiers, endurcis aux fati- » gues, proposeront des mesures énergiques: » les seconds , énervés ; >ar leur vie casanière , » ouvriront des avis sans vigueur » (i): il termine même par proposer d'en interdire l'exercice aux citoyens. Nul doute que , dans une organisation politique où tout citoyen est soldat, la patrie est intéressée à élever, dans son sein, une jeunesse capable de la défendre et dont l'éducation a développé les forces physiques, à une époque, surtout, où la vigueur du corps était presque tout dans les armées. Mais, lorsque Xénophon a écrit ces conseils aux Athéniens, ils étaient bien éloignés de ces habitudes toutes mili-

(i) Xen. Econ. Introd. § 14.

taires. Les indemnités pour assister aux assemblées, et même aux spectacles, existaient déjà ; une oisiveté encouragée et la séduction des fêtes avaient éteint le goût des armes ; déjà les mercenaires soudoyés se multipliaient dans les armées, en proportion qu'un plus grand nombre de citoyens évitaient de servir. D'un autre côté, Athènes avait besoin du commerce pour soutenir sa flotte, que sa position géographique lui rendait si nécessaire , et le commerce ne peut pas avoir de l'activité s*il n'est alimenté par aucune industrie intérieure. Aussi Xénophon , lorsqu'il a manifesté une telle opinion dans ses Économiques, a cédé plutôt aux préjugés de ses concitoyens, que cherché à les éclairer sur leurs besoins réels. Aristote et Platon ont partagé la même manière de voir : le premier , dans ses Politiques , parle de ceux qui exercent les arts , comme d'une classe qui devait exciter le mépris fi ). Platon, le plus souvent exagéré dans ses conceptions fantastiques , voulait les bannir de sa république imaginaire (2),

(x) Arist. Polit. L. 1 , c. 7, L. 3, c. S etc.

IL9 époque où ce préjugé , qui flétrissait l'exercice des arts, a commencé, chez les Grecs , n'est pas connue. Hésiode , dans un de ses poèmes, dit qu'aucun travail n'est déshonorant pour l'homme (i); mais rien, dans ce qui précède et ce qui suit , ne montre si le poète a voulu consacrer une opinion qui existait de son temps, ou s'il a voulu, au contraire, attaquer l'opinion commune, en professant une autre manière de voir. La classification des Athéniens en castes, qui anciennement a existé , plaçait, il est vrai, les hommes vivant du travail de leurs bras dans la dernière classe, suivant Diodore, et les artisans en faisaient partie. Suivant Pollux, ils y auraient occupé un rang supérieur à celui des agriculteurs ; mais cet auteur est d'une époque trop moderne pour que son opinion puisse être d'un grand poids. Dans l'incertitude où nous laissecette diversité d'opinions, il est difficile de faire un choix ; celle de Diodore me parait , cependant la plus fondée. 11 est certain que ce préjugé existait au temps de Solon , puisqu'il a fait des efforts pour le sapper par ses institutions ; Tune d'elles, qu'on cite du

(i) Hes. op. et dies, v. 38 1.

moins comme étant de lui , privait un père du droit de demander des secours à ses enfans, lorsqu'il avait négligé de leur faire apprendre un métier (i). Aristophane, dans son plaidoyer de la pauvreté, ne lui fait pas dire seulement que, sans elle, les honimes seraient privés des produits des arts, puisque personne ne les exercerait ; mais il va plus loin ; il dit que c'est elle qui assure le bonheur réservé aux hommes occupés et industrieux (2). Il faudrait en conclure, qu'alors, les bons esprits tendaient h combattre ce préjugé et que tous leurs efforts ont été inutiles. AEschine ne parle pas de cette obligation aux pères de donner un métier à leurs enfans; il dit seulement, dans un de ses plaidoyers , que ceux-ci sont dispensés de nourrir leurs parens, lorsqu'ils ont été loués par eux pour une industrie honteuse (3); ayant à défendre quelqu'un qui était dans ce cas là, il se sera borne sans doute à rappeler ce qui servait à sa cause.

