‹ De l'éducation à l'écoleChapitre 119 sur 159 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

3* Que, d'un autre côté, il ne faut pas rester impassible, car on se priverait ainsi d'un moyen d*action qui, pour être secondaire, n'en est pas moins d'une efficacité réelle, l'approbation ou la désapprobation des parents ;

4" Qu'il faut être sobre de commandements, mais dans le besoin, commander avec suite et décision ;

5* Que le but de l'éducation étant d'amener l'homme à se gouverner lui-même, la direction extérieure doit aller diminuant à mesure que l'enfant devient capable de se diriger tout seul; *

6** Que cette méthode d^éducation convient particulièrement aux peuples libres ;

7** Que l'éducation est la chose la plus délicate, la plus difficile qu'il y ait au monde ; qu'elle demande de la sollicitude, de la clairvoyance, de l'empire sur soi-même, etquesironveutbienfaireréducation d'un enfant, on est amené à refaire sa propre éducation.

En résumé, par cet examen analytique et critique nous avons montré que le système de Spencer est surfait, qu'il se réduit à un principe étroit et rarement applicable même dans l'éducation physique, que l'auteur s'est dispensé de la partie la plus difficile de sa tâche, qui consistait à prouver par des exemples nombreux et variés que son principe embrasse toute l'étendue de la vie morale ; qu'il s'est borné à un seul et unique exemple, celui du vol, exemple peu concluant; qu'il se trouve amené à reconnaître lui-même l'insuffisance, voire l'ineffica-

cité de son principe sans le concours et le secours de l'affection ; que l'application du principe ost loin d'être un moyen infaillible de produire cette affection pourtant indispensable à son efficacité ; que l'auteur s'est enfermé lui-même et est resté enfermé dans un cercle vicieux évident, bien qu'il semble ne pas l'apercevoir; c'est en effet un cercle vicieux d'établir d'un côté que l'affection est nécessaire dans l'application du principe, et de l'autre que c'est l'application du principe qui produit l'affection ; ou, en deux mots, que la conséquence du principe est la condition de son efBcacité.

Le bien y est ramené à l'utile, et l'obligation à un simple calcul. La loi morale n'y est même pas mentionnée à côté des lois physiques ; le mot de devoir n'y est pas prononcé ; du mérite et du démérite, il n*est plus question ; la conscience tout entière, avec sa vie si riche et si intense, a disparu, et avec elle le principe et les conditions de la moralité. Dans le for intérieur, il ne reste plus qu'une place vide, l'homme n'y est plus.

Avec un tel système on peut encore conseiller quelque chose à l'enfant, on ne peut plus rien lui commander ; car un ordre suppose une autorité, et . Ton ne commande pas au nom de l'intérêt. Ce n'est pas la loi des réactions naturelles qui engendrera jamais ni l'effort volontaire, ni l'abnégation, ni le dévoûment ; elle pourra bien former de prudents éficoïstes, mais des hommes vertueux, jamais.

Page 1