CHAPITRE I
Historique
Jusqu'en 1914, où, ainsi que nous l’avons dit, Le Damany décrivit les « hépatites hydropigènes », l'œdème n'avait Jamais été étudié comme étant un symptôme de l’insuffisance hépatique.
Sans doute Hippocrate lui-même voyait dans les maladies du foie une des grandes causes de l’hydropisie, mais il est vraisemblable qu’il faisait allusion à l’ascite.
Sans remonter aussi loin, si nous nous rapprochons des temps modernes, nous voyons que l’opinion des auteurs de la deuxième moitié du XIX: siècle était, à peu de chose près, celle des cliniciens de notre époque. Dans son article sur l’œdème du Dictionnaire de Dechambre, Legroux nous expose très nettement cette opinion : « Les maladies du foie, ne déterminent que rarement, et d’une manière indirecte, l’œdème du tissu cellulaire sous-cutané. Celui-ci se montré seulement quand l’ascite, qui est une conséquence fréquente des affections hépatiques, atteint des proportions assez considérables pour comprimer la veine cave infériéeure et déterminer l’infiltration des membres abdomihaäux ». Pour Legroux, il n’y a donc pas d’œdème sans ascite.
Cependant, dès 1852, Mouneret releva cette erreur d’observation en faisant remarquer très justement qu'il n° a pas toujours relation entre l’œdème et Pascite et que le
premier n’est pas nécessairement la conséquence du second : « Il peut y avoir, dit-il, des œdèmes des membres inférieurs sans ascite et surtout l’œdème et l’ascite peuvent se développer simultanément ». Mais il n’alla pas plus loin et ne tira aucune conclusion de cette importante constatation.
En 1876, l’Irlandais Mac Swinney dans le Journal médical de Dublin; en 1884, Giovanni de Padoue dans la Revista clinica di Bolonia, font remarquer à leur tour que souvent lœdème des membres inférieurs précède l’ascite.
Il faut attendre 1892 pour trouver le premier essai d’une explication pathogénique de ces œdèmes indépendants de toute ascite. Dans la thèse de son élève Presles (Thèse de Paris) le professeur Gilbert les attribua à des lésions de périphlébite et d’endophlébite de la veine cave inférieure développées au niveau du foie; et, surtout, au rétrécissement de cette veine gênant la circulation en retour.
Pour Frerichs, l’œdème que l’on rencontre parfois chez les hépatiques doit-être mis sur le compte d’une affection cardiaque ou rénale concomitante. De même, pour Guéneau de Mussy, l’œdème malléolaire qui survient au cours des crises de coliques hépatiques est imputable à une asystolie passagère. d
Dieulafoy, dans son Manuel de Pathologie interne (tome IT, page 539), signale l’œdème des jambes dans 1: cirrhose hypertrophique graisseuse. Mais c’est surtou Hanot (Archives de Médecine, juin et juillet 1882) qu teentiqune le développement d’un ædème dans Ja périodi pré-ascitique, œdème pouvant même envahir les membre supérieurs dans la cirrhose atrophique aiguë. Un peu plu: tard, dans la Semaine Médicale de 1893, page 209, il écrit « L’altération de la cellule hépatique explique les œdème localisés soit autour des malléoles, soit à la face sans albu mainurie, Il y a un œdème hépatique comme il y a uw œdème rénal et il peut être un signe d'avant-garde »,
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Enfin, en 1914, Le Damany, dans le numéro de juillet de la Revue de Médecine, mit la question au point. Il décrivit ces œdèmes signalés par Hanot et en donna une explication pathogénique.
S’inspirant des travaux de Roger, Enot dans sa thèse « Des œdèmes d’origine hépatique » (Thèse de Paris, 1920) a repris la question, mais son but fut surtout d’en étudier la pathogénie.
Pour nous, nous préoccupant moins du métanisme pathogénique, sur lequel notre rôle se bornera à indiquer les opinions proposées avant nous, nous chercherons surtout à décrire les différentes formes cliniques sous lesquelles se présente l’œdème, symptôme d’une insuffisance hépatique.