Athènes, ville commerçante , ou , par conséquent, il devait exister une grande inéga- •

(1) Plut, in Sol. Vitr. Archit. L. 6. pr<*f. (a) Aristoph. Plu tus Act. 2 , Scen. 3. (3) jEsch. in Timarch.

lité dans les fortunes, aurait eu besoin de* arts pour occuper une populace pauvre , dont le travail était Tunique ressource et qui , sans elle, n'en était que plus facile 4 séduire. Tous les efforts du gouvernement auraient dû tendre à détruire les préjugés qui repoussaient Tindustrie : mais , au lieu de chercher à occuper le peuple, on Ta nourri par des gratifications. Tandis que ce dernier, toujours inquiet, sentait ses besoins et désirait une amélioration dans son sort ; les gouvernans qui avaient négligé de la lui assurer par des encouragemens au travail dans sa patrie, ont cherché à diriger son imagination vers la formation de nouvelles colonies, où ils rejettaient une partie de cette populace dont ils étaient embarrassés ( i ). Ces mesures impolitiques et plus d'une fois répétées, ont privé la république de citoyens, qu'en suivant un meilleur système, elle aurait pu utiliser, et lui ont enlevé aussi le* moyens de composer ses armées d'une po~ pulation intéressée au salut de la patrie. Deux maux en ont été la conséquence, le premier , la nécessité de compléter les armées au moyen

(i) Plut, iu Pcr. , | ,

de mercenaires étrangers, onéreux à l'état par les sommes qu'ils coûtaient et d'une fidélité toujours douteuse, puisqu'ils étaient vénals : le second c'est que l'exercice des arts, trop négligé par les Athéniens , a dû appeler chez eux une foule d'étrangers qui venaient s'en occuper (i), et qui ne remplaçaient pas les citoyens envoyés dans les colonies, puisque des avantages pareils ne les attachaient pas au pays. Ces domiciliés , séparés des citoyens par des distinctions humiliantes, étaient hien âous la protection des lois (2) ; mais tous les momens de leur existence leur rappellaimt qu'ils n'étaient que tolérés (3). Des tribunaux particuliers leur étaient ouverts (4) : pour obtenir la permission de s'établir , ils devaient fournir la caution d'un citoyen (5): ils ne pouvaient acheter aucune propriété foncière (6). Xénophon a proposé , comme une amélioration utile, de leur permettre de bâtir des

(1) Xen. de rep. -Athen.

(a) Demosth. in Steph. a. Sigon. de rep. Athen. L. 4 » fc 3.

(3) Suid. voce Metoikoi. Harpocr. voce Scaphephoros. JEl. var. hist. L. 6, c. 1.

(4) Demosth. in Zenoth. Meurs, op. T. a, p. io85. <5) Suidas voce Prostates.

(6) Xen. Econ. c. 3.

maisons dans la ville (i); mais il y a loin de là à posséder des propriétés foncières. Étaientils hors d'état de payer l'impôt auquel étaient adstreints les étrangers , ils étaient vendus comine esclaves (2). Pareil châtiment attendait celui qui aurait été convaincu devant les tribunaux d'avoir usurpé , en quelque occasion, les droits de cité (3). Les lois leur interdisaient toute alliance avec les citoyens : l'enfant qui serait né de ces unions était réputé illégitime (4), et si, par surprise, quelqu'un d'eux parvenait à épouser une Athénienne, il était réduit à l'esclavage et ses biens étaient confisqués (5). Un citoyen qui aurait fait épouser, par surprise, une domiciliée à un Athénien encourrait la même peine (6). Dans toutes les cérémonies publiques et les fêtes, une démarcation qu'ils ne

(0 Xcn. Econ. c. 3.

(z) Meurs, op. T. 2 , p. 1039.

