‹ De l'Eden à MoiseChapitre 31 sur 79 · XI.M INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XI.M INTRODUCTION

Nous offrons donc noire ouvrage à ceux qui croient et à ceux qui ne croient pas. Mais il est une troisième classe de lecteurs pour qui nous avons écrit : nous voulons dire ceux qui vacillent dans la foi.

Il en est beaucoup aujourd'hui, dit-on, chez qui le souffle fflacé d'une science incrédule a desséché la foi. Il en est plusieurs peut-être qui pourraient dire, avec cet homme qu'une mort prématurée enleva à la défense de la cause catholique :

(( Au milieu d'un siècle de scepticisme , Dieu ma fait la grâce de naître dans la foi. Enfant, il me prit sur les genoux d'un père chrétien et d'une sainte mère. Plus tard, les bruits d'un monde qui ne croyait point vinrent jusqu'à moi. Je connus toute l'horreur de ces doutes qui rongent le cœur pendant le jour, et qu'on retrouve la nuit sur un chevet mouillé de larmes ' . »

' M. Ozanam, professeur à la Sorbonne, l'un ries fomlaleurs de la Sociéléde Snint-Vincenf-de-Paul, homme éminent par la science et l'éloquonce, plus recommandable encore par sa piété, sa charité et cette j^énérosité du cœur, qui lui conquirent les ardentes sympathies d'une nombreuse jeunesse, mort à Marseille, en 1853, à l'âge de qiiarantc-qnalro ans.

INTRODUCTION XLVIF

Si ce chrétien vaillant a connu le^ tristesses de l'àme, les luttes de la foi contre le doute, luttes qui maintenant ajoutent à sa gloire, combien d'autres ont à combattre aujourd'hui contre les séductions d'une science sceptique et incrédule !

Les audacieux mensonges d'une fausse science appelée à disparaître un jour, ont fait de nombreuses victimes. Mais il en est que l'on peut sauver encore. Si donc, entraîné d'un côté par les séductions du matérialisme renaissant, retenu de l'autre par sa conscience . par ses souvenirs et par son cœur, un chrétien reste hésitant : s'il a besoin du pain de la vérité pour fortifier son âme . dune lumière pour éclairer son esprit, dune main amie pour le guider dans le chemin du bien . nous nour^ présentons à lui sans présomption comme sans timidité. Qu'il nous lise et qu'il brave les quelques aridités inséparables d'un ouvrage de controverse, où l'autorité de la science a dû être souvent invoquée. Nous l'espérons, l'ordre renaîtra dans ses pensées , la lumière rentrera dans son esprit.

Mon Dieu ! si ce livre peut être utile à un seul de ces chrétiens encore incertains s ils doivent reprendre la route qui mène à vous et votre Christ par l'Eglise, ou suivre la foule qui s'éloigne, faites que cet écrit tombe entre ses mains, et qu'il dise un jour, lui aussi, après nous avoir lu : « J'ai connu toute l'horreur de ces doutes qui rongent le cteur

XLVIll INTRODUCTION

pendant le jour, et qu'on retrouve la nuit sur un chevet mouillé de larme?;. L'incertitude de ma destinée ne me laissait pas de repos ; c'est alors que renseignement d'un prêtre me sauva ! »

L'A>CIE> TESTAMEXT

CONSIDÉPu\TIONS PRÉLIMINAIRES AUTORITÉ DU PUXTATKUQUE

La religion de ne? pères, qui renferme en ellemême tout ce que les religions du monde possèdent de meilleur, est de notre temps livrée à d'incessantes attaques. Les services qu'elle a rendus aux sociétés, ce qu'elle a fait dans le domaine des lois, des lettres et des arts . ses dévouements , ses tendresses pour les petits et les misérables, tout cela a été oublié 1 La vieille mère gène ses fils aventureux dans leurs témérités et leurs destructions : à leurs yeux, elle a vécu longtemps; on veut la supprimer.