(3) Plut, in Pcricl. Dion. liai, in Isœo. Demosth. in Eubul.

(4) Plut, in Tlieinist. et in Per. Is*i de hered. Apollod. Si- £on. de rep. Athen. L. 2,c. 2. Cette loi avait été rapportée à la demande de Periclès ; mais elle a été remise en rigueur une vingtaine d'années après sa mort (Uemosth. in Eubul. Meurt, op. T. 2 , p. 75).

(5) Domosth. in Neœr.

(Sï Dcinostli. in Nexri

pouvaient franchir leur rappelait désagréablement leur position (1). Rien, par conséquent , ne les attachait au pays où ils vivaient et on ne peut , sous aucun rapport , les comparer à ces étrangers industrieux , que des gouvernemens sages savent appeler, et qui bientôt prennent un amour vrai pour une patrie adoptive où ils trouvent le bonheur. Etrangers à l'Attique, ils n'y étaient retenus que parleurs bénéfices; ils devaient peu s'intéresser aux chances de l'état , puisque n'étant pas propriétaires , ils pouvaient , en s'éloignant, échapper à tous les maux qui la me* naçaient. Sous aucun de ces points de vue , ils ne remplaçaient les citoyens qui s'étaient éloignés pour former des colonies. Ces étrangers industrieux , moins distraits de leurs occupations que les citoyens , devaient nécessairement augmenter leur aisance , atteindre même à la fortune , et , si l'existence de la république s'était prolongée , on aurait vu un jour toutes les richesses dans les mains de cette classe 7 qui n'avait ni droits civils, ni propriété qui l'attachassent au pays , sans intérêt , par con-

(1) jEI. yar. hist. L. 6, c. 1. Arist. in An. v. Ô50. SniJas et Hesych. yoce Skaph. Poil. onom. L. 3, c. 4.

quent, au sort de la patrie; ce qui aurait formé une organisation monstrueuse dont la durée aurait été impossible.

Les lois avaient statué que la dispense des distinctions avilissantes dont j'ai parlé pourrait être accordée à des domiciliés , ce qui formait de ceux-ci une classe pour ainsi dire intermédiaire (i ) ; elles avaient statué aussi que les ciioits de citoyen pourraient leur être concédés comme récompense d'importans services (2). Mais ces concessions d'abord rares , et entourées de formalités imposantes (3) , parceque les cas de cette nature ne pouvaient jamais être fréquens, ont manqué leur but lorsque les engouemens de la démagogie ont prodigué cet honneur pour des motifs futiles et souvent à des individus qui ne le méritaient pas (4). A la vérité, il était permis à cha-

(1) Sigon. de rep. Athen. L. 4 , c. z.

(a) Demosth. in Ne«r. Lorsque les habitons de Platée ont dû chercher uu asile à Athènes, après la perte de leur patrie , ils ont reçu cette compensation (Demosth. in Neaer. Isocr. Pauath.

(3) Meurs, op. T, 2 , p. 77. Leurs enfans ne pouvaient parvenir aux principales fonctions publiques qu'à la troisième génération (Demosth. in Eubul. (Meurs, op. T. 1 ; p. 75).

(4) Demosth. iu Aristocr* et de rep. ordin. Ath. deipu. L. 1 , a et 3.

cun des citoyens de traduire devant les tribunaux ces individus , et il y a eu des exemples qu'ils y ont été dépouillés de ce droit accordé par le peuple (i). Des ambitieux ont aussi employé ce moyen de grossir leur parti; on peut citer l'exemple de Clistène (2). Une ou deux fois aussi, dans des momens difficiles, on y a, eu recours pour se procurer les moyens de recruter l'armée affaiblie par des pertes (3) ; mais on n'a pu obtenir que de faibles avantages de cette mesure , parce que les hommes ne passent pas si rapidement des habitudes d'une vie comprimée aux élans du courage.

A cette classe des domiciliés se joignait, par une exclusion pareille des droits de citoyen , tous les individus issus de l'union illicite des citoyens avec les domiciliés , ainsi que tous les enfans naturels (4) et les esclaves qui avaient obtenu leur affranchissement (5) et qui n'avaient pas encore rempli les forma-

(1) Demosth. in Neaer.

(a) Arist. polit. L. 3, c. 1.

(3) Just. hist. L. 5, c. 6. Diod. Sic. t. »3.

(4) Plat, in Perici.

(5) Suid. voce Meioikin.

lités exigées pour devenir citoyens. Elles étaient bien plus sévères qu'à Rome; elles veillaient à ce que cet acte, qui introduisait un nouveau membre dans la société , n'y portât pas des individus assez vicieux pour être nuisibles ( i ). Pour pouvoir le devenir et en exer* cer les droits, ils devaient être adoptés par quelqu'une des tribus et inscrits dans ses registres comme y étant incorporés (2).

Les habitudes oisives , qu'on avait laissées s'introduire dans Athènes, que les séducteurs du peuple y avaient même encouragées, ont étendu leurs funestes effets jusques sur l'agriculture; non point qu'elle y fut repoussée par les préjugés, comme Montesquieu l'a pensé (3); car, au contraire , les anciennes institutions de l'Attique tendaient à y appeler les citoyens (4); mais parce que les cultivateurs en étaient détournés par toutes les séductions que l'oisiveté trouvait dans la capitale. Platon , qui voulait presque exclure cette classe d'hommes de sa république fantastique (5) , l'aura

induit

(1) Demosth in Neaer. Sigon. de rep. Athen. L. a, c. 4.

(2) ArisL polit. L. 3. Sigon de rep. Athen. L. 2 , c. a.

(3) Mont. Esprit, des lois. L. 4 , cit. 8.

(4) Isocr. areop.

(5) Plat, de rep. L. a.

induit en erreù* ; mais ce n'est pas lâ seule chose en quoi Platon, livré à son imagination , n'a vu qu'elle et non les institutions de sa patrie. J'ai peine à cdncevoir comment Montesquieu a pu se faire une pareilfe opinion des Athéniens ; il lui aurait suffi de jeter les yeux sur la liste nombreuse des agronomes grecs, qui ont écrit sur ce sujet, et dont la majorité était d'Athènes , pour en conclure que l'agriculture était estimée ; car dès qu'une carrière est repoussée par les préjugés, aucun écrivain n'attache sa gloire à en traiter. Il lui suffisait encore d'ouvrir les écrits des hommes qui ont illustré la Grèce , les mêmes qui ont adopté les préjugés populaires contre les arts et qui ont , au contraire , réhaussé l'exercice de lagri-> culture ; si , en cela , ils s'étaient éloignés des opinions de leur siècle, ils les auraient combattues. Xénophon met l'agriculteur au premier rang de toutes les classes de la société , et fonde son opinion sur leur utiKté (i). Aristote en parle dans le même sens, et pense que la répùblique la plus heureuse est celle qui est composée d'agriculteurs : [ aucune autre > dit-il, ne défend mieux ses foyers (2) : il

(1) Xen. Econ.

09 Arist. Polit. I* $ 9 c 4.

cite surtout, avec éloge, la ville d'Amphiâl«r où les propriétés étaient tellement divisées que chacun y possédait quelque chose. Thucidide peint vivement les regrets qu'eurent les Athéniens de quitter la séjour de leurs champs , lorsque Périclès, au commencement de la guerre du Péloponèse , les engagea à se concentrer dans la capitale (i). Ces mêmes auteurs n'attaquent nulle part des préjugés existans, qui en écartaient les Athéniens ; ib leur reprochent seulement leur paresse qui les en éloigne : ils s'attachent à en réveiller l'amour; leur peignant ses procédés comme faciles à connaître , et son exercice comme fécond en jouissances. (2) On voit qu'ils s'adressent à des hommes agriculteurs par état , niais amollis par le séjour des villes et distraits par des jouissances auxquelles ils auraient peine à renoncer. Ceci nous ramène aux; funestes conséquences qu'ont eues les concessions accordées à la populace de la capitale, Non-seulement elle était soudoyée pour assister aux assemblées générales et aux tribunaux, , mais on, avait encore étendu cette

Ci) Thuc hut L. a. o. 4.