La religion n'est point destructible : ce sont les sociétés qui meurent, quand elles s'en privent. Comme la lumière et l'air, elle est nécessaire aux hommes, et les peuples s'étiolent ou se suicident

en voulant se soustraire à ses influences vivifiantes. On peut s'attaquer à ses contingences, aux éléments humains qui l'enveloppent comme un vêtement; mais on ne peut la modifier substantiellement.

La force brutale et même l'intérêt général sont impuissants à régler la liberté, incapables de déterminer le sacrifice de l'égoïsme au bien public. Sans Dieu, qui commande souverainement l'ordre et la discipline, le devoir reste obscur, le vice et la vertu manquent de sanction.

La Bible, cette expression complète du sentiment religieux depuis que l'Evangile est venu éclairer ses obscurités et en donner le dernier mot, la Bible est associée aux destinées de la religion. Attaquée dans ses divines origines, dans son authenticité, dans son inspiration, assaillie par la grêle des objections subtiles , elle conserve toujours son autorité et sa majesté. C'est comme une masse de granit dont les machines les plus puissantes ne détacheraient que des miettes. On a vanté le percement du mont Cenis et du Saint-Gothard : ce sont là des trous de souris dans les Alpes. On multiplierait les tunnels à travers nos massifs montagneux, ceux-ci n'en continueraient pas moins de présider au régime des vents, des eaux et de la chaleur, au partage des fleuves, des mers et des peuples.

Quoi qu'il fasse , l'homme ne peut tout modifier, encore moins tout détruire. Il ne détruira pas la Bible.

Ce que nous disons de la Bible en général, nous le disons du premier de ses livres en particulier, du

Pentateuque. Tout ce qu'on a pu écrire, supposer, inventer contre lui n'en altère ni la majesté ni l'autorité. Qu'il soit l'œuvre d'un seul auteur ou de ' plusieurs, qu'il ait vu le jour quelques siècles plus tôt ou plus tard, ce livre avec son récit de la création, avec son histoire des premiers âges du monde, avec ses documents sur les origines d'un peuple tel qu'Israël , sur sa constitution particulière et divinement originale, est un monument immortel.

D'ailleurs, au-dessus du livre matériel sont les vérités qu'il contient. Ces vérités, sorties de leur berceau, se sont répandues et fixées partout. L'Evangile les suppose. Le monothéisme de Moïse et le décalogue sont à la base de la religion de tous les peuples civilisés.

Devant ces réflexions, l'étude du Pentateuque, au seul point de vue de l'auteur et de la date, semble mesquine. Toutefois cette étude a son grand intérêt. Bien que, par suite de préjugés encore fort répandus, on attache à une authenticité strictement intégrale une importance exagérée, cette authenticité, ramenée à ce qui lui est essentiel, est un fait qu'il convient de dégager des ombres dont on a voulu l'entourer.

Nous offrons au lecteur quelques considérations préliminaires sur le Pentateuque, en nous réservant, dans le cours de ce livre, de montrer la faiblesse des hypothèses et des systèmes par lesquels la critique a, de nos temps, cherché à ébranler l'autorité de l'œuvre de Moïse.

Dans l'étude que nous allons faire du Pentateuque

nous parlerons de son antiquité, de l'enchaînement logique des faits qu'il raconte, et successivement des traditions d'Israël, de ses institutions, de ses divisions intestines, en tant qu'elles témoignent de l'authenticité de ce livre. Nous montrerons ensuite les relations de paternité et de filiation établies entre Moïse et le Pentateuque, d'après ce que nous savons du premier et ce que nous lisons dans le second. Enfin, après avoir recherché les moyens que Moïse eut à sa disposition pour écrire son livre, nous dirons un mot des écrivains qui, adoptant à des degrés divers les principes du rationalisme et de l'athéisme, ont été amenés à envisager autrement que nous la Bible et en particulier le Pentateuque. Les esprits sérieux nous sauront peut-être gré d'un long travail entrepris pour répondre aux audacieuses attaques de la critique moderne, et ils nous feront grâce pour les aridités inévitables du sujet.

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