(2) Xen. Eco».

mesure aux fêtes que les meneurs avaient multipliées pour la distraire; aussi s'est-elle progressivement accrue par l'affluence des individus qui abandonnaient les fatigues des champs pour venir partager ces plaisirs (i). Cette tendance vers le centre, mais avec quelques différences dans les motifs , remonte aux temps antérieurs à Pisistrate, puisqu'il a fait refluer sur les campagnes les hommes qui les avaient quittées ; mais cette tendance avait trop d'attraits pour n'avoir pas repris son cours ensuite, et je ne vois aucune mesure qui Tait contrariée. L'accroissement de population de la capitale étant devenue hors de proportion avec les produits des campagnes, on a dû avoir recours à des achats de subsistances au dehors, souvent onéreux au trésor public, et ils ont augmenté graduellement (2). Les soins que le gouvernement prenait pour assurer les approvisionnemens de la capitale , ont porté atteinte à l'agriculture, parce qu'en y maintenant une abondance artificielle et des prix toujours

(1) Alciphr. Epist. L. 3. ep. 70. . —

(1) Demosth. pro. Ctes. iu Lept. ad Lacr. in Theocr. in Pnom, ©ioil Sic. L. i3.c. 107. Isocr. Trapea. Plut, in Demosth.

modérés, par la taxation des denrées (i) , le cultivateur ne trouvait pas toujours à se récupérer sur leur prix, de l'insuffisance de ses mauvaises récoltes. À l'attrait trop séduisant du séjour d'Athènes, il faut ajouter une autre cause secondaire du dépérissement de l'agriculture , qui a été commune à cette ville et au reste de la Grèce, et dont l'influence a beaucoup augmenté dans les derniers temps de son indépendance. Ce sont les guerres trop ^fréquentes de ville à ville , que les rivalités d'ÀtKènes et de Lacédémone ont toujours plus multipliées , et qui , le plus souvent , n'ont eu pour principal résultat que le ravage des territoires (2). Les cultivateurs s'y trouvant sans cesse exposés ont fini par se retirer dans lés villes où , plus éloignés de leurs champs , ils les ont moins hien cultivés, souvent négligés et même abandonnés. Cette cause, comme je l'ai dit , n'a pu être que secondaire , parce que ses effets n*ont pas été constants et n'auraient été que passagers si elle avait existé seule. Ce sont donc les attraits du séjour d'Athènes et les gratifications, où l'oi-

(1) Suidas voce Sitoj.hul Harpocr. voce Epionil, (a) InsL hist* L. 3. e. 7.

aiveté trouvait à s'alimenter, ijui soat la cause principale. Ce mal a commencé avec les avantages accordés à l'oisiveté par les corrupteurs de cette république, et ont été portés à leur comble par Péridès , qu'on regarde trop comme le créateur des beaux temps d'Athènes , à cause de quelques monumens qu'il a fait construire. Il faut plutôt le considérer comme le premier échelon de la décadence de sa patrie. Tout s'enchaîne en économie, une seule erreur en administration conduit par ses ramifications à des conséquences , dont il est souvent difficile de saisir toutes les branches. Si , par exemple , l'industrie avait été encouragée chez les Athéniens , Péricles n'aurait pas jugé nécessaire de corrompre le peuple par des distractions multipliées, et l'habitude du travail au centre,'y multipliant les consommateurs, aurait vivifié l'agriculture dans les campagnes ; mait dès qu'il n'existe au centre qu'une populace dont l'oisiveté est encouragée par des secours , les campagnes se dépeuplent pour tendre vers ce foyer de corruption (i).

(1} C'est aux habitudes oisives . troo cncouxacccs dans AtLè^ nés. et qui de même l'ont été à Rome, qu'il faut nttribuer

De Sparte»

*•■••'* • D'un peuple mobile , ami des beaux arts et plus encore des plaisirs, nous passons à un peuple bien différent de mœurs et de caractère. Tout est contraste lorsqu'on, les compare, aussi les Spartiates, rivaux des Athéniens dont ils ont balancé la prépondérance, ne leur ont ressemblé que par la seule ambition. Thucidide dit qu'on leur reprochait une lenteur d'imagination qui leur a souvent été nuisible (i), tandis, au contraire, que l'imagination trop prompte des Athéniens les a plus d'une fois entraîné à faire des sottises.

Les Spartiates étaient Doriens d'origine ; d'anciennes traditions les font descendre du nord, j'ai déjà fait observer que si réellement ils sont sortis de régions plus septentrionales, ils auront été longtemps établi sur

cette classe nombreuse de parasites qui, privés de ressources t cherchaient à vivre aux dépens des riches ', et supportaient, pour obtenir des aliraens , le mépris dont on les abreuvait et des mauvais traitemens même. Il suffît, pour s'en convaincre, de lire Athénée , Alciphron et les comiques grecs et romains , on y voit toujours quelque parasite qui est le'personnage bafoué, (i) Thuc. hist. L. i. c. 84. L. 8. c. 9€.

( io3 )

les limites de la Grèce , avant leur invasion du Péloponèse , puisqu'ils n'étaient pas considérés comme étrangers par les au très Grecs (i )• L'événement de cette invasion parait devoir être considéré comme un fait historique ; il n'en est pas de même de l'époque où il a eu lieu , quoique les chronologistes a*yent prétendu la fixer. L'intervention des personnages mythologiques ; qu'on y fait figurer , m'inspirent des doutes, ainsi que plusieurs circonstances de l'invasion, telle que les historiens la racontent , et qui ne sont rien moins que vraisemblables. A défaut de notions positives ils auront donné carrière à leur imagination : trop souvent leurs conceptions ressemblent un peu trop aux romans historiques modernes. Ce qui paraît le plus certain, c'est qu'elle a eu lieu à main armée et a rencontré des résistances, puisqu'il est resté des traces, dans les temps plus modernes , de la violence avec laquelle elle s'est opérée. L'état de servitude des Hilotes est la condition d'hommes asservis par; la chance des armes , et réduits à la servitude par le vainqueur.

On a trouvé des ressemblances entre les

(0 Herod, h. i.c. 56. Str. geogr. L. 8.

Spartiates, seuls admissibles aux fonctions publiques, les Lacédémoniens, libres mais inhabiles aux emplois , et le$ HUotes placés au-dessous de la liberté* avec Porganisatiou des peuples de la Germanie en nobles , hommes simplement libres et serfs. En poussant plus loin la comparaison on trouverait peutêtre quelques analogies de plus entre l'état des Metakoi et des Trophimoi de Lacédémone -, et celui des Aides , et des autres nuances inférieures , distinguées dans le nord de l'état des serfs proprement dit. D'autres traits de ressemblance peuvent encore être remarqués entre ces peuples. A Sparte les cheveux longs étaient comme chez les peuples du nord, le signe de la liberté (i). L'usage du fer y a été plus anciennement commun que chez les autres peuples du midi de l'Europe (2). Ils stratifiaient de la paille lors du décès de leurs rois (3) ; on se rappellera les préjugés religieux que les peuples du nord attachaient à cette substance (4). tes Spartiates attendaient la pleine lune pour leurs opérations militai-

(1) Arist. polit. j , c. 9.

(2) Plut, in Lyc Pl. liist. nat L. 33, c. 4.

(3) Heracl. poot. in Ant. Gr. T. 6.

(4) Econ. publ. et rur. de* Celtes etc. p. 4*8.

( io5 )

res fi); le n*èfne préjugé existait chw Us Germains ( a )• Le repas kopi* des Lacédér moniens présente aussi des ressemblances avec les usages des Celtes , ils le prenaient eu plein ail4 assis sur de la paille, tous les passans étaient invités a s'en approcher { 3 ). Ce n'est qu'en Laconie où on trouve des tombeaux formés d'un tumulus de terre, semblables à ceux qu'on observe dans le nord et dans quelques contrées de l'Asie (4)* Un gout exclusif pour les exercices militaires, un costume différent de celui des autres Grecs, ont été remarqués par les anciens ; ils ont surtout comparé les cérémonies usitées pour le décès de leurs rois, avec celles que suivaient les Perses , ainsi que la libération de tous les débiteuri envers l'état, lors de l'avènement du successeur, commune à ces deux peuples (5); quelques auteurs ont même avancé l'opinion qu'ils avaient une même origine (6). D'un autre côté, d'anciens usa-

(1) Pans, m Att. Meurs. HîtceL façon, L. z,c 9.

(2) De l'Econ. publ. et rur. des Celtes , des Germains , ete. p. 55. 9

(3) A th. deipn. L. 4.

(4) Ath. deipn. L. 4. '

(5) Herod. L. 6 , c. 58.

<6) Amm. Marc L. i5 , e. 9.

( io6 )

ges conservés dans le Péloponèse, indiquent ides rapports avec l'Afrique. Ainsi les Lacédémoniens sont, de tous les Grecs, ceux qui ont eu le plus de foi à l'oracle de Jupiter Ammon, situé dans les déserts de la Lybie. Comme ils n'ont jamais été navigateurs, ce n'est pas par la fréquentation de ces contrées qu'ils ont appris à le connaître; mais leur invasion en Laconie a été précédée par des établissemens des Pélasges ; ce sont ces derniers qui y auront porté cette superstition de leur ancienne patrie , et d'eux elle se sera communiquée aux Lacédémoniens. Ce seront eux qui auront jeté les premiers fondemens dq l'ancien temple de cette divinité , qui a existé en Laconie ( i ). C'est aussi par ces anciens établissemens des Félasges, qu'on peut expliquer la tradition qui s'était conservée d'une origine commune des Lacédémoniens et des Juifs (2). Ceux qui l'ont regardée comme une fable se sont fondés sur l'origine asiatique attribuée aux Juifs; mais les preuves que j'ai fournies qu'ils sont sortis clel'Afriquc , rend cette opinion, que j'ai adoptée, d'autant plus vraisemblable ,

qu'elle se concilie très-bien avec les anciennes

(1) Fans, in Lac.

(2) Macch. L. 1 , c. 12 et 21.

( io7 )

annales juives , contenues dans leurs livres sa^ cr£s (i).

Nous n'avons aucune notion certaine sur ce qu'a été l'organisation politique des Spartiates , aux époques antérieures aux temps historiques. Ils ont eu certainement des rois , comme le reste de la Grèce, puisqu'ils en avaient encore lorsque leur histoire a cessé d'être romanesque. Lycurgue , qui a été leur législateur, était lui-même du sang de ces rois. Il est à présumer que la même fermentation qui , dans toute la Grèce , a renversé la royauté, s'est étendue aussi dans la Laconie ; ailleurs, où les imaginations étaient plus incandescentes , la révolution a été complette ; chez les Lacédémoniens , plus lents à se mouvoir , la puissance des rois a seulement reçu des limites. Il paraît qu'on peut placer cette révolution à une époque peu antérieure à celle où vivait Lycurgue. Des dissentions intestines, disent les anciens, agitaient alors le peuple , et c'est pour mettre un terme aux maux qui en résultaient, qu'il a imaginé les institutions qui ont immortalisé sa mémoire,

(i) De l'Econ. publ. et rar. des Arabes et des Juifs, p. 120 et passira.

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plus par leur singularité que par leur bonté réelle» Lui-même avait été victime de ces discordes civiles \ une faction, qui lui était contraire, l avait fait exiler, et c'est pendant ses voyages , qu^aidé de ses observations chez d'autres peuples , il a imaginé son système qu'il a fait adopter depuis son retour* Suivant les uns , il avait été jusqu'aux Indes converser avec les gymnpsophistes ( i ) ; les Egyptiens prétendaient avoir contribué à son instruction (2) : on a dit aussi qu'il a puisé dans les institutions des Crétois ( 3 ). Les Grecs, amans du merveiljeux , ont volontiers donné carrière à leur imagination sur les personnages illustres des, temps reculés , et la chose était d'autant plus facile , relativement à lui, qu'il n'existait aucune annale contemporaine, et que ni ses lois ni ses institutions n'ont été transmises écrites ; on croit même qu'il s'était contenté de les faire adopter par l'usage (4)- Ce qu'il y a de certain c'est que les lois , dont les Lacédémoniens ont fait usage

(1) Plut, io Lyc. •' (s) Plut, in Lyc. Isocr. Bus. land.

(3) Arist. Polit. Ij. 2, c. 10. Sir. geogr. L. 10. Hcrod. lç I ♦ c. 65. Plut, in Lyc.

(4) Cle». Alex. Slrom. L. 1.

sous son nom , paraissent avoir été rédigée» à une époque bien moins reculée (i). Tout ce qui précède a été puisé dans les écrits des anciens. Mais peut-on croire que Lycurgue ait changé les mœurs des Spartiates , aussi complètement qu'on l'assure? n'est-il pas à présumer que les historiens de la Grèce, privés de notions exactes sur les époques antérieures , ont rapporté à lui le tableau général des usages de ce peuple, sans distinguer les institutions plus anciennes qu'il avait conservées ou régularisées , et les nouvelles qu'il a introduites ? C'est ainsi qu'on a attribué aussi à Mahomet , comme étant de sa création , beaucoup de choses qu'il a con* servées des anciens Arabes , moins connus que ne l'est son Koran. Dans cette manière de voir , on peut soupçonner que les réglemens de Lycargue pour l'éducation publique, l'existence toute militaire de la nation, l'aristocratie de quelques familles, les repas communs et le servage des cultivateurs , peuvent avoir déjà fait partie avant lui des mœurs nationales. Lycurgue , sous ce point; de vue, devrait être considéré comme un - ' ■ » — f

(i) Clem, Alex. Str. L. r.

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réformateur, et non comme un créateur de sa nah'on, ce qui rendrait son rôle moins incroyable ( i ). Il est en effet difficile de concevoir qu'un homme ait pu prendre un ascendant d'opinion tel, sur ses contemporains, qu'il ait suffi pour donner une direction entièrement nouvelle à leurs idées, pour briser tous les préjugés, tous les usages, toutes les institutions, et faire adopter, par une nation entière * une nouvelle existence. L'homme est le même dans tous les siècles, et nous voyons, par l'histoire des temps moins reculés , combien il est difficile de changer ses habitudes , combien les reformateurs , même les fondateurs de religion, secondés par le fanatisme qu'ils ont su inspirer à des imaginations échauffées, ont eu de difficultés à vaincre et d'obstacles à surmonter: c'est en cédant aux habitudes les plus enracinées et en les faisant entrer dans le culte nouveau | qu'ils sont parvenus à étendre leur influence. Et on voudrait qu'un homme , par l'ascendant de la seule raison , eut fait consentir une nation entière à quitter des mœurs plus douces, pour adopter des .institutions dures,

(i) Sainte Croix. Auc. col. pt 1 38.

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